Critique: Viveca Sten, Au nom de la vérité


 Couverture

Paris, Albin Michel, 2020, 491 p.

Panique au camp

Viveca Sten s’est rapidement taillé une place dans le monde du polar : elle a publié son premier roman en 2008 (il faut attendre 2013 pour la version en français) et, depuis, les aventures suédoises de Thomas Andreasson et Nora Linde ne cessent de séduire des lecteurs. La série a été traduite dans une douzaine de langues et adaptée pour la télévision. Le bandeau sur son tout récent roman, Au nom de la vérité, parle de Viveca Sten comme de la « nouvelle reine du polar venu du froid »… Encore une autre, ce titre ayant été accordé à plusieurs autrices scandinaves ces dernières années! Force est d’admettre que Viveca Sten sait raconter une histoire.

Au nom de la vérité nous ramène le personnage de Thomas, de retour dans la police après avoir été travailler au privé. Son amie Nora Linde est aux prises avec son plus important procès, qui pourrait bien être déterminant pour sa carrière de procureure. Le procès vise à démontrer la culpabilité d’un homme d’affaires ayant fraudé son associé. Tout repose sur le témoignage de l’associé en question, Christian Dufva. La semaine du procès, Christian envoie son fils Benjamin à un camp de voile, camp que lui-même a adoré étant enfant, affirmant y avoir passé l’été de sa vie. Benjamin y va à contrecœur : il n’est pas sportif, il n’est pas extraverti, il est plus jeune et plus petit que les autres campeurs, il devient vite le souffre-douleur de deux ados. Quand Benjamin disparaît du camp, c’est la panique générale : a-t-il fugué? Le harcèlement des deux campeurs plus vieux a-t-il mal tourné? On sait qu’un pédophile récemment libéré de prison rôde dans les parages… Benjamin aurait-il été enlevé? Ou est-ce plutôt lié au procès impliquant son père? Thomas et ses collègues tentent de faire la lumière sur cette affaire, mais le temps presse : on doit vite découvrir où est passé Benjamin et tenter de lui éviter le pire.

Viveca Sten nous propose un roman qui, de prime abord, semble partir dans plusieurs directions : entre les problèmes de couple de Thomas, le mariage à venir et le procès de Nora, les péripéties des enfants et des moniteurs au camp de voile, les pensées du pédophile qui traîne dans les parages du camp, les déboires des deux acteurs principaux du procès, Christian et Niklas, l’autrice couvre large! Tout ça se déroule sur un peu plus d’une semaine, du 12 au 20 juin, à un rythme assez effréné (pas moins de 144 chapitres!). Toutes les histoires finissent évidemment par se recouper, mais j’ai eu l’impression un moment que les différentes trames principales avançaient en parallèle plutôt que de former un tout. Je n’ai donc pas été surprise de lire, dans les remerciements de l’autrice, qu’elle avait jumelé deux scénarios différents sur lesquels elle travaillait pour en arriver à ce roman. Ceci dit, le suspense est bon, après un départ un peu lent, l’histoire tient bien la route, on a du plaisir à suivre les différents personnages, et on lit le tout de façon très agréable, se laissant guider vers une fin qui ne nous réserve toutefois pas de grandes surprises.

Martine Latulippe