Critique: Robert Galbraith, Blanc mortel


 Couverture

Paris, Grasset, 2019, 698 p.

La misère des riches

Ce n’est plus un secret pour personne, puisque dès le premier tome la nouvelle s’est propagée : derrière le pseudonyme de Robert Galbraith se cache une certaine… J. K. Rowling. On connaît tous celle-ci pour les histoires de son célèbre sorcier, Harry Potter, mais Robert Galbraith est en train de se faire un nom bien à lui avec les enquêtes de Cormoran Strike, dont le quatrième tome, Blanc mortel, vient de paraître. J’avais aimé les trois premiers tomes de la série (L’Appel du coucou, Le Ver à soie et La Carrière du mal), et j’ai trouvé ce nouveau roman tout aussi réussi.

Le récit s’ouvre sur un froid entre Robin Ellacott, partenaire professionnelle de Strike qui est là depuis le début de ses aventures, et Cormoran Strike. Robin a été licenciée pour s’être mise en danger et avoir risqué de faire basculer une enquête. Elle est malheureuse comme tout, et son mariage avec Matthew est loin d’arranger les choses. Heureusement, Cormoran, qui est devenu une petite célébrité en tant que détective-vedette et reçoit plusieurs demandes depuis la résolution d’importantes enquêtes, notamment celle de l’Éventreur, demande à Robin de revenir à l’agence.

Tout est placé, l’enquête peut commencer ! Une enquête en plusieurs temps. Dans la première partie du récit, Billy, un homme très perturbé, se présente à l’agence et déclare avoir assisté, des années plus tôt, alors qu’il n’était qu’un enfant, au meurtre d’une fillette. N’importe quel autre détective aurait oublié cette histoire aussitôt : l’homme n’a pas d’argent, ce n’est pas un client potentiel et il souffre visiblement de désordre mental. Mais pas Cormoran ! Il garde cette révélation en tête, tout en s’impliquant dans de nouvelles enquêtes qui lui tombent dessus et qui, étrangement, sont toutes liées de près ou de loin à ce Billy : un ministre est victime de chantage et demande à Cormoran de trouver de quoi intimider à leur tour les maîtres-chanteurs, un suicide a lieu, que Strike soupçonne plutôt d’être un meurtre, et la famille de la victime engage le détective pour faire la lumière là-dessus, etc. Évidemment, chaque suspect a des motifs valables… et un alibi plausible. Le tout en pleine effervescence, puisque Londres se prépare à accueillir les Jeux olympiques de 2012. Robin et Cormoran, qui ne roulent pas sur l’or eux-mêmes, se retrouvent à frayer avec une certaine aristocratie anglaise déchirée par les vieilles rancunes, les trahisons, les histoires d’argent et de vengeance. Tout en menant ces enquêtes de front, ils gardent en tête l’histoire étrange racontée par Billy.

Le récit est complexe et dense, les enquêtes de Cormoran ont toutes des ramifications nombreuses qui entraînent nos deux personnages principaux dans plusieurs directions, et Robert Galbraith fait la part belle aux émotions des personnages. C’était déjà le cas dans les romans précédents, mais il semble aller plus loin encore dans leur psychologie. On ne partage pas que leur vie professionnelle, on est invités à entrer dans leur existence. On nous propose tout un univers : si on croyait à Harry Potter, à Poudlard, sa bièraubeurre, son chemin de traverse, on embarque tout autant dans l’univers de Cormoran Strike et Robin Ellacott, et le tout est raconté avec un souffle impressionnant compte tenu des sept cents pages du roman. Vivement une cinquième aventure !

Martine Latulippe