Critique: Ian Rankin, Le Diable rebat les cartes / The Beat Goes On


 Couverture

Paris, du Masque, 2018, 383 / 669 p.

Pas de repos pour Rebus !

Le populaire auteur écossais Ian Rankin, loin de laisser un peu de répit à l’inspecteur John Rebus, maintenant qu’il est à la retraite, nous a proposé coup sur coup, en 2018, le roman Le Diable rebat les cartes et le recueil de nouvelles The Beat Goes On. Près de vingt ans après sa première aventure publiée en français, la popularité de Rebus ne se dément pas. Ian Rankin a été récompensé de plusieurs prix et est traduit dans une vingtaine de langues.

Dans l’ordre, donc, abordons d’abord le roman ! Dans Le Diable rebat les cartes, le lecteur retrouve un Rebus un peu apaisé, moins tourmenté qu’on l’a connu : il est à la retraite (on l’y a poussé) et il fréquente depuis un an une médecin légiste. Des problèmes de santé l’ennuient, mais il reste fidèle à lui-même : pas question de trop s’assagir non plus ! Rebus décide de remettre le nez dans une enquête non résolue d’il y a quarante ans : une jeune femme, Maria Turquand, avait été retrouvée assassinée dans une chambre d’hôtel. Plusieurs suspects ont été envisagés, aucun n’a été reconnu coupable. La victime n’était pas très fidèle à son époux, et une grosse fête avait lieu dans l’hôtel ce soir-là, il y avait donc du va-et-vient dans les corridors. Aussitôt que Rebus s’intéresse à cette affaire et se met à en parler autour de lui, de nouveaux crimes ont lieu. Difficile de croire à une coïncidence. Le tout se joue sur fond de lutte pour le pouvoir dans Édimbourg entre Big Ger Cafferty et Darryl Christie.

L’enquête m’a paru un peu éparpillée, comme si elle allait dans plusieurs sens sans arriver à trouver une seule véritable trame principale. Ce qui n’enlève rien au plaisir de retrouver Rebus et son entourage : Malcom Fox, Siobhan Clarke, Big Ger Cafferty, ce caïd avec qui Rebus entretient depuis des années une drôle de relation haine/amitié quasi admirative… Pas le plus prenant des Rebus, mais les fans (dont je suis) apprécieront cet univers familier. Précisons toutefois que si vous envisagez de découvrir les aventures de cet inspecteur, ce roman n’est pas l’idéal pour une première lecture.

C’est tout le contraire pour le deuxième titre dont je vous parle, The Beat Goes On. Que vous soyez déjà un admirateur de Rebus ou que vous ayez envie de découvrir son univers, ce recueil de nouvelles saura vous plaire. Une fois passée l’irritation du titre en anglais et de la table des matières dont les pages ne concordent pas, j’ai bien profité de cette lecture ! Rankin a réuni pour ce recueil trente-deux nouvelles portant sur John Rebus publiées au fil des années dans diverses revues. On y retrouve des tranches de vie de l’inspecteur Rebus en ordre chronologique, de ses premières années dans la police jusqu’à la retraite. On aime déjà la personnalité de Rebus, on sait que Ian Rankin est un bon conteur, et on découvre en prime, grâce à The Beat Goes On, que la formule courte lui va très bien. Chaque nouvelle est intéressante et satisfaisante, par ses personnages, son intrigue, son petit revirement final, pas toujours si étonnant, mais toujours bien tourné. Un fort bon moment de lecture.

Martine Latulippe