Critique: R. J. Ellory, Le Chant de l’assassin


 Couverture

Paris, Sonatine, 2019, 492 p.

Envoûtant Ellory

Un nouveau titre de R. J. Ellory qui paraît, c’est un cadeau à mes yeux. J’avais hâte de retrouver la plume forte et le ton bien particulier de cet auteur dans sa nouveauté, Le Chant de l’assassin, et encore une fois, je n’ai pas été déçue ! Au fil des ans, onze romans d’Ellory sont parus en français et c’est largement suffisant pour que ce dernier s’impose comme un spécialiste du roman noir. Bien noir !

Henry Quinn sort de prison, après trois ans de détention. Son codétenu, Evan, prisonnier depuis vingt ans, lui demande un service : remettre une lettre à sa fille, qu’il n’a jamais connue, ayant été placé derrière les barreaux avant la naissance de celle-ci. Henry accepte aussitôt : il était pratiquement encore un ado quand il s’est retrouvé en cellule, et sans l’aide d’Evan, il n’aurait peut-être même pas survécu. La chose va de soi, il rendra ce service, qui semble bien simple, en principe : retrouver la fille, lui donner la lettre en main propre. Mission accomplie, dette remboursée. On s’en doute, ce ne sera pas si facile, loin de là !

Sitôt libéré, Henry passe saluer sa mère en vitesse et file dans la petite ville de Cavalry, au Texas. Il commence par prendre contact avec le shérif de la place, Carson, le frère d’Evan, qui devrait avoir des informations sur la fillette qui a été rapidement adoptée après sa naissance. Carson Riggs nie avec véhémence savoir quoi que ce soit à ce sujet et conseille vivement à Henry d’abandonner sa mission et de repartir. Mais Henry Quinn a promis et n’a pas l’intention de manquer à sa parole. Il persévère et interroge quelques personnes de Cavalry. Toutes ses tentatives se soldent par un échec et l’ambiance devient glaciale dès que Henry évoque les frères Riggs… Il est clair que tous en savent long… et tout aussi clair que personne ne va parler ! Qu’est-ce qui se cache derrière cette histoire ? La ville entière serait-elle dans le secret ? Malgré les avertissements et les menaces même plus voilées, Henry persévère et refuse de renoncer à sa quête pour rentrer tranquillement chez lui. L’affaire s’avère vite avoir des ramifications bien plus profondes qu’une simple naissance ou qu’une reconnaissance de paternité.

J. Ellory nous plonge dans le Texas profond des années 1940 à 1970. Il raconte sur ces quelques décennies l’enfance de Carson et Evan, la carrière d’Evan, ex-héros militaire et petite vedette en tant que chanteur country, le dérapage total qui a suivi et a mené à l’incarcération d’Evan et à la naissance et l’adoption de Sarah. Les informations sont données à petites doses, en alternant entre la quête d’Henry, en 1972, et les retours dans le passé. Difficile de se détacher de ce récit prenant, porteur de nombreuses réflexions sur l’honneur, la parole, la notion de responsabilité. On est en plein roman noir : dans la petite ville, tout est tendu, ambigu, sournois. Et on y croit.

L’histoire est solide, truffée de belles réflexions, l’univers présenté est complètement réaliste, et c’est, sans surprise, tellement bien écrit… Que demander de plus ? Un excellent R. J. Ellory. J’ai déjà hâte au prochain.

Martine Latulippe