Critique: Nele Neuhaus, Promenons-nous dans ce bois


 Couverture

Paris, Calmann-Lévy (noir), 2018, 540 p.

Les grands secrets d’un petit village

Depuis quelque temps, les reines en tous genres abondent dans le monde du polar. J’ai donc eu un petit mouvement de recul en lisant, sur la quatrième de couverture du roman Promenons-nous dans ce bois, de Nele Neuhaus, que l’auteure est « incontestablement la reine du polar allemand ». Encore une reine ! Décidément, entre toutes ces reines du polar suédois, du polar américain, du roman psychologique, etc., etc., la monarchie semble avoir le vent dans les voiles ! Heureusement, je ne me suis pas laissée dissuader pour autant et j’ai ainsi pu découvrir un univers fort agréable, celui du commissaire Bodenstein, qui en est déjà à sa huitième aventure et qui remporte un vif succès dans plusieurs langues, le titre de la série le plus connu étant sans doute Blanche-Neige doit mourir.

Dans mon cas, il s’agissait d’une première incursion dans l’univers de Nele Neuhaus. Celle-ci propose une intrigue en deux temps : le prologue est situé en 1972, tout le reste de l’histoire se passe en 2014, mais inévitablement les histoires des deux époques s’avèrent reliées. Un petit village paisible de la région du Taunus, en Allemagne, est ébranlé par la mort mystérieuse d’un citoyen, puis d’un autre, et un autre encore… Le commissaire Bodenstein est chargé de l’enquête, malgré son implication émotive évidente : il vient de ce village et connaît donc toutes les victimes, tous les suspects. Il est clair pour lui qu’il doit trouver le lien entre les victimes pour découvrir le meurtrier. Assez rapidement, ce lien apparaît sous la forme d’une disparition d’enfant qui remonte à 1972, été pendant lequel un garçon, le meilleur ami de Bodenstein, Artur, a disparu sans laisser aucune trace. Toutes les personnes assassinées semblent avoir un lien avec cette affaire remontant à quarante ans.

On s’en doute, tout le village est secoué par cette série de crimes et les vieilles histoires de toutes sortes refont surface : les rancœurs, les passions, les adultères… Les suspects ne manquent pas, et le commissaire tente de démêler tout ça. Chaque habitant du coin se sent tantôt menacé, tantôt soupçonné. Pour se protéger, on est vite prêt à parler des secrets des voisins… Toute une galerie de personnages s’anime autour du commissaire et de Pia, sa collègue, dans un roman qui fait référence aux titres précédents de la série sans que ce soit dérangeant. Celui qui connaît déjà le commissaire est en terrain familier, mais le lecteur qui découvre Nele Neuhaus par Promenons-nous dans ce bois n’est pas perdu pour autant.

Quand arrive le dénouement, on ne peut s’empêcher de trouver certaines ficelles un peu grosses, mais on a tout de même passé un fort bon moment. L’enquête est efficace, les personnages sont intéressants et étoffés, sans que leur vie personnelle prenne trop de place dans le récit. Ça reste une enquête, ça ne tourne pas au téléroman ! La structure du roman rappelle beaucoup les suspenses de Camilla Läckberg (une autre reine, du polar suédois, celle-là !). Dans presque tous les romans mettant en vedette Erica Falck, Läckberg commence par une histoire du passé, que vient rapidement recouper une enquête du présent, tout ça situé dans un petit village en apparence paisible, où tous se connaissent. Si le procédé vous plaît, vous ne serez pas dépaysés avec Nele Neuhaus !

Martine Latulippe