Critique: Michael Connelly, En attendant le jour


 Couverture

Paris, Calmann-Lévy (Robert Pépin présente...), 2019, 419 p.

Envers et contre tous

Un nouveau Michael Connelly est arrivé sur le marché. Il met en vedette un membre de la police entêté, qui n’aime pas trop la hiérarchie, qui excelle pour enquêter mais qui, par son attitude, a su au fil des ans se mettre beaucoup de monde à dos dans son milieu de travail… Facile de penser que je parle ici du célèbre inspecteur Harry Bosch, non ? Ce n’est pourtant pas le cas. Après Bosch, après les aventures judiciaires de Mickey Haller, Connelly nous propose cette fois une héroïne, Renée Ballard, un personnage féminin fort et bien de son temps. Difficile de ne pas faire le parallèle avec Bosch quand on commence la lecture d’En attendant le jour, bien entendu, tant Ballard lui ressemble sur plusieurs aspects, mais une fois ces ressemblances mises de côté, on embarque dans un récit bien mené et on découvre avec plaisir le monde de cette inspectrice.

Renée Ballard travaille de nuit au commissariat d’Hollywood, sorte de punition qui lui a été imposée pour avoir osé dénoncer un supérieur trop insistant. Les enquêtes qu’elle commence sont invariablement transférées aux équipes de jour, ce qui a le don de l’irriter. Lors d’une nuit particulièrement agitée, Ballard tombe coup sur coup sur un prostitué qui a été battu et laissé en fort mauvais état, puis sur une fusillade dans un bar. Elle ne peut se résoudre à laisser aller ces deux affaires et continue d’y travailler le jour, envers et contre tous. C’est que l’enquêtrice est obstinée et elle aime faire cavalier seul, même si elle s’entend plutôt bien avec Jenkins, son partenaire. Cette volonté de poursuivre les enquêtes par elle-même, en dehors des heures de travail, la conduira sur des chemins dangereux…

Renée Ballard mène donc plusieurs enquêtes de front dans ce roman. On n’a pas droit à un seul récit haletant, mais à plusieurs enquêtes non reliées qui donnent une bonne idée de ce que doit être le quotidien d’un policier à Hollywood. Ce n’est pas le plus enlevant des romans de Michael Connelly, mais c’est très efficace. En plus de présenter un personnage féminin au premier plan, Connelly offre un roman bien d’actualité et aborde des sujets tels que la transsexualité, les tueries trop fréquentes, le harcèlement sexuel… Le fait de proposer une héroïne permet à l’auteur de montrer le travail policier d’un point de vue bien différent de celui, très masculin, avouons-le, auquel les polars nous ont habitués. Renée est un personnage fort, adepte de surf et de paddle, qui vit bien son célibat et est une sorte de sans-abri habitant dans un mini-van. Elle est indisciplinée et elle n’hésite pas à se mettre en danger. Être une femme solide ne l’empêche pas de recevoir des insultes sexistes des prévenus, de subir les remarques parfois condescendantes de certains collègues ou l’attitude trop insistante de certains autres. Le roman n’est pas basé que sur cet aspect, mais il l’aborde habilement.

Le défi était de taille pour Michael Connelly d’arriver avec un nouveau héros : ses romans fonctionnent tellement qu’il est traduit en 39 langues et a vendu près de 65 millions de livres… Il aurait été tentant de se cantonner à ses personnages connus, qui lui ont si bien réussi jusqu’ici. On ne peut que saluer l’arrivée de cette nouvelle héroïne. Même si la comparaison avec Bosch est inévitable, Renée Ballard parvient très bien à se tailler une place à elle et je lirai assurément sa prochaine aventure.

Martine Latulippe