Critique: Melanie Raabe, Sa vérité


 Couverture

Paris, JC Lattès, 2018, 364 p.

Qui dit vrai ?

Sur la quatrième de couverture du roman Sa vérité, de Melanie Raabe, il est écrit « L’auteur prodige a encore frappé »… À ma grande honte, je dois admettre que je ne connaissais pas l’auteur (l’autrice) prodige en question, qui a fait paraître Le Piège, en 2016, un roman fort chaleureusement accueilli et déjà traduit dans une vingtaine de langues. Son second roman connaîtra un sort aussi enviable, j’en suis certaine. D’ailleurs, difficile de croire qu’il s’agit uniquement d’un second roman tant l’écriture est habile et assurée.

Ce suspense est basé sur une idée de départ vraiment forte : Philipp, le mari de Sarah, est disparu depuis sept ans, au cours d’un voyage d’affaires en Colombie. Sarah se débrouille seule depuis, élevant leur fils, Léo, tentant tant bien que mal de reprendre le contrôle sur sa vie. Philipp avait beaucoup d’argent mais, curieusement, aucune demande de rançon n’a été faite. Sarah souffre de ne pas savoir ce que son mari est devenu, elle alterne entre espoir, attente, défaitisme ; elle ne sait plus si elle doit espérer qu’il soit prisonnier ou mort. Sept années se sont écoulées, donc, et voilà qu’elle reçoit un appel, cet appel auquel elle a tant rêvé au fil des ans : Philipp a été retrouvé. Il revient à la maison ! Elle est à la fois folle de joie et anxieuse à l’idée de ces retrouvailles. Quand Philipp descend de l’avion, Sarah a la certitude que cet homme n’est pas son mari. Aucun doute possible. Pourtant, devant les journalistes et employés gouvernementaux, ravis de ce dénouement heureux, elle n’ose rien dire. Qui est cet homme ? Que veut-il ? La peur entre dans sa vie en même temps que ce prétendu Philipp. Elle se retrouve à partager son existence, sa maison, avec un inconnu, un homme dont elle ne sait rien, mais qui lui, en revanche, connaît absolument tout d’elle. Les rares personnes à qui elle ose en parler tentent de la rassurer : sept ans de détention changent complètement une personne, c’est bien connu. Mais Sarah n’en démord pas : cet homme n’est pas son mari, elle en est certaine.

Nous entrons d’abord dans l’histoire du point de vue de Sarah, puis nous avons droit également à la narration de l’inconnu. Rapidement, les masques tombent et on constate que Philipp et Sarah, qui avaient tout du couple heureux, ne l’étaient pas tant que ça, finalement. Chacun a ses secrets, qui deviennent des armes que l’autre utilise. Sarah, d’emblée présentée comme une pauvre victime des événements, n’est pas sans reproche et le lecteur ne sait plus qui croire. Sarah ou l’inconnu ? Qui dit la vérité ? Cet homme est-il ou non Philipp ? Le dénouement ne m’a pas paru tout à fait à la hauteur du reste du roman, mais Sa vérité constitue sans aucun doute un bon moment de lecture, avec une écriture très efficace et plusieurs scènes très réussies.

Martine Latulippe