Critique: Lesley Kara, La Rumeur


 Couverture

Paris, Les Escales (Noires), 2020, 372 p.

Rumeurs sur la ville

Joanna n’est pas particulièrement friande de potins. Mais voilà qu’elle entend des mères dire, dans la cour d’école, qu’une célèbre tueuse, Sally McGowan, vivrait dans leur ville sous une autre identité. Intriguée, elle tend l’oreille. Quand Sally avait 10 ans, elle a tué un petit garçon d’un coup de couteau. Les journaux ont abondamment parlé de cette histoire et Sally, une fois adulte, a pu refaire sa vie grâce à un programme de protection policière qui lui assure l’anonymat.

Joanna, nouvellement arrivée dans la tranquille ville de Flinstead, tente de créer des liens avec les gens du coin, en faisant notamment partie d’un club de lecture. Quand, au cours d’une rencontre du club, elle répète la rumeur entendue à propos de Sally McGowan, elle est loin d’imaginer qu’elle vient de déchaîner les éléments. Elle qui a quitté Londres pour permettre une existence plus paisible à son garçon, Alfie, voilà qu’elle se retrouve avec des messages de menaces les concernant, son fils et elle. Elle sait qu’elle devrait tout laisser tomber, ne plus évoquer ni chercher Sally McGowan, mais une partie d’elle-même refuse de renoncer à l’identifier et multiplie les recherches sur Internet.

C’est cette histoire que nous propose Lesley Kara dans La Rumeur, son premier roman. D’entrée de jeu, soulignons que la trame du livre est originale. On est loin de l’enquête classique. Devait-on être informé quand un criminel habite le voisinage? Joanna va-t-elle identifier Sally? Si oui, que fera-t-elle, une fois qu’elle l’aura démasquée? La dénoncer? Sally a payé toute sa vie pour un crime commis à l’âge de dix ans… Ne mériterait-elle pas qu’on la laisse tranquille, à présent? Les soupçons se portent peu à peu sur tous les personnages féminins, et ils sont nombreux! Toute une galerie de femmes constitue l’univers de ce roman, ce qui n’est pas coutume dans le polar traditionnel. Voilà un aspect très intéressant du travail de Lesley Kara, tout comme la façon de raconter l’histoire, en entrecoupant la narration principale de Joanna d’extraits nous invitant directement dans la tête de Sally. Un bémol important : le dénouement qui, bien que pouvant surprendre, apparaît plutôt cousu de fil blanc et peut irriter le lecteur. Mais dans l’ensemble, malgré quelques maladresses, il s’agit là d’un premier roman fort efficace, qui donne envie de lire les prochains écrits de Lesley Kara.

Martine Latulippe