Critique: Aimee Molloy, La Mère parfaite


 Couverture

Paris, Escales (noires), 2018, 375 p.

Faut-il se méfier de la perfection ?

Le roman La Mère parfaite, de Aimee Molloy, nous présente quelques jeunes mamans de Brooklyn qui ont pris l’habitude de se rencontrer régulièrement, avec leurs bébés, pour discuter essentiellement de tout ce qui a trait à leurs enfants, leur routine, la maternité. Parmi elles, il y a Winnie, belle, discrète, mystérieuse… et fatiguée, puisqu’elle élève son enfant seule. Pour lui changer les idées et lui permettre de s’amuser un peu, un soir, les jeunes mères décident de prendre du temps pour elles, une fois n’est pas coutume, et de sortir prendre un verre dans un bar. La plupart laissent leur bébé avec le papa, mais Winnie, mère célibataire, fait garder Midas par une femme qu’on lui recommande comme gardienne. La soirée tourne vite au cauchemar puisque, pendant que la gardienne en question s’est endormie, quelqu’un entre dans la maison et s’empare du bébé.

Il n’en faut pas plus pour que les médias s’enflamment : que faisait Winnie, jeune maman célibataire, dans un bar, à s’amuser, pendant qu’on kidnappait son bébé ? On en vient presque à dire qu’elle mérite ce qui lui arrive ! Le fait qu’elle ne soit pas sortie du tout depuis l’accouchement et qu’elle passe tout son temps à s’occuper du bébé seule ne semble pas avoir la moindre importance… On fouille son passé, on multiplie les reproches. On fait de même pour les autres jeunes mamans du groupe prises en photo avec Winnie au bar ce soir-là : chacune devient exposée, critiquée. Bouleversées, les mamans du groupe se retrouvent plus ou moins à mener une enquête parallèle pour découvrir qui s’est emparé de Midas.

Il s’agit ici d’un premier roman pour Aimee Molloy. C’est réussi, même si le dénouement ne m’a pas entièrement donné satisfaction. Le livre est agréable à lire, construit à la manière d’un casse-tête dont les pièces se placent peu à peu. Je me dois toutefois de souligner les dangers du bandeau apposé sur le livre, stratégie marketing fort utilisée, qui peut représenter une arme à double tranchant. Je ne connaissais pas Aimee Molloy, bien entendu, puisqu’il s’agit de sa première publication. Ce qui a attiré mon attention sur ce livre, c’est le bandeau rouge qu’on y a apposé, sur lequel il est écrit : « Enfin un thriller qui mérite son nom ! The New York Times » C’est assez pour capter l’attention, on en conviendra, mais ça place la barre haute, non ? J’ai aimé l’histoire et les personnages de La Mère parfaite. J’ai vraiment apprécié les nombreuses réflexions sur la maternité et la pression qu’on impose aux femmes qui deviennent mamans (le fait de sortir un seul soir dans un bar devient pratiquement un crime dans l’œil des médias). Mais je m’attendais tellement à une révélation, à « enfin un thriller qui mérite son nom », que le bandeau a eu l’effet inverse à celui escompté : je me suis dit que c’était vraiment bien, surtout pour un premier roman, mais on a quand même un peu exagéré… Bref, méfiez-vous du bandeau, mais ne boudez pas pour autant ce premier roman !

Martine Latulippe