Critique: Joy Fielding, Si tu t’éloignes de moi


 Couverture

Neuilly-sur-Seine, Michel Lafon, 2018, 380 p.

Indicatif présent et passé compliqué

Joy Fielding a su s’imposer, au fil des années, comme l’une des plus populaires Canadiennes écrivant du polar. Elle a développé un style bien à elle : des romans axés sur la psychologie des personnages, qui mettent des femmes en vedette, qui sont aussi souvent centrés sur la famille et les inévitables secrets qui viennent avec! Son dernier titre, Si tu t’éloignes de moi, ne fait pas exception.

Robin est une psychanalyste pas spécialement au sommet de sa forme. Elle fait des crises de panique, elle s’inquiète pour son couple qui lui semble à bout de souffle. Bref, tout ne va pas pour le mieux dans sa vie en ce moment… mais ce n’est rien encore! Elle apprend que son père, à qui elle n’a pas parlé depuis cinq ans, s’est fait tirer dessus, de même que sa jeune épouse, Tara (l’ancienne meilleure amie de Robin), et la fille de Tara, Cassidy, âgée de douze ans. Les autorités croient à une invasion de domicile qui aurait mal tourné. Pas le choix, la situation l’oblige à retourner à sa ville d’origine, Red Bluff, vers sa sœur Mélanie, qui la déteste, et vers son neveu pour le moins inquiétant. Une fois sur place, elle tente de comprendre, à l’instar du shérif, qui a bien pu commettre ces crimes. Que quelqu’un en veuille à son père n’est pas pour l’étonner, mais tirer sur une enfant de douze ans? Cassidy survit à l’assaut et Robin se rapproche de la fillette. Elle tente de faire la lumière sur cette histoire et replonge inévitablement dans son passé.

On s’y attendait, on ne se retrouve pas plongé dans un thriller haletant. Les crimes ont eu lieu dès le début du roman, le reste se déroule beaucoup dans la tête de Robin, ce qui n’est pas très étonnant! Elle est psychanalyste, on est beaucoup dans ce qu’elle pense, ce qu’elle ressent, ce qu’elle voit, ce qu’elle interprète et analyse. Mais peu à peu, on se laisse prendre au jeu. On en découvre un peu plus sur chacun des personnages entourant Robin (plusieurs auraient de bonnes raisons d’en vouloir au couple formé de Tara et du père de Robin), on lève le voile sur leurs secrets, ceux d’aujourd’hui et ceux du passé puisque, après plus de cinq ans de silence et d’absence, Robin se retrouve confrontée à tout ce qu’elle a voulu quitter en partant pour Los Angeles. Bref, on a hâte d’en savoir plus, on soupçonne les personnages un à un, on laisse avec plaisir Joy Fielding nous guider dans la tête de Robin. Une lecture agréable.

Martine Latulippe