Critique: Jonathan Kellerman, Breakdown


 Couverture

Paris, Seuil, 2020, 392 p.

Zelda, Zina et les autres

Jonathan Kellerman est un nom bien connu dans le monde du polar, tout comme l’est son personnage d’Alex Delaware, psychologue, qui en est à sa trente et unième enquête dans le roman Breakdown.

Alex, un psy spécialisé en pédiatrie (tout comme l’auteur, d’ailleurs), est réclamé par Zelda, une femme qu’il a rencontrée il y a quelques années alors qu’il s’occupait de son garçon, Ovide, en consultation. Bien qu’il ne travaille habituellement pas avec les adultes, Alex accède à la demande de Zelda, intrigué. Celle qu’il rencontre alors n’a plus rien à voir avec la jolie jeune actrice de jadis : elle est confuse, affaiblie, sans domicile fixe, on l’a trouvée en train de creuser dans le jardin d’une luxueuse résidence… Alex tente de lui venir en aide mais, on s’en doute (enquête oblige!), les choses tournent très mal pour Zelda. Autour d’elle, personne ne semble être au courant qu’elle a un garçon. Inquiet, le psychologue en fait une affaire personnelle et se lance dans une enquête pour retrouver le fils de Zelda. Habitué aux expertises judiciaires et au rôle de consultant pour plusieurs enquêtes, il se fie à sa redoutable intuition, qui le sert bien, et à la grande complicité de l’inspecteur Milo Sturgis, pour retracer Ovide et pour tenter de reconstituer la triste existence de Zelda. Et si celle-ci ne divaguait pas? Si sa mère, Zina, avait bel et bien été mystérieusement éliminée, elle aussi? Quand deux autres victimes s’ajoutent à l’affaire, deux femmes de ménage mystérieusement portées disparues dans le voisinage même où on a retrouvé Zelda, l’enquête prend une tout autre ampleur.

On est ici dans un polar psychologique, bien entendu, qui mise beaucoup sur les réflexions, les analyses, les déductions et hypothèses. Bien étoffé, le récit, s’il ne constitue pas un page turner haletant, sait néanmoins garder l’intérêt du lecteur tout au long de ses pages. Jonathan Kellerman maîtrise parfaitement son sujet. Il parle de psychose, de bipolarité, de « breakdown », comme le dit le titre, avec aisance et clarté. Son personnage, au-delà de ses méthodes d’enquête, se livre aussi çà et là, et ces bribes d’informations personnelles le rendent attachant. Soyons honnête : le dénouement peut paraître un peu abracadabrant, mais on passe néanmoins un agréable moment à fréquenter une galerie de personnages très diversifiée, allant des avocats aux itinérants, des femmes de ménage aux riches propriétaires, en passant par les inévitables actrices ratées (on est quand même à LA!…). Petite précision : bien qu’on en soit à plus de trente aventures pour Alex Delaware, ce roman n’est pas réservé qu’aux initiés. Il y a bien quelques allusions aux enquêtes précédentes, mais rien qui puisse faire en sorte d’être perdu dans le récit si on n’a pas lu les titres précédents.

Martine Latulippe