Critique: John Grisham, Le Cas Fitzgerald


 Couverture

Paris, JC Lattès, 2018, 399 p.

Le crime était presque parfait

J’ai beaucoup lu les premiers romans de John Grisham, mais j’avoue que depuis quelques années, j’avais délaissé cet auteur. J’effectue donc un retour avec son tout récent titre, Le Cas Fitzgerald, un livre bien différent de La Firme ou de L’Affaire Pélican, mais qui propose un agréable moment de lecture.

Au cœur du récit : un vol de manuscrits. L’Université de Princeton est particulièrement fière de posséder, dans sa collection, cinq manuscrits originaux de Francis Scott Fitzgerald, auteur décédé bien tôt (quarante-quatre ans), qui continue de fasciner des années après sa mort et sur qui on a écrit des milliers d’articles et de livres. Parmi ces manuscrits, le plus précieux est sans contredit celui de Gatsby le Magnifique. Un cambriolage très audacieux est commis à Princeton et les voleurs réussissent à mettre la main sur les précieux manuscrits, puis ils disparaissent. Tout est méticuleusement planifié. Le vol est parfait… ou presque. Un seul petit détail permettra de remonter la piste jusqu’à un des voleurs, qui ne trahit toutefois pas ses complices et ne dit pas un mot, même une fois emprisonné. Les manuscrits, eux, semblent s’être évaporés.

C’est la première partie du récit. Dans la seconde, on découvre Bruce, libraire passionné, très réputé, fin connaisseur de livres anciens et d’éditions originales. L’homme est chaleureux, charismatique, il aime sincèrement les livres et les auteurs, mais il n’agit peut-être pas toujours exactement selon la loi… L’assureur de Princeton le soupçonne d’être en possession des manuscrits volés. Entre alors en scène un autre personnage principal du roman : Mercer Mann, une jeune romancière qui vit des difficultés financières et a du mal à écrire depuis la parution de ses deux premiers livres. L’assureur la recrute pour qu’elle crée des liens avec Bruce, le libraire, et tente d’apprendre s’il possède bel et bien les manuscrits de Fitzgerald. Mercer est déchirée : elle a désespérément besoin d’argent, mais elle n’a absolument rien d’une espionne. Elle finit toutefois par accepter la mission et va tenter d’infiltrer l’univers de Bruce.

Le roman est pratiquement construit comme un scénario, très segmenté : scène 1, le vol; scène 2, le libraire; scène 3, la romancière. Tout est clair, précis, détaillé. Grisham nous plonge complètement dans le milieu des libraires, des auteurs, des collectionneurs, faisant preuve d’érudition littéraire, allant même jusqu’à prodiguer, mine de rien, des conseils d’écriture! Nous ne sommes pas dans les grands rebondissements ni dans les scènes d’action. Pourtant, on ne s’ennuie pas. Le roman se lit tout seul. L’histoire se tisse tranquillement, l’intérêt est maintenu davantage par les personnages, sympathiques et à la psychologie bien développée, que par l’action. Bien loin des histoires sombres et des lourds complots, Le Cas Fitzgerald offre un bon divertissement. Le mot qui me venait en tête, en fait, en cours de lecture, est que John Grisham nous offre un polar plutôt « gentil », tant par ses personnages que par l’intrigue et la résolution de tout ça.

Martine Latulippe