Critique: Gilly Macmillan, La Nanny


 Couverture

Paris, Les Escales (noires), 2020, 426 p.

Qui dit vrai?

Gilly Macmillan, reconnue pour ses romans psychologiques, nous propose une intrigue en deux temps dans son plus récent roman, La Nanny. La première époque dont il est question est l’année 1987 : Jocelyn a une nanny qu’elle adore, Hannah. Celle-ci est douce, attentionnée et présente, contrairement à la mère de Jocelyn, lady Holt, froide, autoritaire. Un matin, quand Jocelyn a sept ans, elle se réveille et sa nanny a disparu : la chambre d’Hannah est entièrement vide et cette dernière ne redonne pas signe de vie. Hannah était (ou semblait) pourtant si fiable et loyale… Jocelyn est dévastée. Sa nanny était le centre de son univers.

Dans la deuxième époque dont il est question, on se retrouve trente ans plus tard. Jocelyn, qui avait quitté la résidence familiale le plus tôt possible, doit retourner dans la maison de sa mère, vestige d’une époque révolue, un manoir tout ce qu’il y a de plus anglais, avec antiquités, domestiques et tout. Le mari de Jocelyn est décédé, elle se retrouve sans le sou avec Ruby, sa fille de dix ans, et est contrainte de revenir habiter Lake Hall, à contrecoeur, puisqu’elle a toujours perçu sa mère comme tyrannique. La fille de Jocelyn, Ruby, a perdu son père, ses amis, ses repères, et elle se retrouve maintenant dans cette demeure austère, glaciale, prise dans une ambiance de tension permanente entre sa mère et sa grand-mère. Les choses ne s’arrangent pas quand Ruby et Jocelyn découvrent dans le lac du manoir un crâne humain… S’agit-il d’Hannah, la nanny mystérieusement disparue? Tout porte à le croire… jusqu’à ce qu’une femme se présente un jour à la porte de la famille Holt, prétendant être Hannah.

Gilly Macmillan rend fort bien l’ambiance étrange et malsaine de Lake Hall. La narration alterne entre plusieurs points de vue (Jocelyn, Hannah, lady Holt, le policier chargé de l’enquête…) et on démêle peu à peu les fils de cette histoire embrouillée dans laquelle tous ont de bonnes raisons de soupçonner les autres, ou même de leur en vouloir. Hannah est-elle bien celle qu’elle prétend être? Pourquoi la mère de Jocelyn est-elle si convaincue qu’il est impossible que ce soit la nanny? Jocelyn navigue dans cette histoire naïvement, sans être un personnage très attachant, il faut bien l’admettre… Même adulte, elle est encore déchirée entre une mère qu’elle accable de tous les défauts et une nanny qu’elle vénère. Sa mère prétend que la nanny leur ment, Hannah prétend que lady Holt met sa petite-fille en danger… Jocelyn ne sait plus qui croire.

La Nanny nous réserve quelques scènes efficaces, mais l’ensemble repose beaucoup plus sur l’analyse des sentiments de chacun des personnages que sur l’action. Le sujet de la relation enfant/nanny, de la jalousie que cet attachement peut créer dans la famille, est bien exploité, les mesquineries et manigances de chacun (je devrais dire de chacune) sont bien amenées, mais il semble rester dans le récit quelque chose d’un peu froid, qui manque de nuances… comme dans le manoir des Holt.

Martine Latulippe