Critique: Fiona Barton, Le Suspect


 Couverture

Paris, Fleuve noir, 2020, 488 p.

Restez chez vous !

On se fait tellement répéter cette consigne ces temps-ci que le titre de cette critique m’est venu aisément ! Restez chez vous… d’abord pour lire, mais restez chez vous, c’est aussi un peu ce que l’on a envie de dire à nos jeunes après avoir dévoré Le Suspect, plus récent roman de Fiona Barton.

Fiona Barton est une journaliste qui a connu un succès rapide avec la parution de La Veuve, son premier polar. Elle nous revient avec le personnage qui l’a si bien servie dans La Veuve et dans son deuxième titre, La Coupure : la journaliste Kate Waters. Pour sa troisième aventure, Le Suspect, Kate apprend que deux jeunes filles de dix-huit ans, Alex et Rosie, parties en voyage en Thaïlande, ne donnent plus signe de vie à leurs parents. Alex avait pourtant promis d’écrire aux deux jours. Les parents sont inquiets, on le comprend. Les autorités thaïlandaises ne prennent pas l’affaire trop au sérieux, croyant que le voyage a simplement pris une tournure festive… Kate saute sur l’occasion : son propre fils est aussi en Thaïlande depuis deux ans, il avait besoin de liberté et il donne très peu de nouvelles, elle est inquiète. L’occasion de se rendre dans ce pays sous le couvert d’un reportage est alléchante. Kate est loin de se douter que le personnel prendra vite le pas sur le professionnel. On s’en doute (sans trop en dire), quelque chose de grave est arrivé à Alex et Rosie. L’un des principaux témoins de cette histoire serait… Jake, le fils de Kate, le suspect le plus important de l’affaire.

Fiona Barton utilise la même formule que pour ses deux romans précédents : une succession de chapitres très courts en rafale. Le résultat ? Un rythme enlevant, bien qu’on soit loin des chasses à l’homme trépidantes et de la traque au tueur en série qu’on retrouve dans bien des polars. Le lecteur apprend assez tôt ce qui est arrivé. La grande question est : comment est-ce arrivé ? On reconstitue l’histoire des deux jeunes filles petit à petit, on passe d’un point de vue à l’autre : Alex, Kate, les parents d’Alex et Rosie, Jake, les policiers… Ironiquement, avec les soupçons qui se portent sur son fils au cœur de la tragédie, Kate se retrouve traquée par les journalistes en quête d’informations et de primeurs. Elle n’est plus la journaliste, elle est désormais une mère affolée et en détresse. Kate voyait dans cette histoire un bon filon pour des articles… elle en devient le sujet. Fiona Barton peint les émotions et bouleversements de tous avec beaucoup de justesse, sans fioriture, souvent sur un ton quasi journalistique. On est dans l’action, dans les faits, et pourtant on comprend exactement comment se sent chacun.

J’ai lu ce livre pratiquement d’une traite, et je l’ai refermé en me répétant ce que je me suis dit lors de ma lecture des deux précédents : je vais assurément suivre le travail de Fiona Barton et attendre son prochain roman. En attendant qu’il sorte, eh bien… faites le plein de polars, soyez prudents et restez chez vous !

Martine Latulippe