Critique: Fiona Barton, La Coupure


 Couverture

Paris, Fleuve Noir, 2018, 477 p.

La vérité en trois temps

Fiona Barton en a étonné plusieurs à la sortie de son premier roman, La Veuve, en 2017 : succès instantané, histoire habilement racontée, écriture pleine d’assurance. Elle récidive un an plus tard avec La Coupure, un polar moins achevé que son premier titre, mais tout à fait dans le même esprit.

Tout commence, dans La Coupure, par un simple entrefilet dans le journal : lors de travaux sur un chantier, on a fait la découverte du corps d’un très jeune bébé. Il y aurait été enterré il y a plusieurs années. La plupart des lecteurs du journal passent en vitesse sur ce fait divers, mais trois personnes voient le cours de leur vie changer le jour de la publication de ces quelques lignes. Trois femmes bien différentes, interpellées chacune à leur manière par la nouvelle. Il y a d’abord Angela, dont la fillette, Alice, avait été enlevée à la maternité pratiquement dès sa naissance et qui ne s’en est jamais remis. Puis, Emma, qui souffre d’anxiété et qui est complètement bouleversée par cette annonce, au point d’en perdre l’appétit… et l’équilibre (on apprendra pourquoi par la suite). Enfin, la journaliste Kate Waters (déjà rencontrée dans La Veuve) y voit le sujet d’un bon article : qui est ce bébé ? Qui l’a enterré ? Où sont ses parents ? Une fois ces trois femmes présentées, tout est en place ! Un jeu de va-et-vient s’installe dans la narration entre ces trois personnages, entre leurs différents points de vue et leur histoire respective.

Fiona Barton est journaliste ; on le sent bien dans sa façon d’écrire. Pas de fioritures, pas de temps à perdre ! Le roman est constitué de quatre-vingt-six chapitres qui se succèdent à toute allure sur quatre cent soixante-dix-sept pages ! L’auteure réussit à créer trois personnages de femmes bien distincts, qui prennent forme rapidement. En quelques pages à peine, voilà le lecteur accroché ! Le roman est étonnamment peu violent pour un polar (le bébé a été enterré il y a des années, aucun autre crime contemporain ne vient s’ajouter à celui-ci au fil des pages), et pourtant l’auteure réussit à maintenir l’intérêt du lecteur constamment, en donnant peu à peu de nouvelles informations, en nous faisant suivre cette histoire principalement du point de vue de la journaliste, Kate, et de son enquête qui met graduellement à jour de nouvelles données sur cette affaire.

Mais… car il y a un mais… même si le roman est très agréable à lire, même si j’aime l’écriture efficace et précise de Fiona Barton, je dois avouer que La Coupure ne m’a pas du tout fait la même impression que La Veuve, principalement à cause du dénouement de l’intrigue. Une centaine de pages avant la fin, j’ai noté ce que je soupçonnais que nous allions découvrir… et je ne me suis hélas pas trompée. Même en appréciant l’univers présenté, je dois dire que deviner la fin cent pages avant que nous « apprenions » les révélations de l’histoire, c’est un peu décevant. Ce bémol ne m’empêchera toutefois pas de suivre les prochaines publications de Fiona Barton, dont le travail promet décidément beaucoup.

Martine Latulippe