Critique: Donna Leon, Les Disparus de la lagune


 Couverture

Paris, Calmann-Lévy (noir), 2018, 355 p.

Une petite pause pour Brunetti

 

À une certaine époque, j’ai lu beaucoup de titres de Donna Leon, auteure vivant à Venise depuis plus de trente ans, ville dans laquelle elle met en scène les enquêtes de son commissaire Brunetti. Il y a longtemps que je l’avais lue et j’ai retrouvé avec plaisir cet univers quasi réconfortant – étrange à dire quand il est question de polar !

Dans Les Disparus de la lagune, Brunetti est nerveux, fatigué. Le stress de son métier lui pèse de plus en plus. Il peut toujours compter sur le soutien et la complicité de sa fidèle Paula, son épouse, une intellectuelle qui cuisine de bons petits plats et est toujours très présente dans ses enquêtes, mais il a besoin d’une pause. Il lui faut du repos et du recul. C’est pourquoi il part, seul, faire une retraite sur une île. Donna Leon décrit longuement son quotidien pendant ces vacances : il lit, mange, prend du soleil, fait de l’aviron… Il sent vite les effets de ce mode de vie idéal. Il s’agit d’une pause dans la vie trépidante de Brunetti, mais aussi d’une pause dans son univers littéraire : il faut attendre autour de la page cent trente (sur trois cent cinquante-cinq pages) pour qu’une intrigue se pointe le bout du nez ! On en vient presque à oublier qu’on tient un polar ! L’auteure prend le temps de bien placer les choses, c’est le moins qu’on puisse dire !

Bref, on s’en doute, pour qu’il y ait matière à roman policier, la retraite paradisiaque de Brunetti doit être interrompue. Elle le sera par la disparition de Davide, le gardien de la villa dans laquelle Brunetti habite et avec qui il a noué des liens d’amitié. Même s’il est sur l’île depuis peu de temps, Brunetti s’est attaché à cet homme discret et efficace, qui a bien connu son père. Un soir d’orage, Davide ne rentre pas. Meurtre ? Suicide ? Accident en mer ? Bien qu’en congé, Brunetti ne peut faire autrement que de s’impliquer dans cette enquête pour tenter de savoir ce qui est arrivé à Davide. Il fera des découvertes étonnantes liées au passé du vieil homme.

L’enquête met un peu trop de temps à mon goût à s’installer, mais on lit néanmoins avec un plaisir certain Les Disparus de la lagune. Il y a quelque chose d’équilibré dans l’univers de Brunetti (on ne peut pas en dire autant de beaucoup d’enquêteurs de romans policiers !), quelque chose de réconfortant. Je parlerais presque, de manière générale pour les titres de Leon mais surtout pour celui-ci, de polar paisible. S’ajoute à cela dans ce récit une forte touche de nostalgie, une narration marquée par des souvenirs du père, de l’enfance… Les Disparus de la lagune est un roman qu’on lit beaucoup plus pour l’ambiance et pour ses personnages attachants que pour l’enquête, qui peine un peu plus que de coutume à prendre sa place dans ce roman de Donna Leon.

Martine Latulippe