Critique: Donato Carrisi, La Maison des voix


 Couverture

Paris, Calmann-Lévy, 2020, 299 p.

À quoi joue Hanna ?

L’auteur italien Donato Carrisi a récemment fait paraître le thriller psychologique La Maison des voix, aux éditions Calmann-Lévy. Le nom vous est familier ? Pas étonnant ! Donato Carrisi est notamment l’auteur du fort populaire roman Le Chuchoteur, qui avait séduit tant le public que les jurys et les critiques.

Il nous propose cette fois l’histoire de Pietro Gerber, un psychologue pour enfants spécialisé dans l’hypnose, qui habite Florence. Une collègue australienne contacte un jour Pietro et lui demande de recevoir une de ses patientes, qui part pour l’Italie. Elle redoute les conséquences que l’arrêt brutal de sa thérapie pourrait entraîner. D’abord étonné, puisque la patiente en question, Hanna Hall, est une adulte, le psychologue accepte néanmoins de la rencontrer puisque son cas est très particulier : elle s’accuse d’un crime qu’elle aurait commis alors qu’elle avait à peine dix ans. La femme attribue carrément à l’enfant qu’elle était un meurtre, mais ses souvenirs de l’affaire sont flous.

Dès la première rencontre, il est clair que Pietro Gerber vient de s’embarquer dans une histoire qui va vite le dépasser. Hanna est troublante, mystérieuse, et elle en sait beaucoup trop sur lui. Au fil de ses séances d’hypnose, on découvre une fillette qui dit parler aux spectres, qui déménageait régulièrement, qui changeait de prénom tout aussi souvent et qui n’avait pas le droit de parler à personne d’autre qu’à ses parents. Le psychologue fait peu à peu la lumière sur le passé d’Hanna, en se retrouvant tout aussi fasciné que terrifié par la présence d’Hanna dans sa vie, par ses incursions dans sa vie personnelle, par toutes ces informations qu’elle lui lance mine de rien, informations que personne d’autre que lui ne devrait savoir… Plus le récit avance, plus on se demande comment l’auteur va réussir à sortir de là sans tomber carrément dans le fantastique ou l’ésotérisme. Hanna vit-elle réellement des expériences paranormales ? Tente-t-elle simplement de troubler Pietro ? Représente-t-elle plutôt une menace ?… Évidemment, pas question que je réponde à ces diverses interrogations, sinon j’en dévoile trop !

Je me contenterai de dire que ce roman de Donato Carrisi est réussi. Les mobiles des personnages ne sont pas toujours clairs, leurs actions ne sont pas toujours crédibles, mais les scènes sont d’une grande efficacité, Carrisi tisse habilement une toile pleine d’ambiguïtés, de non-dits, d’allusions, et le récit est si prenant qu’on n’a qu’une envie : le lire d’une traite ! L’auteur installe une ambiance tordue, mystérieuse à souhait, et on ne peut s’empêcher de s’inquiéter pour le psychologue, qui dépérit à vue d’œil, tout en ayant hâte à la prochaine séance d’Hanna, pour voir plus clair dans cette affaire.

Martine Latulippe