Critique: Lisa Jewell, Comme toi


 Couverture

Paris, Milady, 2018, 395 p.

Un sens à sa vie

Auteure anglaise publiant depuis 1998, Lisa Jewell nous présente Comme toi, son quatorzième roman. Je découvrais son univers pour la première fois, je dois l’admettre. La prémisse de l’histoire est intrigante à souhait : Laurel a bien du mal à se remettre de la disparition de sa fille, Ellie, survenue il y a dix ans. Ellie avait alors quinze ans et elle s’est brusquement volatilisée alors qu’elle se rendait à la bibliothèque pour étudier. Aucune demande de rançon n’a été faite depuis, rien ne laissait présager une fugue, absolument aucun signe d’elle n’a été relevé dans les années suivantes. Ellie était une adolescente pratiquement parfaite, jolie, aimée, admirée. Sa mère, Laurel, a tellement souffert qu’elle en a négligé ses deux autres enfants et son mari, de qui elle est aujourd’hui séparée et qui a, lui, refait sa vie. Laurel habite maintenant seule, travaille à mi-temps et ne s’est jamais remise de ce douloureux événement. Dix années se sont écoulées quand Laurel fait la rencontre de Floyd, un père célibataire qui lui plaît aussitôt. Arrivera-t-elle enfin à tourner la page et à retrouver un sens à sa vie ? À goûter de nouveau au bonheur ? Quand elle rencontre Poppy, la fille de Floyd, âgée de neuf ans, Laurel est bouleversée : Poppy est la copie conforme d’Ellie. Est-ce simplement un hasard ?

La narration joue sur plusieurs époques : le petit quotidien de la famille avant la disparition, le jour du drame, les membres de la famille de Laurel aujourd’hui, la vie de Floyd, celle de Poppy… Puis, peu à peu, on apprend ce qu’Ellie a vécu pendant les années suivant le jour fatidique à partir duquel on ne l’a plus jamais revue. Le lecteur est rapidement mis dans la confidence : il sait assez vite que le fait que Poppy ressemble à Ellie n’est pas qu’une coïncidence. Quel est le rôle de Floyd dans tout ça ? Quel est son lien avec Ellie ? Est-il coupable de quelque chose ? Complice ? Est-il innocent et seul le hasard a véritablement mis Laurel sur son chemin ? On se demande comment Laurel découvrira ce qui s’est passé.

Le livre comporte de bons éléments et le rythme est efficace, assez pour qu’on ait envie d’en poursuivre la lecture. Malheureusement, il compte aussi son lot d’irritants. Certains reposent sur le plan de la crédibilité, mais l’irritant majeur est sans conteste un problème de narration. Il y a plusieurs narrateurs qui rapportent le récit au fil des pages. Sans trop en dire, je mentionnerai seulement que l’un de ces narrateurs est en fait… décédé, et il va même jusqu’à raconter sa propre mort. Non, on n’est pas dans le fantastique, mais bien dans un réalisme total. Personnellement, cette erreur (pour le moins importante) a hélas grandement diminué mon plaisir de lecture.

Martine Latulippe