Critique: Bill Clinton et James Patterson, Le Président a disparu


 Couverture

Paris, JC Lattès, 2018, 491 p.

James Patterson est un auteur de polar pour le moins prolifique, qui a multiplié les ouvrages au fil des dernières années. Mais aucun de ses livres n’a fait autant parler de lui que son récent titre Le président a disparu. Pourquoi ? La raison en est fort simple : il a coécrit ce roman avec Bill Clinton, oui-oui, l’ancien président des États-Unis. Voilà qui est pas mal pour obtenir une couverture médiatique : un ancien président qui écrit un polar sur un président américain ! On se dit que ses sources doivent être assez solides ! Ce livre aurait-il suscité autant d’intérêt sans le nom de Bill Clinton sur la couverture ? Assurément pas, car malheureusement, il ne réinvente rien du tout.

D’entrée de jeu, le président des États-Unis, Jonathan Lincoln Duncan, doit se présenter à une commission d’enquête… qui a clairement comme but de le faire tomber. Il est furieux de devoir perdre du temps avec cette bureaucratie et cette politicaillerie, qu’il n’hésite pas à décrire comme l’Inquisition des temps modernes, car il a bien autre chose en tête : une grande menace pèse sur le pays. On n’en sait pas trop sur la nature de celle-ci au départ, ça se précise par la suite, mais le lecteur apprend rapidement que le président dispose de quelques jours seulement pour carrément sauver son pays. En raison de la situation, le président prend la décision de sortir seul de la Maison-Blanche, incognito, pour rencontrer un informateur, ce qui va à l’encontre de tout bon sens, bien entendu. Si on a pris le temps de lire le titre, on se doute bien que le président ne rentrera pas à sa résidence immédiatement. Il disparaît (quelle surprise !). S’ensuit un huis-clos politique avec des alliés qui tenteront, avec le président, de désamorcer la bombe virtuelle qui menace les États-Unis.

Tout y est : un méchant et puissant terroriste, une catastrophe imminente, un compte à rebours, une redoutable tueuse à gages qui écoute du classique et même une taupe à la Maison-Blanche. Patterson connaît les rouages du roman à suspense, c’est évident, et Clinton maîtrise le sujet, mais on a une impression de déjà-vu. Les clichés sont nombreux et le roman n’offre pas l’angle ou le ton unique qui permettrait de passer par-dessus. Certaines scènes sont fort efficaces, le livre se lit rapidement, mais on sent trop la volonté de réhabiliter le rôle du président. On souligne à gros traits l’importance des vétérans, des services secrets. On critique les dérives qu’apportent la petite politique et les grandes ambitions. Et le président Duncan navigue à travers tout ça en étant solide, créatif, stoïque, quasi parfait. Bref, le mot qui me revenait sans cesse en cours de lecture était que tout ça était bien moralisateur, et qu’au-delà de l’intrigue, la volonté des auteurs semblait surtout être de rendre ce président très humain (récemment veuf, bon père de famille, il doit prendre des décisions difficiles et toujours se montrer fort, même quand ça ne va pas…). On humanise la fonction, on présente de façon détaillée l’entourage politique du président et le rôle de chacun, mais force est d’admettre que la lectrice de polar en moi n’a pas été satisfaite pour autant de l’histoire proposée.

Ceci dit, messieurs Clinton et Patterson devraient se remettre assez rapidement du fait que je n’aie pas été emballée par ma lecture : une série télé est déjà annoncée à partir du roman et ce dernier fait belle figure dans les palmarès de ventes !

Martine Latulippe