Critique: Amy K. Green, Reine de beauté


 Couverture

Paris, Belfond (noir), 2020, 412 p.

Portrait d’une fillette pas si parfaite

Travaillant dans le domaine du cinéma américain, Amy K. Green nous propose un premier roman, Reine de beauté. D’entrée de jeu, reconnaissons qu’elle sait utiliser les rouages pour tenir le lecteur en haleine! Difficile de déposer le livre une fois la lecture amorcée.

On y découvre l’histoire de Jenny, une jeune « miss » qui détient le record du plus grand nombre de titres de reine de beauté de la Nouvelle-Angleterre, de l’âge de cinq ans jusqu’à douze ans. Elle décide alors d’arrêter ces concours qui lui pèsent, cette quête de perfection qui lui paraît de plus en plus superficielle, au grand dam de sa mère, dont le rêve ultime est que Jenny devienne un jour miss États-Unis. Peu de temps après, âgée de treize ans, Jenny est retrouvée assassinée. Ce meurtre est le point de départ de l’histoire. Le reste du livre reconstituera ce qui s’est passé au cours de la dernière nuit de Jenny, ainsi que ce qui a mené à ce drame. Rapidement, les policiers procèdent à l’arrestation de Benjy, un amateur de concours de beauté qui faisait une véritable fixation sur Jenny. Le suspect est idéal, l’affaire est rapidement bouclée. Pourtant, Virginia, la sœur aînée de Jenny, n’y croit pas. Benjy est sans aucun doute le suspect le plus facile à accuser, mais à ses yeux il n’est pas le coupable. Il s’intéresse aux jeunes filles, oui, mais il a l’attitude et le quotient d’un très jeune enfant.

La narration propose deux points de vue, en présentant en alternance un chapitre raconté par Virginia, un chapitre vu par les yeux de Jenny. Les chapitres sont courts, efficaces. Derrière le portrait bien lisse et parfait que Jenny présentait sur la scène, le roman propose rapidement une autre image, celle d’une jeune adolescente qui craque sous la pression, qui ne supporte plus sa vie et se rebelle, qui est prête à aller très loin pour fuir sa ville et sa famille…

L’histoire est bonne, la critique sociale acerbe. Coincée entre un père absent et une mère obsédée par l’apparence et l’alcool, une sœur démolie et une bande de pervers qui s’intéressent au physique d’enfants de cinq ans, Jenny a du mal à trouver sa place dans sa petite ville américaine. L’autrice n’est pas tendre pour ses personnages, qu’elle ne cherche pas à rendre attachants, mais qui demeurent néanmoins intéressants. Elle braque la lumière sur eux tour à tour, faisant de chacun un suspect potentiel dans cette sombre affaire, puisque chaque personnage s’avère plus tordu que le précédent!

Pendant pratiquement toute la lecture, j’étais emballée. Étonnée, même, qu’un premier roman montre une telle maîtrise à faire naître des soupçons, à définir les personnages, à maintenir l’intérêt du lecteur… Et puis arrive la fin. La fin aux multiples rebondissements, tellement multiples, en fait, qu’il devient difficile d’y adhérer… Qu’on veuille surprendre le lecteur, ça me va. Mais j’aime bien qu’on le fasse en conservant un minimum de crédibilité.

Martine Latulippe