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Pour nos lecteurs |
Encore dans la mirede Christine Fortier, Denis LeBrun, Jean Pettigrew, Norbert Spehner et François-Bernard TremblayExclusif au supplément Internet (Adobe Acrobat, 1 008Ko) d'Alibis 5, Automne 2002
Dansez-vous l'Oslo ?
En vedette, l'inspectrice Hanne Wilhelsem qui est confrontée à deux affaires difficiles. D'une part, il y a les « massacres du samedi » après lesquels on découvre, en des endroits différents, d'énormes quantités de sang... mais pas de cadavres. Pourtant, mélangé à du sang d'animal, il y a bien du sang humain. D'autre part, une jeune femme est violée dans des conditions atroces et le désir de vengeance de la victime et de son père inquiète l'inspectrice. Ce thème des victimes (ou des proches) qui veulent se faire justice soi-même apparaît de plus en plus fréquemment dans la littérature policière et cela un peu partout. Au Québec, on en a de bons exemples récents avec le roman de Laurent Laplante, Des Clés en trop, un doigt en moins (L'Instant Même, 2001) et surtout Les Sept Jours du talion, de Patrick Senécal (Alire, 2002). Le roman d'Anne Holt n'a pas la force de ceux de Mankell, mais on ne peut s'empêcher de faire le rapprochement avec les livres du Suédois. Hanne Wilhelmsen fait le même constat troublant que son homologue, le commissaire Wallander : la société norvégienne, tout comme la suédoise, est en train de se transformer, et pas pour le meilleur ! La violence devient incontrôlable alors que le « politiquement correct » et la lâcheté des politiciens et de l'appareil judiciaire découragent les citoyens de plus en plus tentés de prendre les choses en main et de se faire justice eux-mêmes. Bienheureux ceux qui ont soif est un roman policier de bonne facture, avec un personnage intéressant et un dénouement spectaculaire, qui compensent pour une certaine mollesse de l'intrigue. Par ailleurs, on a un peu de mal à croire que Hanne Wilhelmsen ait pu cacher pendant plus de quinze ans à ses collègues qu'elle vivait avec une autre femme. Après tout, ce sont des flics... Je terminerai en signalant aux amateurs de polars venus du froid que la maison d'éditions française Gaïa viennent de lancer une collection, « Gaïa Polar », dans laquelle elle a publié deux auteurs norvégiens, Gunnar Staalesen et Fredrik Skagen, ainsi qu'un danois, Leif Davidson. Pour vous réchauffer dans votre igloo ! (NS) Bienheureux ceux qui ont soif...
L'autre vie des choses
Après tout ce fiel déversé à propos de ce thriller paranormal, existe-t-il une seule bonne raison de consacrer plusieurs heures à la lecture de Regard oblique ? Oui. Malgré les points faibles de l'écriture et de l'intrigue, la magie de Koontz opère. Si l'auteur possède une force, c'est certainement celle d'insuffler la vie à ses personnages, les dotant de personnalités à la mesure de leur rôle dans l'histoire. Il prend aussi le temps de développer leur psychologie, ce qui les rend d'autant plus réalistes, malgré une nette tendance de la part de Koontz à aller dans la caricature. Tout en poursuivant l'exploration du thème de la vie après la mort – thème qu'il explore entre autres dans Seule Survivante (Robert Laffont, 1999) –, l'auteur parvient à se renouveler. Incidemment, Regard oblique explore plus particulièrement le sujet des vies parallèles, qu'il justifie par la théorie de la physique quantique selon laquelle chaque geste, bon ou mauvais, a une incidence sur la vie de quelqu'un d'autre, quelque part. Ainsi donc, la trame de Regard oblique évolue sur quatre plans. Quatre personnages dont le destin s'emmêlera éventuellement, pour le meilleur et pour le pire. Il y a d'abord celui de Junior Cain, un psychopathe dont la cruauté n'a d'égale que sa confiance en lui. Son discours intérieur est d'ailleurs parfois assez drôle. Il est à la recherche d'un certain Barthy. Il ne le connaît pas, mais il est persuadé qu'il doit l'éliminer. Il y a ensuite Tom Vanadium, un détective qui ne connaîtra la paix qu'après avoir mis un terme aux crimes de Junior. Puis, on retrouve Barthy, un enfant prodige qui ressent les autres vies des choses et Ange, une adorable petite fille née d'un viol. Tout comme Tom et Bartholomé, elle perçoit les autres vies des choses. Après un long chassé croisé à tout le moins intéressant et surprenant, à défaut d'être totalement palpitant, la conclusion est à la hauteur des attentes. Les fans de Dean Koontz y trouveront leur compte. (CF) Regard oblique
À l'anglaiseIl n'y a pas à dire : si pendant fort longtemps l'essentiel de la production britannique en roman policier se conformait au modèle du whodunnit ? à la Agatha Christie, les auteurs de polars anglais contemporains se sont au cours des dernières décennies affranchis de cette formule éprouvée et classique pour investir avec beaucoup d'invention le roman noir, qu'on prenait à tort pour une spécialité américaine. Je n'en voudrais pour preuve que ces trois excellents livres – Une mort à Lisbonne de Robert Wilson, Dans la gorge du dragon d'Eliot Pattison, et Peak Park de Stephen Booth – lus récemment et avec un égal bonheur.
Cinquante ans plus tard, à Lisbonne, Catarina Oliveira, jeune fille perturbée aux mœurs légères issue d'une famille bourgeoise, est sauvagement violée et tuée sur une plage. Au contraire de l'inspecteur Ze Coelho qui enquête sur l'affaire, le lecteur devine qu'un lien unit les deux personnages sans en connaître la nature. Au fil du roman les deux histoires se chevauchent et Ze Coelho, en plongeant dans l'histoire de famille de Catarina, reconstituera progressivement le lien entre Fersen et Catarina jusqu'à une finale surprenante. Évocation grandiose de l'atmosphère glauque des heures les plus sombres du nazisme et de ses séquelles contemporaines, Une mort à Lisbonne s'avère un excellent roman noir, complexe à souhait, à l'image de Le Carré (auquel Robert Wilson ne doit cependant rien), et passionnant de bout en bout.
Ce roman noir aux personnages tourmentés mais attachants rappelle les séries télévisées britanniques Fitz et Suspect no 1, deux séries cultes pour les amateurs de noir, un genre où décidément les Anglais excellent. (DL) Une mort à Lisbonne
Dans la gorge du dragon
Peak Park
Ils shootent et scorent...
Boildieu, rédacteur sportif, et Le Che, ancien footballeur devenu photographe, sont dépêchés à Lens, par l'agence Zelda, pour enquêter sur une affaire de pingouins en peluche explosant à la figure des dirigeants du club lensois. Canulars sans grandes conséquences jusqu'au jour où la peluche, bourrée d'explosifs, cause la mort d'un homme. Boildieu et Le Che pourront-ils apprendre quelque chose afin de faire avancer l'enquête sans qu'il n'y ait d'autres attentats ? L'espace d'une partie contre Lille et d'une autre contre l'OM, les deux protagonistes joueront les détectives dans cette ville du Nord. C'est à l'écrivain et éditeur de l'Écailler du Sud François Thomazeau, qui n'est pas un premier venu, que revient l'honneur de commettre le premier titre de la série dirigée par Jean-Paul Delfino : Sang et Mort. Sang et mort pour sang et or, les couleurs du RC Lens, un club fondé à l'époque de l'exploitation des mines de houilles dans Le Nord-Pas-De-Calais. Lancée juste à temps pour la Coupe du monde (Corée-Japon) 2002, la série braque son attention sur un nouveau club de football français (uniquement français pour l'instant) à chaque livre. Si c'est le RC Lens qui donne le coup d'envoi à cette jolie collection, quatre autres titres sont déjà parus : Verts comme l'enfer (AS. Saint-Étienne), Y'a plus de sushi pour les bleus (Équipe nationale de France), Droit aux brutes (OM-Olympique de Marseille), Comme un Lyon en cage (OL-Olympique de Lyon). Et bien d'autres sont prévus. Chaque livre est préfacé par une personnalité ; dans le cas du livre de Thomazeau, c'est Jean-Marie Leblanc, directeur du Tour de France et fan du RC Lens qui appose sa griffe sur le texte de présentation. Et ce premier de collection est une réussite. Thomazeau a certes beaucoup d'humour et il mène de main de maître cette enquête policière pleine de rebondissements, ironiquement écrite pour un club du Nord par un gars du Sud. L'emploi d'une police de caractère sans empattement, qui rendait parfois la lecture agaçante dans les trois premiers livres de la série, est heureusement corrigé par l'éditeur dès le quatrième titre. Bravo ! Compte tenu du nombre sans cesse croissant de jeunes footballeurs au Québec et du nombre d'amateurs de soccer de salon, la collection devrait intéresser bon nombre de lecteurs en attendant l'Euro 2004 ou le prochain Mondial en 2006. (FBT) Sang et Mort
Allez, les Verts, allez... !
Verts comme l'enfer est le deuxième titre de la collection Footpolar et comme pour le premier de la série, il s'agit là encore d'une réussite. Pierre Serisier présente de belle façon les éléments de l'intrigue, alternant les points de vue : d'un côté l'enquête menée par Boildieu et Le Che, de l'autre la psychologie et la motivation de l'assassin. Sur le plan historique, on apprend beaucoup de choses sur le passé des Verts mais, à l'inverse, très peu sur la situation actuelle du club de première division, si ce n'est qu'ils sont encore des perdants. Le livre est préfacé par Laurent Paganelli, ex-footballeur professionnel devenu journaliste à Canal +. Une chose est sûre, vous apprendrez à la fin, comme le disait la chanson : « Qui c'est les plus forts ? Évidemment, c'est les Verts ! » (FBT)
Verts comme l'enfer
Chinoiseries pour Momo la déveine
Momo, c'est l'inspecteur Maurice Laice (que sa supérieure appelle More is less), qui se décrit comme « infirme de la tête et de la queue » mais qui, tout compte fait, n'est pas si abruti qu'il voudrait nous le faire croire. Ça n'est pas un battant non plus. Attention, ce polar est un roman noir, très noir, avec des apparences trompeuses. Au départ, il y a une enquête de routine sur le meurtre bizarre d'un vieux Chinois qui n'a jamais fait de mal à personne. De plus, Momo doit s'intéresser de plus prêt à des ados en difficulté (taxage, menaces, tortures), et puis... et puis... ça dérape, ça bascule. Dans l'horreur... Une affaire de routine, somme toute assez banale, se transforme en cauchemar absolu. Le lecteur a soudain l'impression d'avoir embarqué sur un toboggan dont la pente, d'abord pépère, va en s'accentuant avant de nous précipiter dans un véritable abîme d'injustice, d'incompréhension, avec à la clé des meurtres, du sadisme, des personnages complètement déjantés et une folle envie de ruer dans les brancards. Les dernières pages sont très dures, voire atroces ! On se dit que ça ne se peut pas... Hélas oui, ça se peut ! Du coup, on comprend pourquoi Chantal Pelletier a pu remporter le Grand prix du roman noir de Cognac 2001 avec Chant du bouc, qui avait été précédé de Eros et Thalasso, où survivait le même Maurice Laice. Après Trouble fêtes (un recueil de nouvelles), ce roman est sa quatrième Série Noire. (NS) More is less
Le Coup du coucou fou
Pendant ce temps-là, il y a cette histoire d'un couple bien nanti de New York qu'on a assassiné dans leur belle grande maison. Ils revenaient d'un souper concert auquel avait assisté Scudder et ont surpris les deux voleurs. Or, ces derniers ont été retrouvés, morts, l'un ayant tué l'autre avant de s'enlever la vie. Alors l'affaire est réglée, non ? Non! Du moins pas pour Scudder, car tout ça lui semble bien trop net, trop bien « organisé ». Avec son jeune acolyte T. J., qui lui dégote toujours d'excellents tuyaux, le détective à la retraite remonte donc une piste qui n'existe pas vraiment, cherchant la petite bête ou le petit détail qui viendrait étayer l'idée qui lui trotte sans arrêt dans la tête : et s'il y avait eu un troisième homme ? Je ne brûle pas un punch en vous révélant qu'il y en a effectivement un, troisième homme – une deuxième trame narrative nous le présentera incessamment –, et pas n'importe lequel. Si je vous dis ça, c'est aussi pour que, après plus d'une centaine de pages où il ne se passe rien, vous ne vous découragiez pas. Car Block est ainsi fait: il peut littéralement vous endormir, mais lorsqu'il vous réveille, attention ! Trompe la mort vaut le détour en raison des deux cents dernières pages, quand la chasse à l'usurpateur est enfin lancée. Croyez-moi, vous n'oublierez pas de sitôt ce coucou de première, à côté duquel le bon vieux Ripley de Patricia Highsmith, pourtant assez inquiétant dans son genre, fait littéralement figure d'enfant d'école. À donner froid dans le dos ! (JP) Trompe la mort
Priez porno, pauvres lecteurs...
Son personnage principal s'appelle Rune, une jolie (et forcément énigmatique) jeune femme qui rêve de devenir réalisatrice de cinéma. Une explosion dans un cinéma porno de Times Square lui inspire une idée : consacrer un film à Shelly Lowe, une grande star du porno. Mais alors qu'elle a recueilli les confidences de Shelly, dont l'ambition est de devenir une véritable comédienne, cette dernière est tuée par l'explosion d'une seconde bombe. Les attentats sont revendiqués par une secte inconnue qui laisse des messages tirés de l'Apocalypse sur les lieux de ses forfaits. Bouleversée, Rune se jure de découvrir la vérité sur cette mort tragique, d'autant plus que la police semble se traîner les pieds. Pour les flics, faire exploser un cinéma porno et tuer une des actrices, ça ressemble un peu à une entreprise de salubrité publique, alors... Rune, plus têtue qu'un régiment de mules, ne l'entend cependant pas de cette oreille. Elle plonge dans une enquête qui va se révéler riche en surprises de toutes sortes et cela jusque dans les toutes dernières pages. Heureusement, elle aura un bon coup de main d'un spécialiste du déminage qui n'est pas insensible à ses charmes (et réciproquement). Dans ce livre, Jeffery Deaver a délaissé Lincoln Rhyme, le personnage principal du Désosseur, qui revient cependant dans La Place du mort, qui paraît simultanément chez Calmann-Lévy. Épitaphe pour une star du porno est un inédit directement publié en édition de poche. L'édition originale date de 1990, mais le roman n'a pas pris un pli. On y retrouve le New York de la belle époque, telle que cette ville était avant que les curés et autres puritains de la nouvelle droite américaine ne viennent y faire le ménage et ne l'aseptisent à mort. (NS) Épitaphe pour une star du porno
Revue Alibis - Mise à jour: Janvier 2003 - Avis |