Critique: Steve Laflamme, Le Chercheur d'âme


 Couverture

Montréal, De l’Homme, 2017, 462 p.

Quand la lutte devient violence réelle

Pourquoi les tueurs en série fascinent-ils autant ? Après tout, quand on voit le nombre de crimes dans le monde ou même plus proches de nous au Québec, on se dit que la part commise par les serial killers est quand même infime. Et pourtant, ils sont surreprésentés dans la littérature : pas une année de publication sans son lot de Dexter ou autre Hannibal Lecter.

Le problème étant qu’il est difficile alors pour un auteur d’être original. J’avoue donc être rentrée dans ce Chercheur d’âme un peu à reculons et l’avoir terminé avec le même état d’esprit.

Pourtant, on ne peut pas reprocher à Steve Laflamme de ne pas avoir essayé d’offrir quelque chose de différent. Dans cette histoire qui se passe à Québec, on retrouve une bonne dose de violence, la thématique de la lutte et un policier avec un handicap un peu particulier.

Dans des ruelles, un homme abandonne ses victimes, visages presque arrachés, messages inscrits sur le corps, comme pour défier l’Unité des crimes majeurs de la Sûreté du Québec. Qui sont ces femmes et quel est le lien qui les unit ? À Xavier Martel et son équipe de le découvrir ; et pour cela, il leur faudra mieux comprendre le monde de la lutte puisqu’il apparaît rapidement que ce sport obsède le tueur. Celui-ci, surnommé le chercheur d’âme par les médias semble vouloir transmettre un message aux enquêteurs et ils devront le comprendre vite pour éviter que les victimes s’accumulent.

Steve Laflamme enseigne la littérature et on sent effectivement dans son écriture une habileté. C’est bien mené, efficace ; il connaît clairement les règles du genre et les applique ou bien s’en éloigne si nécessaire. Et je suis sûre que ce roman plaira à un public relativement large, parce qu’on se laisse entraîner par l’intrigue et qu’on veut connaître le dénouement de l’enquête.

Pourquoi une réserve de ma part alors ? À cause des trop de ce récit. Par exemple ce trop de violence, dès le début. Je suis pourtant capable de lire pas mal d’horreurs depuis le temps, mais cette abondance de détails glauques ne me semblait pas utile. J’ai trouvé dans les passages un peu gore une gratuité qui m’a dérangé. Et puis il y a ce personnage d’enquêteur trop compliqué, trop magané. Je n’ai rien contre les flics à problèmes qui surfent sur la ligne blanche, mais celui-ci est peut-être un peu caricatural ou bien alors mon sens moral est trop fort. Enfin, une finale facile où ce qui semblait évident au premier coup d’œil ne l’est plus. Cela pourrait être surprenant, c’est en fait simplement trop gros.

J’ai l’air très négative, mais peut-être s’agit-il d’un thème, la lutte, qui ne me parle pas et, puisqu’elle est très présente dans tout le récit, m’a laissée relativement froide. Celui des tueurs en série m’est assez indifférent aussi, sauf quand il est très original, c’est sûrement une raison de plus pour laquelle je n’ai pas vraiment embarqué dans ce Chercheur d’âme.

Steve Laflamme a pourtant une voix et une écriture intéressante et je serai assez curieuse de savoir ce qu’il fera par la suite ; s’il sera capable de s’éloigner de ce trop que je lui reproche pour aller vers un moins plus efficace.

Morgane Marvier