Critique: S. K. Tremayne, La Menace


 Couverture

Paris, Presses de la Cité, 2017, 381 p.

Des fantômes, du fantastique et de la folie

J’ai découvert S. K. Tremayne, alias Sean Thomas, alias Tom Knox, avec le roman Le Doute. J’avais bien apprécié cette lecture : atmosphère sombre, univers malsain, personnages tourmentés, suspense psychologique plutôt réussi. J’avais donc bien hâte de lire son nouveau roman, La Menace. Hélas, la magie n’a pas opéré, cette fois. Tremayne reprend plusieurs des éléments qui lui ont réussi précédemment : une maison lugubre et isolée, des personnages qui n’arrivent plus à déterminer le vrai du faux et oscillent sans cesse entre raison et folie, des liens amoureux ou familiaux tordus… Mais la finesse du Doute n’est pas de la partie ; elle a cédé la place à trop d’incohérences et de clichés pour que je me laisse embarquer dans le suspense proposé.

Les premiers chapitres de La Menace nous présentent Rachel et David, qui filent le parfait bonheur. Rachel déclare même n’avoir jamais été aussi heureuse : elle vient d’épouser David, un riche veuf de dix ans plus âgé qu’elle. Tout l’emballe : son mari, le fils de celui-ci (Jamie, huit ans), le domaine qu’ils habitent dans les Cornouailles, une maison délabrée de soixante-dix-huit chambres (oui, oui, soixante-dix-huit !) que Rachel doit remettre en état. C’est là sa tache principale, en plus de s’occuper de son mari et de son beau-fils, bien entendu. Elle qui se prétendait féministe, elle a tout plaqué pour suivre le ténébreux et ambitieux David. L’aura de mystère qui entoure la vieille maison perd très vite de son charme, tout comme David, qu’elle se met à soupçonner d’avoir tué Nina, la mère de Jamie, morte dans des circonstances bien mystérieuses dix-huit mois plus tôt. Même le mignon Jamie perd peu à peu tout attrait : son comportement devient pour le moins inquiétant, surtout lorsqu’il se met à faire des prédictions, en annonçant notamment à Rachel qu’elle sera morte à Noël… Le tout dans une ambiance de mines sombres, de falaises escarpées, de maison complètement isolée qui semble hantée… Rachel croit entendre des voix, voir des silhouettes : est-elle en train de perdre la tête ?

Cette histoire semble avoir déjà été racontée mille fois ; elle aurait pu l’être de façon différente, mais non. Elle manque largement de finesse. Tout au long de la lecture, on ne peut s’empêcher de se demander comment l’auteur va se sortir de là sans tomber dans le fantastique et les histoires de fantômes. Je ne dirai pas s’il y arrive ou non, mais je préciserai quand même que la fin m’a laissée hautement insatisfaite. L’ambiance de menace constante qui plane sur la maison est bien rendue, certaines scènes sont stressantes à souhait, mais par moments, surtout dans les descriptions idylliques du départ, on a un peu l’impression de lire un roman Harlequin… Cette impression s’estompe par la suite, mais il demeure tout de même un air de déjà-vu, même dans la partie plus polar du roman. J’aurais aimé retrouver la subtilité qui m’avait plu dans Le Doute, mais cette attente n’a hélas pas été comblée.

Martine Latulippe