Critique: Romain Slocombe, L'Étoile jaune de l'inspecteur Sadorski


 Couverture

Paris, Robert Laffon (La Bête noire), 2017, 584 p.

D’abord, un petit rappel historique (emprunté à Wikipédia) : « La rafle du Vélodrome d’Hiver, souvent appelée « rafle du Vél’d’Hiv » est la plus grande arrestation massive de Juifs réalisée en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Entre les 16 et 17 juillet 1942 plus de 13 000 personnes, dont près d’un tiers étaient des enfants, ont été arrêtées1 à Paris et en banlieue pour être déportées : moins d’une centaine reviendront. Effectuées à la demande du Troisième Reich — qui, dans le cadre de sa politique d’extermination des populations juives d’Europe, organise, en juillet 1942, une rafle à grande échelle de Juifs dans plusieurs pays européens, l’« opération Vent printanier » —, ces arrestations ont été menées avec la collaboration de 7 000 policiers et gendarmes français, assistés de  300 militants du Parti populaire français de Jacques Doriot, sur ordre du gouvernement de Vichy. »

Si je rappelle ici ce sinistre chapitre de l’Histoire, c’est que cet événement de triste mémoire est un chapitre important de l’intrigue de L’Étoile jaune de l’inspecteur Sadorski, de Romain Slocombe, qui fait suite à L’Affaire Léon Sadorski (Laffont, 2016) sélectionné pour le Goncourt. Quoique publié dans la collection La Bête noire consacrée au polar et autres thrillers, avec un protagoniste inspecteur de police, et en dépit d’une quatrième de couverture qui semble annoncer un peu préemptoirement un roman d’enquête, ce récit tient davantage du roman historique que du polar. Comme l’écrit la libraire parisienne Valérie Caffier, ce roman est « un énorme pavé dans le bourbier de la collaboration ». En effet, l’action se passe à Paris, en 1942, pendant l’Occupation allemande. Léon Sardoski est un inspecteur de police décrit comme étant « le pire des salauds, le meilleur des enquêteurs ». Dans la quarantaine, le sinistre et fascinant Sadorski se considère comme un vrai patriote, ce qui signifie qu’il traque les Juifs avec zèle, pourchasse, torture et assassine les communistes, les terroristes, les comploteurs de tout poils et autres Résistants ou déviants politiques. Brutal, colérique, mari infidèle (mais qui aime sa femme…), libidineux, menteur, manipulateur, détesté par ses collègues, il est néanmoins un flic d’élite affecté aux Renseignements généraux. Chargé de deux enquêtes (un attentat à la bombe et un meurtre), il devra néanmoins participer à la grande rafle du Vél d’Hiv dont l’auteur fait une description ahurissante ! Sadorski est épris de sa voisine, une jeune et jolie Juive de quinze ans désormais menacée par un destin tragique et dont il a fait interner la mère. Chronique d’une époque trouble solidement documentée, fiction historique dans laquelle évoluent personnages fictifs et protagonistes réels, toutes proportions gardées, ce récit n’est pas sans rappeler (dans un style moins ardu !) Les Bienveillantes, de Jonathan Littell. Des notes et une bibliographie étoffée complètent l’ouvrage. Portrait psychologique d’un salaud ordinaire pur produit de son époque troublée, chronique historique d’événements marquants de la Seconde Guerre Mondiale, ce polar atypique est l’un des meilleurs publiés en 2017. Passionnant !