Critique: René Manzor, Dans les brumes du mal


 Couverture

Paris, Calmann-Lévy, 2017, 394 p.

Qui se cache dans les îles de Caroline du Sud ?

Quand les Français qui vont jouer du côté du polar américain, je ne suis jamais vraiment sûre de vouloir lire le résultat. Mais après tout, il faut bien tester avant de juger, j’ai donc essayé Dans les brumes du mal de René Manzor. Nous sommes en Caroline du Sud. Des enfants y sont enlevés, après que leur mère a été assassinée. La police est impuissante, elle ne comprend pas le lien qui unit ces enfants ni le motif du kidnappeur. Lorsque Tom disparaît à son tour, le père prévient sa sœur et lui demande son aide. Dahlia Rhymes n’est pas n’importe quelle enquêtrice, elle travaille pour le FBI et s’est spécialisée dans les crimes rituels. Même si elle n’a jamais rencontré son neveu puisqu’elle n’a pas de contact avec sa famille, elle se rend immédiatement en Caroline du Sud et fera tout pour le retrouver. Elle devra penser différemment pour comprendre les motivations d’un tueur peu ordinaire.

Mais ce qu’elle affronte surtout, c’est un retour dans son passé, qu’elle a fui depuis sa fugue à 13 ans.

Je dois admettre que l’intrigue de départ m’a embarqué très rapidement. Deux récits se succèdent, celui de Dahlia, qui retrouve ses origines, même si elle préférerait ne pas y penser, et une autre histoire, laquelle, on s’en doute, nous en apprend un peu plus sur les victimes et celui qui les détient.

On veut en savoir plus sur le passé de la profileuse, sur ce qui l’a poussé à fuir sa famille et à intégrer le FBI, et puis, bien sûr, on se demande si les enfants seront retrouvés et par qui ils ont été enlevés.

Cela satisfera sûrement ceux qui aiment les thrillers prenants et efficaces, car l’intrigue avance rapidement, le suspense monte crescendo jusqu’à atteindre son paroxysme à la fin.

Malheureusement, cela ne m’a pas suffi. Les hasards ont leur limite, même en littérature, et certains sont beaucoup trop gros, mais je ne vous en dirai pas plus, par respect pour ceux qui auraient envie de le lire. Certains tueurs en série de romans (et de télévision aussi d’ailleurs) et leurs motivations semblent parfois trop poétiques ou trop beaux pour être crédibles. Que bien sûr, l’enquêtrice principale soit touchée directement par cette révélation n’est que la cerise sur le sundae.

Et puis, il y a cet usage des mots en anglais pour faire plus américain, comme ce « chief » qui revient de façon récurrente et qui de mon côté m’a plus gênée que mis dans l’ambiance.

J’ai l’impression d’être un peu dure pour un livre qui, je le répète, plaira sûrement à des lecteurs qui ont envie d’une enquête au rythme rapide et où les héros sont mis au premier plan, sur fond de crimes rituels et d’endroits mystérieux. Je me suis moi-même laissé emporter par le récit que j’ai lu en quelques jours, pressée de savoir si Tom serait retrouvé. C’est par la suite qu’une certaine lassitude m’a parue claire, celle d’une histoire déjà connue, un peu facile, qui prend le lecteur sans réelle surprise.

Mais après tout, je ne suis qu’une lectrice parmi d’autres.

 

Morgane Marvier