Critique: Paula Hawkins, Au fond de l’eau


 Couverture

Paris, Sonatine, 2017, 407 p.

Le goût de l’eau

L’auteure Paula Hawkins présente son deuxième roman, Au fond de l’eau. Le nom vous est familier ? Pas étonnant puisque son premier titre était La Fille du train, qui a été vendu à plus de vingt millions d’exemplaires partout dans le monde en plus d’être porté à l’écran. Pas mal, non, pour un premier roman ? C’est dire si le deuxième était attendu !

Cette fois, l’auteure nous propose un suspense aux voix multiples. Le personnage au centre du roman est Nel, femme vive et délurée, quasi obsédée par la rivière qui coule dans sa ville, en particulier par la section que les gens du coin appellent le Bassin aux noyées. Nel tente de joindre sa sœur Jules au téléphone. Toutes deux ne se parlent plus depuis des années, et Jules refuse de répondre – on découvrira peu à peu les causes de ce froid entre les deux sœurs. Une semaine après cet appel, Nel perd la vie, plongeant dans cette rivière qui exerce sur elle depuis toujours une sorte de fascination morbide, au point où elle tient le compte des femmes qui y sont aussi décédées. Ont-elles cédé à l’attrait de la mort et des profondeurs de l’eau… ou y ont-elles été poussées malgré elles ? Jules doit revenir sur les lieux de son enfance pour s’occuper de sa nièce Lena, contre sa volonté, cette dernière ne voulant rien savoir d’une tante qui les a ignorées jusque-là, sa mère et elle. Jules tente de comprendre ce que Nel voulait lui dire lors de son dernier appel. Elle est ébranlée par ce retour dans son passé, dans la ville de Beckford, où tout semble tourner autour de la rivière, où tous ont leurs secrets, leurs rancunes, leurs histoires sombres, et où Nel n’était pas particulièrement aimée… Jules a du mal à croire que sa sœur ait pu sauter à l’eau, et elle tente de faire la lumière sur son décès, avec l’aide de la police du coin, même si certains policiers semblent pressés de conclure au suicide et de boucler l’affaire.

Le roman est bien conçu, tel un casse-tête dont les morceaux se mettent en place peu à peu au fil des différentes interventions des personnages et de leurs diverses perceptions. Car la narration est on ne peut plus dynamique, donnant la voix et le point de vue de plusieurs des personnages en alternance. On ne peut s’empêcher de trouver que tous ces événements obscurs et ces morts mystérieuses, pour une seule petite ville, ça fait beaucoup… mais si on accepte de jouer le jeu, ça fonctionne bien ! L’auteure ménage ses effets, nous donne les clés de l’histoire au compte-goutte et nous présente des personnages de femmes solides. Les personnages masculins, en revanche, sont peu nombreux et surtout fort peu sympathiques dans l’ensemble ! Reste qu’avec ce deuxième roman, Paula Hawkins prouve qu’elle est une auteure à suivre.

Martine Latulippe