Critique: Michael Connelly, Jusqu'à l'impensable


 Couverture

Paris, Calmann-Lévy (Robert Pépin présente...), 2017, 389 p.

Le côté obscur de la force

Michael Connelly se passe de présentation ; il est sans conteste l’un des auteurs de polar les plus lus sur la planète. La plupart l’ont découvert grâce au personnage de Harry Bosch, qui nous a offert des récits enlevants (Le Poète, La Glace noire…), d’autres ont accédé à son univers par le biais de thrillers judiciaires et du personnage de Mickey Haller, avocat dont le bureau de travail est sa Lincoln (La Défense Lincoln, Le Cinquième témoin…). Bosch et Haller sont demi-frères, et ils se sont croisés dans différentes aventures ; Bosch a notamment fait des apparitions dans Les Dieux du verdict et Le Cinquième témoin, et les deux personnages étaient réunis dans Volte-face, dans lequel Haller devenait procureur spécial. Connelly reprend cette idée et nous offre de nouveau une aventure commune Bosch/Haller, mais cette fois c’est Bosch qui traverse du côté de la défense…

Harry Bosch est désormais retraité du LAPD, non par envie, mais parce qu’on l’a obligeamment poussé vers la porte après une suspension… Avec ses méthodes peu orthodoxes, il dérangeait. Il a comme projet principal de retraite de retaper une moto, mais force est d’admettre qu’il s’ennuie et tourne un peu en rond. Arrive alors son demi-frère, Mickey, qui lui propose de travailler pour lui dans une affaire. Un ex-membre de gang a été accusé d’un meurtre horrible. Tout joue contre lui, y compris des traces d’ADN retrouvées sur les lieux du crime. Pourtant, Haller, avocat de la défense qui en a vu bien d’autres, est convaincu, par instinct, de l’innocence de son client. Il veut que Bosch monte un dossier pour prouver son innocence. Or, Bosch a passé sa vie aux Homicides, à traquer les criminels et à dénigrer la défense… Comment pourrait-il accepter de travailler sur ce cas ? Surtout vu le regard méprisant que ses pairs policiers portent sur ceux qui acceptent de travailler pour la défense… Pourtant, malgré ses réticences, plus il se penche sur l’affaire, plus Bosch sent que quelque chose cloche effectivement. Il se laisse prendre au jeu, se disant qu’il ne le fait pas tant pour innocenter l’accusé que pour retracer le coupable, qui est toujours en liberté.

Ce roman ressemble beaucoup à ceux dans lesquels Bosch travaillait aux Cold Case : le lecteur n’est pas dans un récit trépidant, pas dans l’enquête immédiate, mais plutôt dans la recherche, l’étude de documents, les manipulations diverses pour avoir accès aux informations. Bosch reste fidèle à lui-même, prêt à contourner bien des lois pour arriver à ses fins, et on se rend compte assez rapidement que l’intérêt de l’auteur, ici, est presque davantage basé sur les tourments de Bosch, à savoir s’il va ou non passer du côté de la défense, aider ceux qu’il a toujours un peu méprisés, que sur l’enquête en soi. Cet aspect est vraiment intéressant pour le côté très humain qu’il donne à Bosch. Le personnage est crédible, mal à l’aise dans son rôle de père mais plein de bonne volonté, pas très bien non plus dans son rôle de retraité, en grand questionnement par rapport à son travail, bref, en pleine transformation, et Connelly présente bien cette évolution. L’enquête n’est pas la plus enlevante, elle est par moments assez manichéenne, avec des méchants souvent caricaturaux, mais les fans tant de Bosch que de Haller y trouveront malgré tout leur compte pour passer un bon moment.

Martine Latulippe