Critique: Ian Manook, La Mort nomade


 Couverture

Paris, Albin Michel, 2016, 429  p.

Yeruldelgger, suite et fin

Vient de paraître La Mort nomade, de Ian Manook, dernier volet de la trilogie mongole proposée par l’auteur, qui s’est rapidement avérée un immense succès auprès des lecteurs. En deux tomes seulement, Yeruldelgger s’est imposé comme un chouchou des amateurs de polar : il a récolté nombre de prix, en plus d’être traduit en plusieurs langues et vendu à des centaines de milliers d’exemplaires. Et la boucle est maintenant bouclée, puisque l’auteur termine la trilogie de la même façon qu’il l’avait débutée : avec verve, avec action et humour.

Le commissaire Yeruldelgger n’est plus dans la police. Il a quitté son emploi (et la belle Solongo) pour se réfugier dans une yourte, dans le désert, à la recherche de la sérénité. La retraite sera de courte durée puisqu’un jour, une femme surgit pour lui demander son aide. Sa fille a disparu depuis trois mois, et d’autres disparitions du même type sont arrivées dans la région. La même journée, une autre cavalière vient solliciter son aide pour une histoire d’amant exécuté. Comme si ce n’était pas suffisant, un gamin débarque encore en parlant d’un charnier… Finies la retraite et la quête pour rétablir l’harmonie, Yeruldelgger, qui ne voulait plus de violence, reprend du service bien malgré lui. Il se retrouve à la tête d’une improbable caravane et est mêlé à une histoire qui le dépasse et qui le plonge plus que jamais dans une Mongolie ravagée, un pays dont la steppe est éventrée par des chercheurs d’or affamés. Les traditions et superstitions demeurent fort présentes, mais elles sont confrontées à l’avidité et la modernité.

Ceux qui ont lu et aimé les deux premiers tomes (et j’en suis) ne seront pas déstabilisés. On y retrouve la même fougue dans le propos, l’exotisme, une galerie de personnages aussi colorés que déjantés. Ian Manook a sans conteste le sens du rythme et de la formule. En plus de la Mongolie, il nous fait voyager en Australie, et même au Québec, y allant de sympathiques clins d’œil, notamment aux Printemps de Knowlton, événement que l’auteur connaît bien pour y avoir participé. Peut-être pour préparer sa sortie, puisqu’il s’agit en principe de sa dernière aventure, Yeruldelgger m’a paru moins présent dans cette enquête que dans les précédentes, mais le roman est à l’image des deux autres : on a envie de continuer notre lecture, on se laisse prendre par les beaux personnages créés par Manook (Yeruldelgger, bien sûr, mais aussi Solongo, Tsetseg, Fifty, etc.). Sur le plan de la crédibilité, tout ne fonctionne pas toujours parfaitement, mais on entre joyeusement dans cet univers qui réussit à rester rafraîchissant, malgré de sombres constats sur l’état de la Mongolie et du monde en général et malgré le fait que Ian Manook ne ménage pas son lecteur…

Martine Latulippe