Critique: Keigo Higashino, La Fleur de l’illusion


 Couverture

Arles, Actes Sud, 2016, 348 p.

Le mystère de la fleur jaune

La Fleur de l’illusion est le septième roman de Keigo Higashino à paraître dans la collection Actes noirs, mais le premier de cet auteur japonais que j’ai le plaisir de lire. La quatrième de couverture nous annonce un « véritable origami policier » conçu par un « minutieux orfèvre », et c’est bien ce dont il s’agit : un ouvrage à plusieurs niveaux, tout en finesse, en délicatesse, sans grands retournements ni enquête haletante, présentant des personnages intéressants. Amateurs de page turner, cherchez ailleurs! Les autres découvriront avec plaisir l’univers proposé par l’auteur.

D’entrée de jeu, plusieurs trames sont présentées successivement. Parmi les principales, il y a d’abord le suicide de Naoto, jeune homme doué, à qui tout semble réussir, qui n’a jamais montré le moindre signe de ses intentions et dont le geste prend tout le monde par surprise, y compris sa cousine Lino. La seconde trame, qui devient vite la principale du récit, est le meurtre du grand-père de Lino. Le suicide de Naoto est vite occulté par ce drame et à peine évoqué par la suite. Le vieil homme est assassiné peu de temps après avoir discuté avec Lino d’une fleur jaune mystérieuse, dont elle ne doit parler à personne sous aucun prétexte et qu’elle ne doit impérativement pas montrer sur le blogue qu’elle aide son grand-père à tenir, où elle publie habituellement les photos de ses autres fleurs. Le grand-père avait une vie tranquille, et en dehors de cette étrange fleur, il ne semblait avoir absolument rien à cacher. Les autorités auraient tendance à boucler rapidement l’affaire en considérant qu’il s’agit d’un vol ayant mal tourné, mais Lino n’y croit pas. Elle poursuit son enquête et bénéficiera de l’aide de Sota, jeune frère d’un policier se faisant passer pour un botaniste auprès de Lino, sans que Sota arrive à comprendre pourquoi.

Le gros de l’intrigue porte sur la recherche d’une mystérieuse fleur jaune qui n’est pas censée exister. L’enquête est minutieuse, les chapitres souvent assez descriptifs. Peu d’indices sont proposés, seulement de petits éléments de résolution ici et là. L’enquête tombe à point pour Lino et Sota. Tous deux sont des jeunes respectueux de la famille, de la tradition, mais ils sont à un carrefour dans leur vie où ils doivent prendre des décisions, ils semblent en quête et ils ont, à travers tous leurs questionnements, temps et énergie à consacrer à la résolution de l’énigme. La Fleur de l’illusion en profite, à travers eux et quelques autres personnages, pour tracer un intéressant portrait de société.

Martine Latulippe