Critique: John Hart, Redemption Road


 Couverture

Paris, JC Lattès, 2017, 511 p.

Tous les chemins mènent à la rédemption

J’aime beaucoup John Hart. J’avais trouvé ses romans La Rivière rouge et L’Enfant perdu particulièrement réussis. L’auteur sait nous faire réfléchir, créer des personnages plus vrais que nature, garder un intérêt constant. C’est toujours le cas dans son plus récent roman, Redemption Road (oui, on peut se questionner sur le titre en anglais pour un ouvrage français, titre qui n’apporte rien de plus). On y retrouve tout ce qui m’avait plu, donc, mais la magie n’opère hélas pas autant, pour moi, que dans les titres précédents.

Le roman s’ouvre sur une série de tableaux apparemment sans lien : une femme est enlevée, un jeune de quatorze ans doit aller tuer quelqu’un, une policière est accusée d’avoir abattu deux hommes, un policier est libéré de prison après treize ans… Tout ça en vient à se recouper, bien entendu, autour d’une affaire centrale dans laquelle des femmes sont enlevées, tuées et exposées, en quelque sorte, sur un autel, dans une église. Le personnage au cœur du roman est principalement Élizabeth, une policière aux valeurs fortes, prête à tout sacrifier pour ceux qu’elle aime. Autour d’elle se dessinent les destins d’autres personnages très solides : Adrian, le policier libéré qui a toujours nié avoir commis un meurtre, Gideon, l’enfant qui cherche à venger sa mère, Channing, une jeune fille qui a vécu l’horreur et qui tente de reprendre pied. Chacun porte le poids d’un lourd passé. Il est beaucoup question de vengeance, de racheter ses fautes, de payer pour ses erreurs.

Ces personnages sont sans aucun doute l’un des points forts du récit. Le plus souvent, John Hart les rend profondément humains, sans tomber dans le manichéisme (sauf pour quelques exceptions, de vrais vilains, dont je ne peux parler ici, bien entendu, au risque d’en dévoiler trop !). Dans l’ensemble, ils ne sont ni entièrement les bons ni les méchants, chacun a ses zones d’ombre, aucun n’est un superhéros. L’univers créé est dense : l’auteur ne sous-estime pas son lecteur. Il joue avec les différentes époques, les points de vue, les sauts dans le temps. Il en résulte un roman dynamique, une bonne lecture. Une bonne lecture, oui, mais pas entièrement satisfaisante pour moi, pour la simple raison que la fin ne s’avère pas à la hauteur. Tout au long de Redemption Road, je me disais : « Si c’est ce personnage le coupable, c’est vraiment trop prévisible… » Deux situations étaient possibles : soit je me trompais et l’auteur allait complètement m’étonner, soit j’avais raison et j’avais compris qui était derrière les meurtres beaucoup trop tôt dans le roman. Malheureusement, j’avais raison. Sans compter que, comme il l’avait fait dans La Maison de fer, John Hart n’a pu résister à une sorte de happy end qui n’apparaît guère crédible.

Bref, de très beaux passages, des personnages intéressants, une façon de raconter que j’aime et qui fait que j’aurai quand même hâte de lire le prochain titre de cet auteur, mais Redemption Road est hélas loin d’être mon roman préféré de John Hart.

Martine Latulippe