Critique: Harlan Coben, Intimidation


 Couverture

Paris, Belfond (noir), 2016, 377 p.

Quand Coben prend son temps

 

Harlan Coben est reconnu comme le roi du page turner. Il ne ménage pas ses efforts pour offrir au lecteur des rebondissements incroyables et de l’action à profusion. Dans son plus récent roman, Intimidation, Coben joue davantage la carte de l’intrigue soutenue que celle des retournements en série (bien qu’il n’ait pu résister à quelques scènes plus hollywoodiennes vers la fin !).

D’abord, parlons du livre en soi. Même sur la quatrième de couverture, quand il s’agit de Coben, on sait piquer la curiosité ! Le résumé du roman tient en trois lignes : « Un mensonge. Une femme qui disparaît. Une effrayante machination. » C’est pour le moins… succinct ! Pour en découvrir plus, le lecteur doit plonger dans Intimidation. On utilise beaucoup le terme « intimidation » depuis quelques années, dans un contexte scolaire ou autre, pour décrire une relation basée sur la violence, ayant pour but de provoquer la peur, l’humiliation. Dans ce cas-ci, ce n’est pas de ce type d’intimidation dont il s’agit. Les termes « chantage » ou « manipulation » auraient été de meilleurs choix de titres, me semble-t-il, ils auraient été plus représentatifs de l’histoire. Ou encore un choix plus fidèle au titre original anglais : The Stranger. Car tout part d’un inconnu…

Venons-en à l’histoire, donc. Adam est un avocat d’une quarantaine d’années, papa de deux grands ados sympathiques et sportifs, en couple avec leur maman, Corinne, depuis des années, dans une banlieue tranquille. Une vie sans histoire, un petit bonheur tranquille. Jusqu’à ce qu’un inconnu déclare à Adam, un soir, dans un bar, que Corinne lui a menti deux ans auparavant. Il lui conseille de jeter un œil aux relevés de carte de crédit de sa femme. L’univers d’Adam s’écroule. Qui est cet inconnu ? Pourquoi en sait-il autant sur Corinne ? Et surtout, pourquoi Corinne aurait-elle agi ainsi ? Adam confronte sa femme. Plutôt que de le rassurer ou de s’expliquer, celle-ci se défile et disparaît, en demandant à Adam de ne pas chercher à la joindre pendant quelques jours. En parallèle de cette histoire principale, on découvre d’autres personnages qui voient leur vie chamboulée par le même mystérieux inconnu… Qui est-il ? Un justicier ? Un maître chanteur ? Adam, ne pouvant se résoudre à rester inactif, se lance dans une enquête pour retracer l’inconnu en attendant le retour de Corinne.

Le début du roman semble plus lent que ce à quoi Coben nous a habitués. C’est intrigant, l’auteur ménage bien ses effets en s’assurant de conclure chaque chapitre par un élément nouveau qui garde l’intérêt constamment éveillé, mais ce n’est pas aussi haletant que les titres précédents de Coben que j’avais pu lire. Harlan Coben prend davantage le temps ici de placer ses personnages, d’installer une ambiance. C’est mystérieux, mais pas haletant. Une lecture somme toute agréable, avec moins d’invraisemblances que dans de nombreux autres titres de Coben, dans lesquels l’action l’emportait souvent sur la crédibilité.

Martine Latulippe