Critique: Hervé Gagnon, Joseph


 Couverture

Montréal, Libre Expression, 2016, 360 p.

Une promenade en 1893

Hervé Gagnon est efficace, on retrouve Joseph Laflamme sur les tablettes des librairies au printemps et à l’automne. Le revoilà donc dans une cinquième enquête qui porte son nom. Il n’est pas cette fois-ci le héros de l’aventure, mais plutôt la victime ou du moins le coupable potentiel, puisqu’il est derrière les barreaux dès le début du roman, accusé du meurtre relativement sordide d’un prêtre. Il faut dire que Joseph ne porte pas les soutanes dans son cœur et qu’il avait menacé ledit curé des pires sévices. Mais on connaît notre journaliste, il ne serait pas capable de violence gratuite. Qui donc a pu organiser ce coup monté ? Ce sera à l’inspecteur Arcand de le découvrir.

Celui-ci n’a pas une tâche facile, coincé entre une hiérarchie qui le pousse à enfermer Joseph contre qui les preuves s’accumulent et sa loyauté. Le tout en gérant une vie familiale difficile. Son amitié suffira-t-elle à sauver Joseph Laflamme ?

Pour la première fois, Hervé Gagnon place un peu en retrait son journaliste principal pour mettre la lumière sur le policier qui l’accompagne et ce n’est pas désagréable. Il faut dire que Marcel Arcand a toujours été intéressant en raison de sa profession et de son appartenance à la franc-maçonnerie.

Mais ce qui fait surtout la force de la série autour de Joseph Laflamme, c’est le plaisir pour le lecteur de retrouver ces personnages récurrents qu’on a appris à aimer ; le journaliste qui croit en son métier, ses problèmes avec l’alcool, sa sœur Emma, femme debout dans une société qui la voudrait déjà mariée, sa volonté d’épouser un Anglais protestant, ancien détective de Scotland Yard. Et puis Mary, la prostituée devenue couturière, fiancée à Joseph. Leur avenir semble plus qu’incertain avec ce dernier en prison et les témoins qui se multiplient contre lui.

Hervé Gagnon arrive à conserver cet équilibre entre enquête et vie personnelle, ce qui plaira particulièrement aux lecteurs amateurs de séries récurrentes.

L’intrigue qui parcourt le roman est la suite de celle que nous avions lue dans Benjamin. Des papiers qui auraient pu changer l’Histoire des États-Unis, du Canada et du Québec avaient été découverts par Joseph Laflamme et les siens, et des agents des différents états aimeraient bien les récupérer.

On peut faire confiance à l’auteur historien, l’intrigue se tient bien. On imagine sans peine ces hommes arpenter les rues de Montréal et s’en prendre à nos héros.

Il faudra toute la sagacité d’Arcand et l’aide de ses amis pour avoir une chance de sortir Joseph Laflamme de la situation !

Hervé Gagnon continue de nous balader dans le Montréal de 1893 et on apprécie la promenade.

Morgane Marvier