Critique: Fiona Barton, La Veuve


 Couverture

Paris, Fleuve (noir), 2017, 411 p.

La vie après sa mort

Difficile de croire qu’il s’agit d’un premier roman pour Fiona Barton ! Elle nous propose, avec La Veuve, un suspense drôlement bien mené, que nous avons envie de lire d’une traite. Son passé de journaliste et de rédactrice en chef a sans aucun doute été bien utile pour élaborer cette fiction et la livrer d’une plume pleine d’assurance, qu’on attribuerait sans hésiter à une auteure expérimentée.

La veuve en question, c’est Jane Taylor, une femme assez effacée qui a toujours eu un quotidien tranquille, voire banal : une jolie maison, une existence paisible, un mari attentionné et prévenant que beaucoup lui envient. Jusqu’au jour où tout bascule… Son mari, Glen, se retrouve accusé d’avoir enlevé, et possiblement tué, une fillette, Bella. Un procès l’innocente, mais pas sans avoir d’abord révélé d’inquiétants pans de son activité virtuelle et de son intérêt pour la pornographie juvénile… Malgré l’acquittement, plus rien ne sera jamais pareil après les accusations, tant pour lui que pour son épouse. La tranquille existence de Jane n’existe plus. Les journalistes campent devant leur maison en permanence, les voisins ne leur adressent plus la parole, même faire les courses devient une entreprise ardue au cours de laquelle les Taylor se font insulter, menacer, pointer du doigt. Peu importe le verdict, Glen, le mari aimant, est devenu un assassin aux yeux de l’opinion publique. Quand il meurt, Jane croit qu’elle sera peut-être enfin libérée… mais voilà que les médias se ruent de nouveau vers sa maison : que sait-elle ? Que savait-elle à l’époque de l’enlèvement ? Glen a-t-il fait ce dont on l’accuse ? Les espoirs de Jane s’effacent : il n’y aura pas de nouvelle vie après la mort de Glen… Jusqu’à la toute fin, le récit reconstitue minutieusement le drame de Bella, la fillette enlevée, et la vie de Glen et Jane.

Fiona Barton met en place plusieurs pistes toutes assez troubles, les réponses proposées au lecteur ne sont jamais tout à fait claires, et c’est bien volontaire. L’auteure s’amuse, rusée, et écrit avec finesse. Jusqu’au titre, La Veuve, qui est très évocateur : la veuve n’est plus vraiment Jane. Elle est devenue « la femme de », on la dépersonnalise, elle n’a plus d’identité propre, on se l’approprie. La narration est nerveuse : on passe du point de vue de Jane à celui de la journaliste, puis de l’enquêteur, on revient à l’une et à l’autre, en un mouvement constant qui s’étale sur deux époques, celle de l’enlèvement de Bella et le présent, qui suit la mort de Glen. Jane, terrée chez elle, accepte enfin de parler à une journaliste… Mais dit-elle réellement tout ce qu’elle sait ? Que cache-t-elle ? L’auteure livre habilement les informations au compte-gouttes. La Veuve est un roman très intrigant, de ceux qui donnent envie de tasser tout le reste pour en dévorer les pages le plus vite possible. Pas étonnant que le succès ait été immédiat pour ce premier roman, déjà en cours de traduction dans trente pays. Une auteure à suivre, assurément !

 

 

Martine Latulippe