Critique: Camilla Läckberg, La Sorcière


 Couverture

Arles, Actes Sud, 2017, 700 p.

Erica Falck frappe encore !

Camilla Läckberg nous propose une dixième aventure mettant en vedette l’auteure Erica Falck, et par la bande son mari, Patrik, de même que ses collègues policiers. La recette est désormais bien connue, et l’auteure l’applique à la lettre : un drame survient à Fjällabacka, et il est lié au passé. Pendant tout le roman, passé et présent se recoupent. Lackberg est en terrain (trop) connu, elle maîtrise tout à fait ce type de narration, mais j’avoue que j’ai un peu hâte, comme lectrice, de voir si elle peut sortir de cette structure, qui semble devenir obligatoire et qui, cette fois, n’était pas nécessaire pour l’intrigue. Je m’explique.

La trame principale du récit est déjà établie sur deux époques : il y a trente ans, une fillette de quatre ans, Stella, a été assassinée près de la ferme familiale. Deux adolescentes du coin, Marie et Helen, s’étaient alors déclarées coupables, avant de revenir par la suite sur leurs aveux et de tout nier, mais il était trop tard, elles avaient été officiellement reconnues coupables. L’affaire n’a jamais été claire : les deux adolescentes étaient-elles coupables ou non ? Si elles n’étaient pas derrière ce meurtre, qui l’avait commis ? Ce meurtrier est-il toujours dans les parages ? C’est le nouveau sujet qu’a choisi l’auteure à succès Erica Falck pour son prochain livre. Trente ans après ce drame, alors qu’Erica est plongée dans ses recherches, le cauchemar se répète : une fillette de quatre ans disparaît de la même ferme, et on la retrouve assassinée… Juste au moment où Marie, devenue depuis sa condamnation une riche et célèbre actrice à Hollywood, refait surface à Fjällabacka pour un tournage. La coïncidence semble un peu forte… Patrik et son équipe sont chargés de l’enquête. En parallèle de tout ça, le lecteur a droit au récit de la vie d’Elin, accusée de sorcellerie au dix-septième siècle, dont le destin se retrouve lié à celui des habitants de Fjällabacka d’aujourd’hui.

Camilla Läckberg sait raconter une histoire, aucun doute ! L’intrigue est efficace, elle nous replonge dans un univers bien connu, avec des personnages devenus très familiers. Ce petit monde est bouleversé notamment par l’arrivée de réfugiés syriens dans les parages. Plusieurs scènes sont très efficaces… mais l’ensemble dégage une forte impression de déjà-vu ! La structure passé/présent ne semble pas du tout nécessaire au récit ici (la trame du dix-septième siècle). L’intrigue des deux fillettes était largement suffisante, et le prétexte de l’histoire d’Elin est bien mince… Comme si l’auteure devait reprendre cette façon de faire, qui a été un gage de succès précédemment. Le roman couvre très large : il parle des réfugiés, d’intimidation à l’adolescence, d’homosexualité, de la conciliation travail/famille, etc., etc. Lackberg propose un récit étoffé, à son habitude, et prend le temps de parler de la vie de tous les personnages, souvent sans que ce soit lié à l’enquête. La formule fonctionne, les sept cents pages se lisent bien, les fans de l’auteure seront heureux de retrouver un monde connu et apprécié, mais ce roman, sans doute l’un des plus sombres de l’auteure en raison d’une scène finale très dure, ne compte hélas pas parmi mes préférés de la série.

Martine Latulippe