Critique: Alex Lake, Après Anna


 Couverture

Montréal, Flammarion Québec, 2017, 395 p.

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Alex Lake nous propose, avec Après Anna, le récit enlevant de l’enlèvement d’une fillette de cinq ans. Ce que nous savons de cet auteur? Il s’agit du pseudonyme d’un romancier britannique bien connu qui vit désormais aux États-Unis. Après Anna était le premier titre de cet auteur sous ce pseudonyme, et vu le succès obtenu, il ne serait pas trop risqué de parier que nous verrons bientôt traduits les deux autres romans qu’il a fait paraître depuis en anglais.

À la base de cette histoire, le pire cauchemar imaginable pour un parent : la petite Anna, cinq ans, disparaît à la sortie de l’école. Enlevée? C’est ce que les parents et la police supposent. C’est ce que le lecteur sait, puisque le roman est entrecoupé de séquences se passant directement dans la tête du ravisseur. Comment est-ce possible qu’une petite de cinq ans se retrouve seule à la sortie de l’école? Julia, la maman d’Anna, une avocate en droit de la famille, sort plus tard que prévu d’une réunion. Elle devait passer chercher Anna à quinze heures, mais arrive avec une demi-heure de retard. La petite n’y est plus, personne ne l’a vue s’éloigner. Commence alors une semaine d’enfer pour les parents, qui de surcroît sont à ce moment en voie de divorcer : aucune demande de rançon n’est faite, Anna s’est simplement volatilisée. La culpabilité est bien entendu terrible et s’ajoute à tout ça, pour Julia, la pression médiatique et virtuelle : très vite, ce qui intéresse le plus les internautes et journalistes n’est pas tant l’enlèvement que le fait que la mère soit arrivée en retard à l’école… Quel genre de mère laisse son enfant de cinq ans seul? Anna fréquente une coûteuse école privée, qui offre habituellement une bonne surveillance, mais l’enseignante était distraite ce jour-là… L’école n’aurait pas dû laisser Anna s’éloigner… mais tout ça n’a plus d’importance : on s’acharne sur Julia et on fait d’elle un monstre, sans aucune considération pour ce qu’elle vit. Une semaine plus tard, Anna est rendue à ses parents… Comme ça, miraculeusement, indemne. Fin du cauchemar? Hélas non…

La première partie du roman est très bonne : on y raconte l’enlèvement, on y décrit la panique des parents, l’abattement, leur grande solitude, le fait qu’ils n’arrivent même plus à s’épauler l’un et l’autre. On tourne les pages sans vouloir s’arrêter. Seul petit hic éditorial, à mon avis : le tout aurait été encore bien plus percutant si on n’affichait pas sur la quatrième de couverture et même sur la couverture du livre que la fillette est rendue à ses parents une semaine plus tard… Au-delà de l’enlèvement, l’auteur aborde très efficacement les questions de culpabilité, de perception sociale et surtout les dérives de l’opinion publique qui s’emballe et qui peut aisément détruire une personne, que les informations propagées sur le Net et dans les médias soient fondées ou non. La deuxième partie perd malheureusement un peu d’intérêt, à cause de quelques longueurs et du manque de crédibilité… Dommage, mais il n’en demeure pas moins qu’Après Anna offre un bon moment de lecture. Alex Lake propose un récit très divertissant, qui tient souvent du page-turner.

Martine Latulippe