Encore dans la mire 10

Encore dans la mire

de Christine Fortier, Jean Pettigrew, Bärbel Reinke, Norbert Spehner, François-Bernard Tremblay

Exclusif au supplément Internet (Adobe Acrobat, 1 438Ko) d’Alibis 10, Printemps 2004

Touchez pas au musée…

[Couverture]Féru d’histoire militaire, j’ai suivi tous les épisodes de l’invasion de l’Irak à la télé. Et un peu comme tout le monde, j’ai été indigné, que dis-je, enragé, par (entre autres) le pillage insensé du Musée de Bagdad, en me demandant pourquoi les soldats américains n’intervenaient pas. Personne n’a jamais répondu à cette question, plutôt gênante pour les troupes de la coalition. Personne ? Pas tout à fait…

Gérard Delteil nous propose une réponse tout à fait originale et passionnante dans Les Pillards de Bagdad , un roman qui n’est ni vraiment un polar, ni vraiment un roman de guerre, mais une sorte de thriller d’aventures (partiellement guerrières) que les Anglo-Saxons appellent « caper novel », dans lequel l’intrigue est bâtie autour d’un coup fumant.

Mike Diaz, un capitaine des Marines, est chargé par un riche collectionneur d’organiser le vol des trésors du Musée de Bagdad, dont un vase sumérien à tête de femme, de cinq mille ans d’âge. Mike recrute une équipe de trois militaires et d’une jeune femme et il bénéficie d’un soutien occulte au sein des forces armées pour mener à bien son opération. Évidemment, comme l’écrivait le poète anglais Robert Burns, « les plans les mieux conçus des souris et des hommes, souvent ne se réalisent pas ». En tout cas ça ne se passe pas comme prévu… Il y a quelques grains de sable dans l’engrenage : un sosie de Saddam Hussein plus vrai que nature, un journaliste français manipulé par la CIA, un agent britannique chargé de ramener des documents compromettant un député, et une pacifiste australienne « ancrée » (du terme américain « embedded ») dans l’unité de Diaz malgré les protestations de ce dernier. Grand raconteur devant l’éternel, Delteil nous fait revivre les meilleurs moments de cette guerre-éclair et leur donne un éclairage inattendu.

C’est mené à un rythme infernal, sans temps morts ni longueurs inutiles, avec force rebondissements, le tout intégré finement à l’histoire officielle, du moins celle que l’on connaît par les médias (et dont on sait pertinemment que…). L’auteur réussit même à concocter une fin relativement morale dans les circonstances, son âme d’artiste n’ayant pas non plus accepté la mise à sac du musée, un acte quasiment sacrilège. Vous aurez compris que j’ai beaucoup apprécié ce premier thriller de la seconde guerre du Golfe. (NS)

Les Pillards de Bagdad
Gérard Delteil
Paris, L’Archipel, 2003, 389 pages. .

Putain de moine !

[Couverture]L’action se passe en Angleterre, pendant l’hiver de 1537, sous le règne de Henri VIII. Thomas Cromwell, l’homme de confiance du roi (à ne pas confondre avec Olivier du même nom!) mène d’une main de fer la Réforme anglicane qui prévoit de dissoudre (d’où le titre: Dissolution ) tous les monastères et de saisir les biens considérables de l’Église catholique. Emprisonnements, pendaisons, décapitations, tortures, tous les moyens, même les pires (l’auteur ne lésine pas sur les descriptions) sont bons pour contraindre les insoumis. Les temps sont durs pour les moines.

Quand un commissaire du roi est décapité dans un monastère éloigné, Cromwell envoie un ardent réformateur, Matthew Shardlake, pour mener une enquête et découvrir les coupables. Accompagné par son secrétaire Mark Poer, Shardlake, qui est bossu, se heurte au mutisme des moines et aux intrigues qui déchirent la communauté. Tout le monde est suspect. Plusieurs ont des choses pas très nettes à cacher et il est évident que cette étrange congrégation a de terribles secrets. Tout ça n’est pas sans rappeler l’enquête de Guillaume de Baskerville dans Au nom de la rose d’Umberto Eco, sans toutefois les citations latines et toute l’érudition qui transforme la lecture des œuvres d’Eco en marathon.

Dissolution est le premier roman de C. J. Sansom, un auteur anglais né en 1952 et titulaire d’un doctorat à l’université de Birmingham. Selon plusieurs critiques anglo-saxons, Dissolution figure en bonne place dans la liste des 10 meilleurs polars parus en 2003, ce qui est un honneur rare pour un premier roman. Sansom réussit à combiner fort heureusement les aspects historiques fort complexes de cette période troublée et les exigences d’une enquête criminelle menée selon les moyens de l’époque. Sa technique narrative est très efficace, il sait accrocher, intéresser son lecteur. Sansom semble connaître les ficelles élémentaires de l’écriture d’un polar et sa documentation historique est impressionnante. Avant de lire ce roman, je connaissais un peu, vaguement, les tribulations matrimoniales de Henri VIII et l’histoire de la Réforme. Par contre, j’ignorais totalement l’existence de ce redoutable et peu recommandable Thomas Cromwell. Une fois ma lecture achevée, je me suis précipité sur un dictionnaire où, à mon grand soulagement, j’ai appris qu’on avait finalement tranché la tête de cette belle ordure. La lecture du livre vous aidera à comprendre pourquoi Henri VIII a finalement décidé de se débarrasser de ce type peu recommandable. Dissolution est le début réussi d’une série à suivre. (NS)

Dissolution
C. J. Sansom
Paris, Belfond, 2003, 419 pages.

Maman!… les petits hommes verts !

[Couverture]Bertrand Puard est, semble-t-il, une des figures montantes du roman policier français contemporain. En 2001, il remporte le Prix Cognac avec son premier roman Musique de nuit . La Petite Fille, le coyote et la mort vient de remporter le Prix du roman d’aventures 2003. Il publie aussi sous le nom d’Ewan Blackshore des romans aux intrigues plus classiques .

Ilsa habite un petit village perdu au milieu du désert californien. Sa mère, ex écrivaine en pleine dépression, l’ignore complètement, sauf lorsque l’occasion de taper sur sa fille se présente. Son père, qui n’est jamais à la maison, est un haut dirigeant de l’importante société secrète qui emploie à peu près toute la population de l’endroit. Puis, il y a Benny, l’ex amant de sa mère, un ancien soldat qui a connu la Normandie et qui surveille Ilsa, en prend soin et la surprotège contre l’invasion des extraterrestres qui habitent déjà, aux dires de Benny, partout dans le monde. Mais lorsque le petit ami d’Ilsa, Simon, est trouvé mort dans la mine abandonnée, la ville semble s’animer. Coups de fusil à répétition, individus douteux semblant pris de folie… Benny veille sur le hameau et met en garde Ilsa sur le débarquement imminent des extraterrestres et il prépare leur propre évasion de la ville. Avant de mettre les voiles, l’ex militaire et la jeune fille embarquent avec eux la mère de cette dernière. La cavale est périlleuse et se transforme rapidement en poursuite à travers les États-Unis. Les petits hommes verts sont tenaces et ne veulent laisser nos héros s’échapper. Débarqué chez un curé, Benny tue son ancienne maîtresse et fugue en compagnie d’Ilsa. Comment la course folle finira-t-elle?

D’après ce que vous venez de lire, vous devez penser que ce roman en est un de genre fantastique ou encore une œuvre qui voisine de près la science-fiction et, si c’est le cas, vous n’avez pas tort. C’est effectivement le sentiment que le lecteur a tout au long de sa lecture, sentiment agaçant s’il en est un, car on n’adhère pas tout à fait aux propos de la jeune narratrice dans ce drôle de roman écrit sous la forme du journal intime d’une jeune fille impressionnable de 11 ans à l’imagination fertile. Une chose est sûre, la fin du livre déçoit énormément et si vous êtes un amateur de polar terre-à-terre comme moi, vous prendrez le punch final comme un affront à l’intelligence humaine… à moins que vous ne croyiez réellement aux petits hommes verts.

Pour le reste, ce n’est pas mal écrit, et c’est là la plus grande qualité de cette œuvre récipiendaire, rappelons-le, du Prix du roman d’aventures 2003. (FBT)

La Petite Fille, le coyote et la mort
Bertrand Puard
Paris, Le Masque, 2003, 253 pages.

Faisons-lui une fleur…

[Couverture]C’est sous le nom de Monique Payeur que nous connaissons mieux Monique Deslauriers, ex-journaliste et éditorialiste au quotidien Le Soleil de Québec. En 2003, elle publie son premier roman, Il était une fleur , que l’éditeur présente comme « un roman policier à forte connotation psychologique » .

Paul D’Auteuil, le frère de Fleur, enquête sur une série de meurtre, ce qui va le rapprocher de sa sœur avec qui les rapports sont plutôt froids. Et Fleur, qui est justement en pleine recherche du bonheur, pourrait bien l’avoir trouvé auprès de James Perron, un homme de pouvoir qui tarde cependant à s’engager, préférant nettement la fidélité maternelle à la promesse d’une vie en couple. Mais Perron, dont le rêve était d’avoir une descendance, laisse, en toute ignorance, un cadeau d’adieu bien lourd à porter à sa compagne : une grossesse que Fleur mènera à terme. Après l’accouchement, elle promet envers et contre tous d’élever l’enfant jusqu’au sevrage avant de le remettre à son géniteur. Fleur réussira-t-elle à aimer son enfant ? Autour d’elle, le support affectif est timide, mais de bonne volonté. Il y a Simon, un jeune drogué, qui se propose comme bonne d’enfants ; Gabrielle, sa nounou qu’elle néglige un peu trop et le voisin d’en face, Richard Lambert, le malheureux joueur de saxophone qui vient de perdre sa femme et qui aimerait bien avoir sa chance auprès de Fleur. Tout s’agite donc autour d’une Fleur en perdition, mais qui sait, le bonheur n’est peut-être pas très loin.

Disons-le d’emblée, le premier roman de Monique Deslauriers n’est pas une grande réussite. Assurément mal conseillée par un comité éditorial qui a très peu d’expérience au niveau du polar (pourquoi ne pas demander une expertise à un Péan ou à un Spehner ?), Monique Deslauriers propose un roman qui souffre d’un grave problème de construction d’intrigue. Par contre, car il faut être honnête, le roman n’est pas mal écrit et les idées qu’il véhicule avaient le potentiel pour offrir une fiction bien plus intéressante que le produit fini auquel on a eu droit. La mise en place des 75 premières pages est inutile, de même que les chapitres où l’on voit Blanche Perron s’installer dans un chalet que son richissime fils lui a acheté. Pourquoi ne pas enlever complètement ce personnage qui n’a rien à voir dans l’histoire ? Il y a aussi trop d’intrigues individuelles dans ce roman : l’histoire de Richard Lambert, l’histoire de Simon, l’histoire de Gabrielle, l’histoire de James Perron et de sa mère… Finalement, l’intrigue principale, celle qui se tisse autour de Fleur, en souffre énormément. Par exemple, dès le départ, pendant la grossesse de Fleur, nous aurions pu vivre en flash-back une grande partie de l’histoire et ainsi réduire les intrigues individuelles des autres protagonistes. Pourquoi Fleur n’est-elle pas enceinte dès le départ?

Les problèmes du roman se situent là, dans la construction de la montée dramatique, c’est ce que propose tout bon roman psychologique et, en ce sens, il faut lire l’excellent roman de Béatrice Nicodème, La Mort au doux visage (Le Masque, 2002), qui est un modèle de réussite de thriller psychologique. Espérons que cette première tentative ne découragera pas l’auteure qu’il faut quand même absolument encourager à récidiver. (FBT)

Il était une fleur
Monique Deslauriers
Québec, Septentrion, 2003, 267 pages.

Crimes suédois

Je vous parlerai ici de deux polars suédois. Comme tous les polars scandinaves, ils ont déclenché une de mes crises de nostalgie des romans de Maj Sjöwall et Per Wahlöö, qui mettaient en scène l’équipe policière de Martin Beck. Pour les différences avec ces derniers, mais aussi pour ces thématiques qui reviennent dans beaucoup de romans scandinaves: une analyse de la solitude de l’individu dans une société qui, malgré les risques encourus par le fait de vivre seul, prône le droit à l’individualité. Mais en contraste avec le danger de l’individualisme, qui désolidarise les citoyens et mine la société suédoise de l’intérieure, cette dernière subit aussi les attaques extérieures des mafias étrangères et des gangs de motards criminalisés.

[Couverture]La Fondation Paradis est le troisième roman traduit en français de Liza Marklund. Deadline , le deuxième titre en français mais le troisième dans la chronologie (Marklund n’écrit pas les aventures de son personnage, Annika Bengtzon, de façon chronologique), dépasse dans son propre pays les chiffres de vente de tous les autres romans suédois.

Tout comme l’auteure, Bengtzon est journaliste et, dans La Fondation Paradis , Annika reçoit en pleine nuit, à la salle de rédaction, un appel d’une femme en détresse. Annika oriente cette dernière vers la fondation Paradis, qu’elle connaît à peine, un geste que la journaliste regrettera amèrement par la suite, car en fouillant dans l’histoire de cette institution et de sa fondatrice, elle se rend compte que seul le nom est paradisiaque. En parallèle, Annika enquête sur le meurtre de deux individus sans identité – probablement des membres de la mafia yougoslave – et sur la disparition d’un camion rempli de cigarettes.

Annika s’engage rapidement d’une manière personnelle, politique et féministe dans ces enquêtes – d’abord sans lien apparent –, et c’est pourquoi cette série accroche si bien le lecteur même si Bengtzon peut provoquer de l’antipathie, car c’est en effet une femme têtue, seule, remplie de colère, révoltée contre les injustices sociales et angoissée à l’idée même d’un engagement sentimental. Mais tous ces traits de caractère l’aideront à trouver la vérité. Une vraie (en)quête personnelle.

La Fondation Paradis n’est pas facile à lire. D’un côté, il y a le désordre de la chronologie, qui m’a fait deviner certaines suites et, de l’autre, il y a la froideur du ton, que je n’apprécie pas particulièrement. Mais Marklund maîtrise bien les structures du thriller et sait garder notre attention. Bref, c’est un livre que je n’ai pas vraiment aimé au moment de sa lecture, mais son souvenir m’a hantée par la suite. Ce qui est plutôt bon signe.

[Couverture]Ake Edwardson, l’auteur d‘Un cri si lointain , est le créateur d’Erik Winter, le policier en costume Armani, très soigné, très chic et très sympathique de sa personne. Tout le contraire d’Annika Bengtzon ? Pas si sûr. En effet, lui aussi est têtu, seul, rempli de colère, révolté contre les injustices sociales et angoissé à l’idée d’un engagement sentimental.

Dans Un cri si lointain , Winter cherche l’identité d’une femme trouvée morte pendant une période de canicule. Cette femme, qui a un enfant, ne peut cependant être rattachée à aucun avis de recherche. Winter s’inquiète pour la santé et la sécurité de l’enfant, et cette inquiétude va grandissante à la suite de la découverte de l’identité de la victime qui a été, à quatre ans, impliquée dans un crime traumatisant. L’enquête se dirige alors vers les activités passées et actuelles des Hells Angels danois et suédois.

Un cri si lointain a été un vrai coup de cœur pour moi. En raison de l’enquête solide, des propos pertinents et des sujets qui dépassent les sempiternels crimes de psychopathes, mais aussi de l’univers policier cohérent, ancré dans l’actualité mondiale et non pas seulement suédoise, des personnages crédibles et, en prime, d’un suspense à couper le souffle.

Deux bons romans, donc, qui racontent un pays présentant beaucoup de points communs avec le Québec… et qui rappellent que Henning Mankell n’est pas le seul auteur de polar suédois. (BR)

La Fondation Paradis
Liza Marklund
Paris, Le Masque, 2003, 406 pages.

Un cri si lointain
Ake Edwardson
Paris, JC Lattès, 2003, 520 pages.

La gente secrète

« Mon nom est Sydney Bristow. Il y a sept ans, j’ai été recrutée par une division secrète de la CIA appelée le SD-6. J’étais tenue au secret, mais j’ai fini par tout révéler à mon fiancé. Quand le directeur du SD-6 a découvert mon manquement à la règle, il l’a fait assassiner. C’est comme ça que j’ai appris la vérité: le SD-6 n’appartient pas à la CIA. Il est précisément l’ennemi que je pensais combattre. Je suis donc allée trouver les seuls hommes capables de m’aider à combattre le SD-6. Aujourd’hui, je suis un agent double de la CIA. Mon intermédiaire est un homme qui s’appelle Michael Vaughn. Une seule autre personne connaît la vérité. Il est lui aussi un agent double infiltré dans le SD-6. C’est un homme que je connais à peine : MON PÈRE ».

[Couverture]Voilà ce qu’on peut entendre au début de chaque épisode télévisuel d’Alias. Une télé série créée par J. J. Abrams qui a servi de modèle pour l’écriture des romans, mais ces derniers ne sont pas le résultat d’un auteur unique puisque si le premier est signé Lynn Mason, tout comme le troisième, le second est l’œuvre de Laura Peyton Roberts. Double Vie , le premier de la collection, est une mise en place de l’univers d’Alias et, comme le deuxième titre, il n’a pas son équivalent télévisuel. On y apprend entre autres comment Sydney est approché pour entrer dans le SD-6. Heureusement, on y va fort sur l’ellipse et le lecteur est en mesure d’assister à la première petite mission de Sydney…

Sydney Bristow mène une petite vie tranquille en compagnie de sa colocataire, Francie Calfo, sur le Campus de l’Université UCLA. Jeune fille brillante, studieuse, sportive et maladroite avec les garçons, Sydney est tout le contraire de Francie, qui est de toutes les soirées et court après les mecs qui se présentent autour d’elle. Avec son attitude plus indépendante que sociale, Sydney a du mal à dénicher l’emploi qui lui permettrait de ne plus vivre au crochet de son père, cet homme qui n’a jamais eu de temps pour elle et qui lui donne autant de tendresse qu’un guichet automatique. Après une dernière tentative décevante comme serveuse dans un restaurant, Sydney est approchée sur le campus par un homme mystérieux. Il lui propose d’aider son pays. Après plusieurs entrevues et tests d’aptitude, elle est recrutée par le SD-6, une agence internationale qui s’avère être une ramification de la CIA. Parce qu’elle vient de terminer sa formation avec succès, on lui offre un billet pour assister au spectacle de son artiste préféré, Raul Sandoval, un super-guitariste qui fait craquer toutes les femmes. Cependant, personne ne dit à Sydney qu’il s’agit là de sa première mission et que Sandoval est lié avec un gang terroriste.

C’est dans le deuxième roman que Sydney Bristow entreprend réellement sa carrière d’agent secret et ce roman s’avère très excitant, car l’action ne manque pas…

Kate Jones est un agent du SD-6, en fait il s’agit de l’alias de leur nouvel agent, Sydney Bristow, qui s’apprête à vivre sa première vraie mission à l’étranger. Wilson, son intermédiaire à Los Angeles, lui fournit une nouvelle identité, des vêtements griffés, des chaussures de renom et tout ce qu’il faut pour rejoindre Paris sur le champ. En arrivant à son hôtel de luxe, une surprise l’attend : le SD-6 lui a déniché un mari… et pas n’importe lequel, le beau Noah Hicks, un agent du SD-6 pour qui la belle Sydney craque. Leur mission : jouer un jeune couple plein aux as et infiltrer la maison d’un grand designer de mode français chez qui Sydney doit dépenser beaucoup d’argent. Mais, de retour à l’hôtel, Noah s’aperçoit que leur couverture ne tient plus. Les deux agents sont brûlés et une course folle s’engage dans tout Paris. Cependant, c’est chez le designer que se trouve la clé de toute l’énigme et Sydney devra passer par-dessus ses plus grandes craintes pour mener à bien sa mission.

Personnellement, j’ai eu du mal à rester accroché à la télésérie, mais le deuxième roman, lui, est vraiment excellent même s’il apparaît un peu ridicule qu’une organisation internationale comme la CIA puisse avoir une planque (dans laquelle elle cache des ordinateurs, une moto, des armes, des vêtements et tout le tralala) pour ses agents en détresse dans un caveau du cimetière Père-Lachaise, alors qu’on sait très bien que plusieurs gardiens arpentent les lieux jour et nuit.

Si vous craquez pour la série, ne manquez pas le guide officiel tout en couleur écrit par Mark Cotta Vaz (qui a aussi écrit les guides officiels de Star Wars, Batman et Spider-man). Vous y trouverez des photos de la jolie Jennifer Garner bien sûr, mais aussi des photos de tournages, des explications sur l’univers d’Alias, des croquis des costumes de l’héroïne, des extraits de scénarios et de partitions musicales, des story-boards, des découpages de scènes image par image et tous les synopsis de la première année de tournage. Pour les mordus, ce livre s’avère vraiment incontournable. Cependant, si vous n’avez pas encore craqué, il vous reste les romans adaptés de la série. (FBT)

Double Vie
Lynn Mason
Paris, Fleuve noir (Alias 1), 2003, 190 pages.

Une nouvelle recrue
Laura Peyton Roberts
Paris, Fleuve noir (Alias 2), 2003, 191 pages.

Alias – Les dossiers secrets, le guide officiel
Mark Cotta Vaz
Paris, Fleuve noir, 2003, 210 pages.

Hillerman et ses (pertes de) mémoire

[Couverture]Je ne lis jamais les biographies, encore moins les autobiographies. Je pourrais invoquer le manque de temps (il y a tellement de bons romans à lire !), mais en réalité, c’est un type de lecture qui m’intéresse très peu ou pas du tout. Par curiosité, j’ai fait une exception pour cette curieuse autobiographie de Tony Hillerman que j’ai trouvée intéressante sans toutefois être passionnante. D’abord quelques questions…

Pourquoi par exemple, écrire l’histoire de sa vie, rédiger ses mémoires alors qu’on est en train de la perdre (la mémoire)? Pour devancer le moment où on ne se souviendra de rien? Ça pourrait être un argument… Mais le résultat est frustrant parce que ces mémoires de Hillerman comportent beaucoup de trous. Autre question : à quoi bon écrire l’histoire d’une vie quand celle-ci est finalement assez banale, sans grands événements spectaculaires ou incidents notables, dignes d’être racontés. La partie la plus intéressante, la plus mouvementée et fertile en événements, ce sont les souvenirs de guerre en Europe. Tony Hillerman s’est battu dans mon coin, mentionne des villes et des villages que je connais (y compris ma ville!). Héros malgré lui, il a été décoré pour bravoure, avant de mettre les pieds sur une mine, ce qui l’a expédié à l’hôpital, a mis fin à sa carrière de soldat… et à la partie la plus passionnante de son autobiographie !

A priori, ce qui m’intéressait, dans ses mémoires, c’était les relations entre Hillerman et les Indiens, notamment ces Navajos dont il fait les héros de ses polars ethnologiques. Il me semble que cette partie n’est pas assez développée. Finalement, la biographie ou les mémoires d’un écrivain devraient avoir pour fonction d’éclairer l’œuvre, d’en être une sorte de prolongement pour quiconque veut creuser un peu, explorer davantage l’univers de l’écrivain. Pour les autres, les lecteurs ordinaires qui ne se posent pas ce genre de question, elle ne présente que relativement peu d’intérêt.

Rares furent les déceptions , c’est, comme il est écrit à l’arrière du bouquin, « les mémoires d’un homme de bien », le récit de la vie d’un père tranquille et d’un bon citoyen américain. Quiconque a lu et apprécié les polars plutôt zen de Tony Hillerman, s’en doutait déjà un peu, non ? (NS)

Rares furent les déceptions
Tony Hillerman
Paris, Rivages/Écrits noirs, 2003, 356 pages.

Au royaume du tourment

[Couverture]Depuis la parution d’ Une mort à Lisbonne (Robert Laffont, 2002), le Britannique Robert Wilson ne reçoit que des critiques dithyrambiques pour son travail, comparé à celui de John Le Carré et Philip Kerr. Malheureusement, la lecture de son second ouvrage intitulé La Compagnie des ombres n’a pas vraiment soulevé mon enthousiasme. Axé davantage sur les dialogues que sur l’action, La Compagnie des ombres est un roman contemplatif qui mélange espionnage, histoire d’amour et récit historique avec un inégal bonheur. Chose certaine, cependant, même si l’intrigue est alimentée par la liaison entre Andrea Aspinall et Karl Voss, on ne peut accuser l’auteur de miser sur la sensibilité des lecteurs en noyant son récit dans l’eau de rose. Tous ses personnages sont des êtres fondamentalement malheureux pour qui la vie ne fait jamais de cadeau. C’est peut-être d’ailleurs la source principale du malaise de cette intrigue d’ambiances qui se termine mal: chaque situation se complique immanquablement, tous les dialogues se transforment en conversation à double sens, bref, rien n’est jamais simple dans La Compagnie des ombres .

Karl Voss et Andrea Aspinall sont deux espions envoyés à Lisbonne en 1944 pour récolter des renseignements cruciaux sur la fabrication de la bombe atomique. Dès le premier regard, l’ancien capitaine des services de renseignements de Hitler et la nouvelle recrue du Secret Intelligence Service britannique tombent amoureux. Avantmême d’avoir eu le temps d’exister, leur idylle est toutefois condamnée. Pire encore, elle fait lamentablement échouer leur mission ! Après une vingtaine d’années misérables passées aux côtés d’un époux qu’elle n’aime pas, Andrea retourne s’installer à Londres où elle partage les derniers moments de la vie de sa mère, qui lui fait une surprenante confession. Puis, en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « allô », Andrea est de nouveau recrutée comme espionne, mais cette fois-ci elle travaille pour les Russes…

Roman du non-dit et du mystère, La Compagnie des ombres est une fresque qui se déroule sur une cinquantaine d’années. Robert Wilson connaît de toute évidence très bien les sujets qu’il aborde : la Seconde Guerre mondiale, la guerre froide et, finalement, la chute du mur de Berlin. Néanmoins, ce n’est pas suffisant pour rendre le livre palpitant. (CF)

La Compagnie des ombres
Robert Wilson
Paris, Robert Laffont (Best-sellers), 2003, 521 p.

La Floride en folie

[Couverture]Voilà un autre roman policier que l’on peut ajouter à la liste des polars humoristiques réussis. Quelle rigolade, quel joyeux foutoir ! Précisons d’abord que ce récit fait suite à Florida Roadkill (que je n’ai pas encore lu) et que l’argument central, un prétexte en fait, est une somme de cinq millions de dollars enfermée au fond du coffre d’une Chrysler blanche.

Steve A. Storms, un tueur d’un genre tout à fait particulier, est obsédé par cet argent et va tout mettre en œuvre pour mettre la main dessus. Mais voilà que d’autres personnages sont mis au courant et peu à peu, au fil des pages, c’est toute une meute de cinglés, de paumés, de nymphomanes, de trafiquants qui cherchent le magot. Tout ce beau monde, à un moment ou à un autre, se retrouve au très minable Hammerhead Ranch Motel, dont la décoration western et la piscine gardée par des têtes des requins-marteaux empaillés en feraient frémir plus d’un. Steve A. Storms est un puits de science, si bien qu’entre deux poursuites, tueries et autres loisirs, nous avons droit à une histoire de la Floride servie par un pédagogue hors pair, mais qui est aussi très habile au pistolet et, surtout, très inventif dans l’art de trucider ses semblables.

Ce roman est un chef-d’œuvre d’humour noir et l’auteur nous fait rigoler avec des scènes pourtant horribles parfois. Mais c’est tellement fou, tellement déconnecté qu’on ne peut s’empêcher de s’esclaffer bruyamment, chose qui m’arrive assez rarement en lisant des polars. Il y a des dizaines de détails loufoques, de dialogues surréalistes, de situations limites, tout ça dans le décor à la fois somptueux et kitsch de la Floride des retraités, des sportifs, des pêcheurs, des réfugiés et des trafiquants en tous genres, des magouilleurs en série, à croire que c’est tout l’État qui devrait être derrière les barreaux. Une perle: on y apprend, par exemple, comment vider un centre d’accueil pour vieillards sans attirer l’attention des services publics. Les chiens y font la météo, ce qui fait que les alertes à l’ouragan sont parfois négligées, avec des conséquences catastrophiques. Et j’en passe et des meilleures ! (NS)

Hammerhead Ranch Motel
Tim Dorsey
Paris, Rivages/Thriller, 2003, 273 pages.

Au nom du père et du fils…

[Couverture]Il y a des personnages que l’on trouve sympathique d’emblée. C’est le cas de Jack Devlin, inspecteur de police à Boston, qui est chargé d’enquêter sur la corruption au sein même des services de police. Cette tâche est d’autant plus délicate que le propre père de Devlin, un flic brillant, a vu sa carrière brutalement interrompue lorsqu’il fut accusé de corruption vingt ans auparavant, pour finalement se suicider tout en clamant son innocence. Jack a la ferme intention de réhabiliter cet homme qui fut pour lui un père exemplaire et un membre respecté de la communauté catholique irlandaise. Très vite, Jack se met à dos un certain nombre de ses collègues. Son père (et ses meilleurs et fidèles amis) a laissé quelques indices à partir desquels Jack va tenter de reconstituer le passé et découvrir la vérité. Dès lors, le récit devient une quête de la vérité dans un monde où règnent le mensonge, la cupidité et la trahison.

L’intrigue est parfaitement maîtrisée et si le sujet n’est pas très neuf ou original, Charles Kenney, qui a été journaliste au Boston Globe pendant quinze ans, maintient le suspense jusqu’au bout, quand Jack Devlin connaîtra enfin la vérité sur les tragiques événements du passé. Mais avant cela, il aura eu quelques obstacles et épreuves à surmonter. La narration est impeccable, il n’y a pas de temps morts ni bavardages inutiles dans la meilleure tradition du bon thriller américain. Excellent ! (NS)

Pater Noster
Charles Kenney
Paris, Calmann-Lévy, 2003, 317 pages. .

Une intrigue qui ne vole pas haut

[Couverture]Il était une fois une pilote d’hélicoptère nommée Ellie Somers. Cantonnée à la base des garde-côtes de Sitka, en Alaska, Ellie est le meilleur pilote de l’endroit, un as dans son genre, mais elle aime prendre des risques, exposant ainsi ses coéquipiers réticents à de nombreux périls. Un jour, lors d’une opération particulièrement risquée, elle provoque un accident fatal. Démise de ses fonctions, elle se laisse entraîner par un mystérieux et séduisant inconnu dans l’enfer du jeu et de l’alcool à Las Vegas. Couverte de dettes, elle doit rembourser, mais comment ? C’est là que le bel inconnu va faire appel à ses talents de pilote pour une mission spéciale. Quand il apparaît que son accident avait été provoqué par un sabotage, les choses prennent soudain une autre tournure…

Sauvetage fatal, de Kate Morgenroth, est un roman assez curieux. Il y avait là tout le potentiel pour une très bonne histoire : un contexte inhabituel dans le polar (l’univers à haut risque des pilotes des garde-côtes), une héroïne jolie, déterminée, un peu casse-cou, une situation inextricable, un bel inconnu mystérieux, plein de fric. La première partie est la plus intéressante. Après, les choses se dégradent pour nous amener à un final un peu décevant. Bref, on pourrait dire que le décollage a été une réussite, mais que le retour au bercail et l’atterrissage ont été quelque peu poussifs. Notons toutefois que l’auteur a su éviter le piège flagrant du roman Harlequin. Ils ne vécurent pas heureux et n’eurent pas de petits hélicoptères ! Au moins ça de gagné. (NS)

Sauvetage fatal
Kate Morgenroth
Paris, Le Masque, 2003, 400 pages.

Quel drôle d’oiseau !

[Couverture]Bizarre ? Vous avez dit bizarre ? Pour le moins… Après avoir terminé la lecture de Le Faucon va mourir de Harry Crews, je me suis gratté la tête, perplexe, et je me suis posé un certain nombre de questions, dont celle-ci: qu’estce que ce bouquin peut bien faire dans la Série Noire ? Je m’explique : ça n’est pas un roman policier, et cela même si on triture, manipule, extrapole, allonge ou rétrécit toutes les formes de définition du genre. Il n’y a ni suspense, ni enquête d’aucune sorte. Pas l’ombre d’un policier, d’un détective même amateur, rien de tout cela. Ça n’est pas non plus et d’aucune façon un thriller ! Il y a bien un mort, Dieu ait son âme, mais son décès (jamais vraiment expliqué) pourrait autant être un bête accident (il faut avoir le sommeil lourd pour se noyer dans un lit d’eau !), un suicide original ou, mais cela semble tellement peu probable, un meurtre. Alors, que reste-t-il ? L’histoire pas très passionnante de George Gattling, qui est obsédé par les faucons et qui veut absolument en élever un, quitte à passer pour un doux dingue auprès de ses proches tous mûrs eux aussi pour un petit séjour chez le psy. Ça n’est même pas drôle et une fois arrivé à la dernière page, on se demande bien à quoi tout cela rimait.

Peut-être est-ce moi qui suis allergique à un certain type de roman américain qui se nourrit du vide et carbure à la folie douce de certains paumés de l’arrière-pays. En tout cas, le « petit monde gothique et déjanté d’Harry Crews » (éditeur dixit) m’a vraiment laissé de marbre. (NS)

Le Faucon va mourir
Harry Crews
Paris, Gallimard (Série noire), 2003, 271 pages.

Un mariage réussi !

[Couverture]Il y avait bien longtemps que je n’avais pas éprouvé autant de plaisir à la lecture d’un premier chapitre, et c’est bien malgré moi, ou plutôt grâce à sa remarquable description de la rencontre d’une jeune fille de quinze ans et d’un vieux monsieur acariâtre, que j’ai continué ma lecture et dévoré Sacrifier une reine , de Laurie R. King, premier roman mettant en vedette la jeune Mary Russell et un certain… Sherlock Holmes. Vous ai-je dit que j’aimais beaucoup (et que j’aime toujours beaucoup) la célèbre créature de Conan Doyle?

Ce n’est certes pas la première fois qu’un auteur se permet d’ajouter à la liste des enquêtes de Holmes. Parfois les pastiches sont réussis ( La Solution à 7 % , de Nicholas Meyer), parfois non ( Bonne Nuit, Mr Holmes , de Carole Nelson Douglas). Dans le cas qui nous occupe, le résultat est en tout point remarquable, et si ce n’était de quelques passages un peu plus statiques, je m’empresserais de crier au chef-d’œuvre – ce qu’est, en tout cas, le premier chapitre, véritable pièce d’anthologie.

Bon, résumons-nous… Nous sommes en 1915 et Holmes s’est retiré dans les landes afin d’élever des abeilles et de procéder en toute quiétude à ses expériences bizarres. Seule madame Hudson l’a suivi. Mais le détective s’ennuie, ou plutôt son esprit s’enlise dans la monotonie d’une vie sans histoires et sans défi… et dans les paradis artificiels. C’est pourquoi la rencontre impromptue avec Mary Russell (Holmes croit tout d’abord que c’est un jeune garçon, au grand déplaisir de Mary, qui rive son clou à ce vieux mécréant en lançant contre lui son étonnante machine à déduire en herbe). Inutile d’ajouter que Holmes sera tour à tour sidéré, piteux, conquis et enthousiaste devant celle qui – il le voit déjà, c’est Sherlock Holmes, après tout ! – pourra dignement reprendre là où il a laissé, celle qui sera son égal. Mais pour ce faire, il faudra éduquer et « domestiquer » ce vif esprit.

Laurie King donne la parole à Mary Russell ; c’est donc de son point de vue que nous suivons la naissance de son amitié avec Holmes, puis que nous assistons à son apprentissage et à ses premières missions. Le premier roman file ainsi sur plusieurs années, mais si les ellipses sont nombreuses, l’auteure sait toujours remettre en marche l’intrigue, toujours montrer brillamment non seulement la perspicacité de Holmes, mais aussi celle de Mary Russell, et ce sans que l’un et l’autre n’en souffrent. Et dans Sacrifier une reine , le génie de Holmes est à son meilleur, et celui de Russell l’est tout autant à sa manière, celle d’une femme qui intègre en plus la partie émotionnelle du problème, ce qui est tout à l’honneur de Laurie King. Et devinez comment ça finit?

Sacrifier une reine est un bijou ; souhaitons que les prochaines enquêtes du « célèbre duo » soient à la hauteur. Mais si je me fie à la critique anglaise, je ne perds rien pour attendre ! (JP)

Sacrifier une reine
Laurie R. King
Paris, Michel Lafon, 2003, 346 pages. .

Il y a quelque chose de pourri…

[Couverture]Pas besoin d’avoir le nez très sensible pour capter les effluves de pourriture, de corruption, de mensonges et de manipulation en provenance de la classe politique dont certains partis sont carrément gangrenés. Que ce soit à Ottawa, à Washington ou à Paris, même spectacle lamentable de politiciens cyniques, fraudeurs, menteurs, tricheurs et j’en passe. C’est à vomir… Ça n’est donc pas en lisant Un crime bien maquillé , de Robert Ellis, que l’on va retrouver une certaine confiance dans nos dirigeants, quels qu’ils soient. La réalité a beau être pire, comme dirait l’ami Jean-Jacques Pelletier, il y a des fictions qui nous aident à comprendre pourquoi c’est ainsi.

Ce livre nous emmène dans les coulisses du pouvoir, auprès de ceux qu’on appelle des « spin doctors », les fabricants d’images. Frank Miles, un conseiller en communication, est un champion dans son domaine. Il est chargé de promouvoir la carrière d’un millionnaire qui brigue un siège au Sénat. Le type est d’une nullité totale. C’est un cynique et ses ambitions sont démesurées. Quand l’associé de Frank est assassiné, les choses se compliquent et il découvre que certains sont prêts à tout, même au pire, pour arriver à leurs fins.

Robert Ellis, qui a travaillé pendant dix ans dans une agence de communication politique, nous révèle les dessous d’un milieu où tueurs à gages et politiciens véreux se tiennent la main, où les électeurs sont manipulés par les médias. Le tableau est dévastateur. Et le récit lui-même est mené tambour battant, avec un suspense de très haute qualité. On me pardonnera le cliché, mais je l’ai vraiment lu d’une traite. C’est passionnant, instructif et malheureusement très démoralisant pour ceux qui entretiennent encore quelque espoir dans une société plus juste. Dans mon cas, vieux cynique désabusé, il y a longtemps que je ne me fais plus d’illusion sur la classe politique, la dernière race avant les crapauds ! Et ça, quel que soit le parti ou le pays… (NS)

Un crime bien maquillé
Robert Ellis
Paris, Pygmalion, 2003, 334 pages.

Tintin chez les Turcs

[Couverture]Avez-vous lu votre Bible dernièrement, bandes de mécréants? Ouais… Au moins les trois premières lignes qui racontent la création du monde et qui finissent par « et au septième jour… Il se reposa ». Après quoi, vous vous reposâtes ! Pourtant, l’histoire ne s’arrête pas là, car il y eut un huitième jour, pendant lequel le créateur, visiblement ennuyé par ce qu’il avait fabriqué sur notre fichue planète, donna le relais à Satan. Et ceci explique cela…

Vous découvrirez le rapport avec ce roman en vous lançant dans cette brique que l’éditeur présente ainsi : « Aux frontières de la prophétie religieuse, de l’espionnage international et des défis de la science, Le Huitième Jour , de John Case, s’impose comme le plus saisissant – et sans doute le plus démoniaque – des thrillers de l’auteur de Genesis ». De bien grands mots pour une aventure échevelée, vécue par le héros Danny Cray, un jeune artiste détective à ses heures, qui se lance à son corps défendant sur la piste d’un étrange culte du mal pratiqué par une secte kurde.

Pour apprécier pleinement cette histoire rondement menée (John Case est un conteur émérite), il faut vraiment faire taire son esprit critique. Si vous êtes de ces lecteurs exigeants qui s’attendent à un minimum de vraisemblance, vous risquez d’être terriblement déçus, voire choqués par la série incroyable de pièges mortels dans lesquels tombe notre héros et dont il se sort chaque fois par la peau des dents et grâce à une veine de pendu. Trop, c’est trop…

Vouloir nous faire avaler qu’un jeunot sans expérience, même intelligent et débrouillard, puisse échapper autant de fois aux attaques meurtrières de tueurs professionnels ou de militaires aguerris, c’est à la limite prendre ses lecteurs pour des gogos. Et quand Danny s’est déguisé en golfeur pour pénétrer incognito dans un lieu sévèrement gardé, je n’ai pu m’empêcher de penser à Tintin et à éclater de rire, ce qui, avouons-le, est fatal pour la tension et le suspense.

Si, par contre, vous avez envie de passer un bon moment en lisant un truc simplement divertissant, sans vous casser la tête, peut-être que vous apprécierez ce périple en Turquie plein de bruit, de fureur, de mystères, de tortures et de fusillades. (NS)

Le Huitième Jour
John Case
Paris, Albin Michel, 2003, 445 pages.

À vos cas !

[Couverture]Je n’ai pas lu les romans des John Grisham et autres spécialistes des milieux juridiques, aussi ne ferai-je pas de comparaison avec ce que ces auteurs ont produit – en quatrième de couverture, cependant, l’éditeur français reproduit un extrait du Lawyer’s Journal qui, lui, dit ceci : « Dehors John Grisham ! Tremblez Scott Turow: voici la nouvelle star du thriller juridique ». Bon. Ma culture à moi, dans ce domaine, s’arrête à Perry Mason. Mais à la lecture du roman de Michael Fredrickson, je me dis que, peut-être, un petit upgrade ne me ferait pas de tort. Il y aurait même des chances pour que j’aime ça !

Parce que j’ai bien aimé Le Dossier Cendrillon , une histoire complexe qui se déroule à Boston et met en scène Matthew Boer, un jeune avocat qui n’est certes pas le meilleur de sa profession, mais qui a le mérite de réfléchir et d’être entêté. Et c’est bien grâce à ces deux « qualités » qu’il finira par mettre le doigt sur ce qui l’agace dans toute cette affaire et à devenir le grain de sable qui fera foirer les plans machiavéliques d’un de ses patrons – je ne vous dis pas lequel.

L’histoire débute avec la bourde de quelques policiers qui se voient dans l’obligation de présenter à la Cour, dans un procès pour le meurtre d’un de leur collègue, un indic… qui n’existe pas. Ils menacent donc Danny Li, un restaurateur associé à la mafia chinoise du coin, et lui font porter le chapeau. Mais Danny Li, c’est le client de Boer, et ce dernier n’a pas beaucoup d’expériences à la Cour et encore moins face aux entourloupettes de ses confrères et consœurs qui travaillent contre lui. Bref, Li se fait assassiner, on fait porter le chapeau de la faute à son avocat, et voilà Boer qui encourt une réprimande publique du conseil du barreau, qui se demande qui a tué son client et pourquoi, qui cherche par quel bout sauver son estime de soi et son emploi… et qui découvre que tout ça n’est qu’un infime détail servant à couvrir la « grosse magouille » dans laquelle l’un de ses patrons est mouillé jusqu’au cou.

Un suspense efficace, des personnages solides et une intrigue habile : à quand le film? (JP)

Le Dossier Cendrillon
Michael Fredrickson
Paris, Michel Lafon (Thriller), 2003, 478 pages.

Nestor s’en va en guerre

[Couverture]Il y a eu une époque où la (nouvelle) science- fiction française (dans les années 70 notamment) était phagocytée par la politique et où le cliché du méchant CRS était aussi répandu que celui du serial killer dans le polar actuel. Aujourd’hui, c’est tout une partie du polar français qui flirte avec les thèmes politiques et Belleville-Barcelone, de Patrick Pécherot, en est un bon exemple.

L’action se situe à Paris en 1938, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, alors que le Front populaire vit ses derniers jours, que des groupes d’extrême-droite rêvent de renverser la République et que la guerre d’Espagne fait rage. À Belleville, dans les locaux de l’agence Bohman, Nestor le détective s’ennuie. Quand un client débarque pour lui demander de retrouver sa fille, il accepte l’affaire sans savoir que celle-ci est plus complexe qu’elle en a l’air et qu’elle va le conduire sur le sentier de la guerre, celle d’Espagne notamment. À Paris, des groupes s’agitent: les fascistes italiens, des admirateurs d’Hitler ou de Staline, des supporters de Franco et des membres des Brigades internationales. Tout ce monde s’épie, complote. Au milieu de tout ça, Nestor cherche la vérité, ne sachant plus par moments s’il est le chasseur ou le gibier.

Les amateurs d’Histoire apprécieront cette fresque sociopolitique un peu surréaliste (André Breton est un des personnages) se déroulant dans le Paris populaire des années trente. Ce sera aussi l’occasion de remettre à jour vos connaissances de l’argot parisien, le vrai, celui de Michel Simon et de Jean Gabin. Mais rassurez-vous, mézigue a tout pigé sans trop gamberger du ciboulot, l’auteur n’en abusant pas. Pas vrai Bébert ? (NS)

Bellevue-Barcelone
Patrick Pécherot
Paris, Gallimard (Série Noire), 2003, 243 pages. .

Meurtres sur la Toile…

[Couverture]Le schéma est classique: la traque d’un tueur en série. Encore un, me direz-vous… Oui, mais cette fois, la façon de faire est assez originale. Ça se passe en Californie, dans la fameuse Silicon Valley (est-ce là qu’on fabrique les prothèses mammaires ?). Quelqu’un tue des gens dans des conditions étranges. Peu avant les crimes, l’ordinateur des victimes subit un « soft access » : un inconnu s’y introduit via Internet. Puis, grâce aux détails personnels stockés sur le disque dur, il tend un piège.

C’est là qu’intervient le héros, Wyatt Gillette, un hacker surdoué emprisonné pour « crimes informatiques ». La police fait appel à ses services, car il est le seul à pouvoir repérer et déjouer éventuellement l’assassin, un autre génie informatique. Commence un duel hallucinant, ponctué de force termes techniques (il y a même un glossaire), duel qui ressemble à une sorte de jeu d’échecs cybernétique. Étant à peu près autant doué pour l’informatique qu’un hippopotame le serait pour le ballet classique, je suis toujours émerveillé par le talent et l’habileté de ceux qui manipulent les ordinateurs comme s’ils étaient nés greffés à eux.

Jeffery Deaver est un excellent spécialiste du thriller et du suspense à l’américaine, et il le démontre une fois de plus dans ce récit haletant, sans temps mort, où le jargon technique s’intègre parfaitement à une intrigue parfaitement maîtrisée. Les droits d’adaptation cinématographique ont été acquis par Joel Silver, le producteur de Matrix . Il y a effectivement quelque chose de cinématographique dans le découpage du récit. Ça promet ! (NS)

Meurtre.com
Jeffery Deaver
Paris, Calmann-Lévy (Suspense), 2003, 470 pages.

Revue Alibis – Mise à jour: Mars 2004

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *