Camera Oscura 8


Christian Sauvé

Exclusif au supplément Internet (Adobe Acrobat, 1 502Ko) d’Alibis 8, Automne 2003

On dit souvent que l’été est une tout autre saison cinématographique. Pour les amateurs de polars, l’affirmation a rarement été aussi vrai. Si vos goûts portaient plus vers les pirates, les robots, les poursuites automobiles, les poissons clowns ou les gros géants verts, soit, peut-être avez-vous trouvé ce que vous cherchiez dans cette cuvée estivale, sinon… Mais regardons ça de plus près :

Adolescents à Miami

Dans une industrie où la moitié des films semblent se dérouler à New York ou à Los Angeles, il suffit parfois de déplacer le lieu de l’intrigue pour insuffler une nouvelle personnalité à un film par ailleurs ordinaire. Ce trimestre-ci, deux films d’action se sont partagé la vedette et la chaleur toute floridienne de Miami.

Il ne s’agit pas d’un territoire entièrement neuf pour le cinéma. Depuis Scarface, Miami a acquis une saveur bien particulière, et la série télévisée Miami Vice l’a gravée à jamais dans l’imaginaire collectif. L’an dernier, la comédie policière All About the Benjamins exploitait à fond l’image singulière de la ville, chaude, multiculturelle et multicolore. C’est sans doute cette atmosphère qui a attiré les producteurs de 2 Fast 2 Furious (Rapides et Dangereux 2) quand est venu le temps de réaliser une suite au succès de The Fast And The Furious. Quel meilleur endroit que la Floride pour mettre en valeurs les automobiles surchargées qui sont la seule raison d’être du film ?

 [Affiche] Dès les premières scènes, il est évident que le réalisateur John Singleton a choisi le mettre l’accent sur les couleurs et le mouvement. Et Paul Walker est le seul acteur du film original qui est de retour, alors qu’on se souviendra que c’est Vin Diesel qui s’avérait un des piliers du premier film. Nous retrouvons donc Brian O’Connor (Walker) quelques années plus tard, tentant de survivre comme mécanicien à Miami après avoir été mis à la porte des forces policières à la suite des événements du premier film. Deux ou trois scènes plus tard, on le retrouve avec son vieux copain Roman (Tyrese) alors que tous deux vont aider la ravissante agente Fuentes (Eva Mendes) à metre la main au collet du véreux Carter Verone (Cole Hauser).

Cette suite n’est en fait qu’une excuse pour présenter à l’écran autant de courses automobiles que possible. Tout comme son prédécesseur, 2 Fast 2 Furious peut être considéré comme de la « pornographie automobile », alors que défilent des douzaines de voitures rutilantes. Connaissant bien l’audience de ce genre, Singleton privilégie nettement les scènes d’action aux scènes de romance. Bien que certains verront des sous-entendus homosexuels dans les regards jaloux que Roman adresse à Brian dès que ce dernier ose s’intéresser à l’héroïne, il serait plus juste d’y voir la réaction typique de certains adolescents : pourquoi s’intéresser aux filles quand les automobiles sont beaucoup moins compliquées ?

Il est d’autant plus regrettable que Singleton réussit difficilement à donner de la vraisemblance à ces scènes de course. Pour un film qui affirme sans vergogne que les muscle cars américaines des années 70 sont plus puissantes que les nouvelles rice burners bariolées, il est surprenant de voir que l’esthétique du film privilégie des poursuites réalisées de façon surréaliste, fortement épicées d’effets numériques et éclaboussées d’une luminosité de néons glauques. La seule scène réellement excitante demeure la poursuite sur l’autoroute, car c’est la seule qui est montrée de façon vraiment réaliste, sans montage excessif, sans maquillage numérique. Mais peu importe : les amateurs d’automobiles, quel que soit leur âge, trouveront certainement des moments intéressants puisque si le résultat final ne comble pas toutes les espoirs, 2 Fast 2 Furious demeure un film… bon enfant.

 [Affiche] En comparaison, Bad Boys II (Mauvais Garçons II) semble avoir été conçu par une bande d’adolescents nettement plus vieux et plus sadiques. L’action se situe toujours à Miami, mais le ton change radicalement : les jurons se succèdent à un rythme soutenu, la violence est dégoulinante et les deux protagonistes passent autant de temps à détruire la propriété d’autrui qu’à mener une enquête policière.

Vous aurez compris qu’il s’agit de la suite de Bad Boys, mettant en vedette Will Smith et Martin Lawrence, une équipe de policiers bien mal assortie. Le premier volet (1995) marquait le glas de la décennie des « comédies d’action policière coté R » tel Die Hard, Lethal Weapon et Beverly Hills Cop. Pressions commerciales obligent, ce genre a vu son accessibilité s’agrandir au fil des ans : pour plaire au plus large public possible, les héros sont donc devenus plus gentils, les jurons ont disparu, la violence s’est adoucie et la nudité s’est… envolée. Huit ans après le film original, Bad Boys II renoue avec le genre, mais avec un manque époustouflant de rectitude politique. L’histoire s’articule autour d’un méchant narcotrafiquant qui utilise des cadavres afin d’expédier de la drogue partout aux États-Unis.

Conçu comme un carnaval d’action et de comédie, voilà un blockbuster avec un peu de piquant et, heureusement, l’action est satisfaisante. La scène la plus spectaculaire est une poursuite frénétique sur un pont de Miami, alors que les protagonistes doivent éviter d’entrer en collision avec des automobiles qui jaillissent d’un camion remorque transportant les dites automobiles. Visuellement, la séquence est frénétique, un véritable chaos tourbillonnant et elle se classe certainement comme une des plus mémorables de l’été au cours duquel, pourtant, les poursuites automobiles auront été nombreuses (même les films de science-fiction comme The Matrix Reloaded et Terminator 3 ont offert aux cinéphiles des poursuites automobiles d’une finesse inouïe.) Bref, le réalisateur Michael Bay a du talent lorsque vient le moment de manier une caméra et l’amas de tôle tordue dans Bad Boys II aura de quoi séduire les amateurs de casse.

Dommage, cependant, que le reste du film ne « casse » rien. Si l’on peut excuser bien des défauts lorsqu’une œuvre est courte et efficace, Bad Boys II, à plus de deux heures trente, s’embourbe dans des scènes inutiles et exaspérantes et, bien que l’action roule bien, l’ensemble du film s’étouffe sous le poids du matériel superflu. L’audience-cible du film est adolescente, soit, mais même eux risquent la déception avec ce film tant la complaisance prend le pas sur l’efficacité.

Hourra pour Hollywood ?

De la côte est, revenons donc à la côte ouest et à Los Angeles, ville d’accueil de trois déceptions cinématographiques.

 [Affiche] Le pire de ces films est sans contredit Gigli, un échec retentissant mettant en vedette Ben Affleck et Jennifer Lopez. Écrit et réalisé avec mollesse par Martin Brest, voila un film qui ne sait pas quelle direction prendre. Les bandes-annonces – trompeuses ! – promettent une comédie criminelle romantique, mais voilà que la protagoniste est lesbienne, que le « héros » est un petit caïd sans charme, que le langage est très cru et que, en plein milieu du film, on plante bien maladroitement deux scènes sanglantes « humoristiques ». Et ça ne s’arrête pas là : les dialogues sont faibles et verbeux, la finale s’étire interminablement sur vingt minutes et la vulgarité des propos n’est d’aucune façon contrebalancée par un peu d’intelligence ou, à tout le moins, de subtilité. Voir Gigli devient donc une expérience singulière, car alors qu’on y trouve plusieurs éléments intéressants, il est frustrant de constater que le réalisateur n’en fait rien de valable. Mais soyons juste : Gigli n’est pas un film complètement nul (Christopher Walken et Al Pacino jouent brièvement des parodies de leurs rôles habituels), mais il serait irresponsable d’écrire dans cette chronique qu’il mérite votre attention. Passons donc à autre chose… à Hollywood Homicide, tiens !

 [Affiche] À première vue, Homicide à Hollywood apparaît comme un film prometteur : deux policiers de la division Hollywood du LAPD doivent enquêter sur les meurtres de deux artistes survenus dans un night-club. Pour démêler les fils de l’intrigue, ils devront bien composer avec des habitants bien particuliers de la ville : policiers, criminels… et artistes.

Soyons clair : il est possible de faire un bon polar à partir de ces éléments, à la condition de s’y tenir. Or, Hollywood Homicide s’éparpille (on flirte même avec le paranormal) et le ton n’a rien de consistant. Et puis les aventures romantiques des protagonistes sont insérées dans l’intrigue un peu au hasard. L’intrigue policière, elle, semble bâclée et se déroule dans l’indifférence générale jusqu’au final qui, lui, laisse un goût amer quand l’un des criminels est tué de façon inutile et sadique par un des héros du film. Hollywood ending, direz-vous ?

Homicide à Hollywood offre quand même quelque intérêt : il y a d’abord la fascination de suivre la vie d’un policier surmené et mal payé dans une ville dont les symboles de richesse sont omniprésents. Il est vrai qu’on aurait pu le faire avec plus de doigté, mais ce n’est pas sans intérêt. Et puis il y a les performances décontractées d’Harrison Ford et Josh Hartnett, deux acteurs qui n’ont pourtant pas l’habitude des comédies. Et pour ceux qui n’ont pas encore fait de tourisme à Hollywood et à Los Angeles, vous pourrez en profiter pour en avoir des aperçus, aussi superficiels soient-ils.

[Couverture]Après ces deux déceptions, SWAT nous prend un peu par surprise puisqu’il correspond plus ou moins aux attentes qu’il avait suscitées. SWAT, c’est l’unité de choc du LAPD, les spécialistes qui interviennent quand les policiers ordinaires ne suffisent plus. La première scène donne le ton, alors que les membres du SWAT réussissent à contrecarrer une prise d’otages. Et puis c’est la tuile : une erreur amène notre héros (Colin Farrell) vers un purgatoire de plusieurs mois « dans la cage ». Les choses se remettent à bouger avec l’arrivée d’un nouveau commandant (Samuel L. Jackson) qui a le mandat de construire une nouvelle équipe au moment même où un criminel international (un Français, joué par Olivier Martinez) est capturé, mais non sans avoir promis cent millions de dollars à quiconque l’aiderait à s’évader. Et soudainement, tous les gangs de Los Angeles se trouvent un objectif commun !

L’intérêt de SWAT, c’est de voir comment son synopsis permet de générer un hybride qui oscille entre thriller policier et film d’action. Il est nettement plus vraisemblable de voir ces policiers d’élite répondre à des appels d’urgence spectaculaires que d’assister à la valse de fusillades qui se poursuit dans Bad Boys. On admire aussi l’intelligence de l’intrigue quand celle-ci donne libre cours à une succession de scènes d’action alors que convergent vers une même cible plusieurs groupes criminels.

Malgré tout, le scénario (co-écrit par David Ayers, apparemment le scribe élu du LAPD après Training Day et Dark Blue) souffre d’indécision, de faux départs et d’éparpillement, comme si on ne sait pas trop ce qu’on doit conserver ou pas. Les liaisons romantiques du personnage de Farrell, en particulier, apparaissent bien inutiles alors que d’autres scènes (l’arrivée de l’adversaire et la poursuite dans les égouts) s’étirent un peu trop. Le final, lui aussi, s’étire inutilement, d’autant plus qu’il inclut une bataille dans une gare tout à fait superflue.

Ceux qui sont à la recherche d’originalité seront déçus : la réalisation et les répliques sont compétentes, mais peu spectaculaires, et Farrell, Jackson et Michelle Rodriguez jouent leurs propres stéréotypes. Rien de nouveau, donc, mais rien de déplaisant non plus. SWAT aurait pu être un bien meilleur film, mais on se contentera de ce qu’il y a à l’écran. Face à toutes les déceptions que cet été nous a proposées, cette dernière phrase peut être comprise comme une recommandation élogieuse. Hélas.

Shocking, sacrebleu !

 [Affiche] En temps normal, Camera oscura ne se serait pas attardé sur Johnny English. Mais la moisson de l’été est si pauvre que nous glisserons un mot sur cette comédie mettant en vedette Rowan Atkinson. Ce dernier passe d’une scène ordinaire à une autre sans réussir à mettre plus qu’un sourire sur nos lèvres. Malgré le potentiel de départ (un gaffeur devient agent secret d’élite après le décès inopportun de ses collègues), Johnny English évite volontairement la parodie de Bond et, mis à part quelques gags simples, l’intérêt du film se porte ailleurs. Même sur le plan strict de la comédie, ce n’est pas plus un succès : les simagrées d’Atkinson sont calquées sur son fameux « Bean » et, étirées sur près de quatre-vingt-dix minutes, c’est suffisant pour irriter n’importe qui.

Un film plus qu’ordinaire, donc. À l’exception d’une poursuite automobile moyennement amusante, deux détails risquent de faire sourire les lecteurs d’Alibis. Premièrement, il y a la mine horrifiée des Anglais lorsqu’ils assistent au couronnement d’un roi d’origine française qui, ô hérésie, veut transformer l’Angleterre en prison mondiale et, deuxièmement – mais attention, ceci ne dure qu’une demi-seconde! –, alors qu’on aperçoit les citoyens de l’ex-empire britannique qui assistent à la diffusion du couronnement, outre des Indiens et des Australiens bien stéréotypés, apparaissent soudain quelques solides gaillards affublés de tuques et de chemises de flanelle, regardant la télé dans une cabane en bois alors qu’il neige abondamment dehors… Shocking !

Seulement dans un vidéoclub près de chez vous

Camera oscura vous parle des films à l’affiche et sa périodicité fait que, normalement, elle vous arrive à temps pour que vous puissiez bien choisir les titres qui s’offrent à vous au cinéclub près ce chez vous. Par ailleurs, son choix n’est pas élitiste, mais reflète un volet important de l’industrie cinématographie contemporaine, car seulement une fraction de la production annuelle est projetée sur grand écran. Ce sont les studios qui sélectionnent les films méritant, selon eux, l’investissement d’une campagne publicitaire et les coûts associés à une diffusion en salle. Les autres restent dans les voûtes des studios ou connaissent le sort d’une diffusion straight to video dans l’espoir de récupérer une portion des coûts de production. Cette procédure n’est pas sans rappeler la distinction, aux États-Unis, entre l’édition cartonnée – le hard cover – et le livre de poche – le mass market – et le préjugé qui accompagne, souvent à tort, les livres qui paraissent directement en format de poche.

Puisque l’été polar cinématographique 2003 est si pauvre, Camera oscura a décidé d’examiner six de ces films straight to video dans l’espoir de déterminer deux choses : ces films sont-ils de qualité inférieure, et qu’est-ce qui les distingue de ceux projetés sur grand écran ?

 [Affiche] La théorie selon laquelle ces films à diffusion restreinte sont moins intéressants en prend pour son rhume avec Shiri (Nom de code : Shiri), un film d’action sud-coréen qui comporte sa part de fusillades spectaculaires et de suspense. Cette course pour trouver une agente ennemie alors qu’elle menace de s’attaquer aux politiciens coréens n’est pas particulièrement originale, mais c’est là tout l’intérêt du film puisque cela démontre que la Corée du Sud, sans tradition de films d’action, peut quand même produire une œuvre comparable aux films américains ou chinois – ce qui, on en conviendra, est en soi une véritable réussite. Il y a des faiblesses, bien sûr : plusieurs scènes sont trop longues, la réalisation manque parfois de confiance et un retournement, à l’exacte moitié du film laisse songeur. En revanche, l’intérêt est grand face à ce film d’action en provenance d’un horizon différent puisque sa thématique met en scène une dualité rarement exploitée pour les Nord-américains que nous sommes, celle de la Corée elle-même, tendue entre sa « bonne » et sa « mauvaise » moitié… L’édition DVD du film comprend en outre un documentaire fascinant sur le tournage et le succès du film. (On y apprend entre autre que Shiri a eu plus de succès au box-office coréen que Titanic.)

Chopper (Chopper : ennemi public) est un tout autre animal, une docu-fiction stylisée qui profite énormément d’une performance magistrale d’Eric Bana. Cette biographie romancée de la vie du criminel australien Mark « Chopper » Reid s’adresse sans doute à ceux qui connaissent déjà le personnage : des passages de sa vie sont re-créés à l’écran sans que le scénario cherche à les relier l’un à l’autre. De plus, la réalisation très inhabituelle (parfois théâtrale, parfois live) renforce l’aspect irréel du film. On aimera ou pas, mais tous pourront s’entendre sur la performance spectaculaire d’Eric Bana, qui personnifie « Chopper »: oscillant constamment – parfois dans un même plan – entre une brutalité sadique et un charme naïf, Bana incarne son personnage comme peu d’acteurs auraient pu le faire. (Après avoir vu ce film, sa prestation du personnage principal dans The Hulk semble soudainement bien pâlotte…) Une chose est certaine, Chopper n’est pas un film pour tous ; il faut être friand des exercices de style… et avoir une bonne oreille pour les accents australiens. (À vrai dire, même les puristes auront intérêt à synthoniser la bande sonore francophone du DVD pour y comprendre quelque chose !) Mais si les criminels de l’hémisphère sud vous intéressent…

Il s’agit là d’un départ prometteur pour notre survol des films straight to video, mais attention ! Shiri et Chopper ne sont pas représentatifs du genre. Il s’agit plutôt de films étrangers fort populaires dans leurs pays d’origine que les distributeurs américains n’ont pas jugé bon de projeter sur « leurs » grands écrans. Pour de meilleurs représentants de notre sujet d’étude, mieux vaut mieux s’intéresser à Federal Protection et Black Point.

 [Affiche] Ce dernier, en particulier, incarne à la perfection le straight to video. Mettant en vedette une ex-star du petit écran (David Caruso), il est évident, dès les premières minutes, qu’il s’agit d’une production à petit budget : la caméra est rigoureusement statique, les cadrages sont optimisés en fonction du petit écran, les décors urbains sont déserts (pas de budget pour les figurants), les déplacements des acteurs manquent de naturel et le montage est très relâché. Pourtant, malgré ce qui précède, le film offre un scénario avec deux ou trois retournements intéressants et, en dépit d’un « méchant » plutôt ridicule, de personnages mal esquissés et de motivations étranges, il réussit tant bien que mal à livrer une histoire adéquate. Inutile de crier au génie, mais Black Point fera l’affaire si jamais ça vous dit de passer une soirée pendant laquelle vous ne surchargerez pas vos pauvres neurones.

 [Affiche] Federal Protection (Témoin sous protection) partage une bonne partie des défauts de Black Point, mise à part la réalisation, nettement plus assurée. Ce thriller comique, mettant en vedette un banlieusard qui découvre que son nouveau voisin est un témoin fédéral pourchassé par la mafia, ressemble un peu à The Whole Nine Yard, qui mettait en vedette Bruce Willis et Matthew Perry et avait été tourné et situé à Montréal. Or, et voilà qui peut intéresser les lecteurs de Camera oscura, Témoin sous protection a également été tourné au Québec. Si, en théorie, l’action se déroule à « Little Rock, Arkansas », les drapeaux américains et la boîte aux lettres de l’US Post ne peuvent camoufler l’architecture typique des maisons québécoises, l’argent canadien et les boîtes aux lettres de Poste Canada. Les Montréalais reconnaîtront des rues, en plus d’une généreuse utilisation du Biodôme. Les films straight to video n’ont jamais été étrangers à la reprise de films à succès… mais dans ce cas-ci, disons que les ressemblances sont troublantes. Une fois surmontée cette coïncidence, Témoin sous protection comporte sa part de petits plaisirs. L’action se déroule à un rythme régulier et quelques scènes amusantes rehaussent l’atmosphère du film. Armand Assante et Dina Meyer s’acquittent convenablement de leurs rôles respectifs et, somme toute, c’est un film dont l’intrigue ne déçoit ni ne surprend. Comparé aux films en salle, il y a eu pire cette année (pensons à Gigli !), mais on est toujours très loin de thrillers comme Memento ou Confidence.

 [Affiche] Une sous-catégorie reconnue du straight to video est celle des suites de films à succès. Pour des raisons essentiellement mercantiles, certains succès moyens génèrent des suites qui sont immédiatement expédiées au cinéclub afin de capitaliser sur le dos du public du premier film. American Psycho 2 est un exemple de cette sous-catégorie, une suite très libre de la comédie noire parue en 2000. Ce deuxième « volet » se concentre sur une étudiante en criminologie qui ne laissera personne, mais alors là personne, s’interposer entre elle et l’internat qu’elle désire obtenir au FBI. Meurtres et narration ironique s’ensuivent. S’il est indéniable qu’American Psycho 2 ne possède pas la profondeur thématique de l’original, il faut reconnaître que l’humour noir du scénario, la conclusion amusante, la réalisation efficace et la violence somme toute retenue du film en font un slasher supérieur à la moyenne. Il est vrai qu’il n’est pas difficile de surpasser des nullités comme Urban Legends ou Abandon, mais considérant qu’il s’agit de films ayant paru au grand écran, American Psycho 2 s’en tire fort bien.

 [Affiche] Notre dernière trouvaille dans le monde du straight to video est une curiosité qui n’aurait jamais pu être présentée au grand écran. Disons-le tout net, Extreme Heist est un film d’amateurs. Tourné en vidéo numérique moche et fade, affublé d’acteurs bas-de-gamme, voici un film qui a tout du projet d’étudiants. Les dialogues, atroces, sont livrés avec un manque d’expression faciale risible, mis en évidence par une réalisation qui ne cache rien. Le maquillage des acteurs varie de plan en plan, tout comme la lumière ambiante. En consultant le générique, on comprend que les « acteurs » sont en réalité des cascadeurs et que ce film n’est rien de plus qu’une sorte de portfolio. Ceci explique sûrement pourquoi l’intrigue cède régulièrement la place à des scènes d’action démentes dans lesquelles se succèdent chorégraphie martiale, saut en parachute et poursuites automobiles. C’est à ce moment qu’Extreme Heist devient quelque chose de remarquable, un film d’une vigueur inouïe qui compense amplement pour le reste de ses faiblesses. Ici, le manque de sophistication technique devient un avantage lorsque les acteurs réalisent leurs propres cascades, sans l’apport d’une cinématographie trompeuse et de trucages informatiques. Plusieurs scènes ont certainement été « douloureuses » (le protagoniste, par exemple, se cogne la tête contre un madrier alors qu’il tient bon sur une automobile fonçant dans un bâtiment) et rappelle l’action viscérale des premiers films de Jackie Chan. Non, il ne s’agit pas d’un bon film, mais les férus de cascades y trouveront leur compte.

Et c’est sur cette note ambivalente que s’achève notre survol. Peut-être que les déceptions de l’été 2003 ont miné les facultés critiques de Camera oscura, ou alors la sélection de ces six films a été particulièrement judicieuse. Peut-être aussi que le fossé séparant les grandes productions d’Hollywood de celles de la catégorie « en dessous » n’est pas aussi grand qu’on pouvait l’imaginer. Par contre, il est probable que les attentes des cinéphiles soient plus élevées envers les films projetés en salle, alors qu’ils pardonneront plus volontiers des petits défauts dans un film straight to video.

Bientôt à l’écran

L’automne 2003 s’annonce nettement plus intéressant pour les amateurs de polars. Déjà, la liste de films est étoffée : qu’il s’agisse de thrillers sérieux comme Out Of Time et Master & Commander, d’adaptation comme The Runaway Jury (tirée du roman de John Grisham) ou de films plus légers comme Matchstick Men et Duplex, la nouvelle saison promet. Et comme si ce n’était pas assez, le prochain trimestre verra aussi le retour à l’écran de quelques auteurs/réalisateurs reconnus: Robert Rodriguez (Once Upon A Time In Mexico), les frères Coen (Intolerable Cruelty) et Quentin Tarantino (Kill Bill, Volume 1). Sur ce, bon cinéma !

Christian Sauvé est informaticien et travaille dans la région d’Ottawa. Sa fascination pour le cinéma et son penchant pour la discussion lui fournissent tous les outils nécessaires pour la rédaction de cette chronique. Son site personnel se trouve au http://www.christian-sauve.com/

Mise à jour: Septembre 2003

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