Camera Oscura 5

Christian Sauvé

Exclusif au supplément Internet (Adobe Acrobat, 1 008Ko) d’Alibis 5, Hiver 2003

Le dernier trimestre de l’an 2002 a tellement offert aux cinéphiles amateurs d’intrigues criminelles qu’il sera impossible d’en faire une recension exhaustive en ces pages. Tentons tout de même de souligner les réussites les plus remarquables, et permettons-nous quelques oublis judicieux: l’accueil critique glacial qu’ont reçu des films comme Balistics : Sever Versus Ecks, Abandon, I Spy ou bien Half Past Dead aura de toute façon déjà dissuadé plus d’un spectateur potentiel. (On mentionnera tout de même en passant Extreme Ops, le plus récent effort du réalisateur d’origine Montréalaise Christian Duguay.) Cela dit, peu importe : il y a bien assez de matériel ci-dessous pour vous satisfaire au cours des longs mois de cet hiver.

Made in Québec

Il aurait été impensable qu’Alibis passe sous silence les deux productions québécoises récentes dans le genre, soient la comédie noire Les Dangereux et le drame carcéral Histoire de pen.

Les Dangereux commence alors qu’une chanteuse populaire (Véronique Cloutier) est kidnappée par deux truands. Son père et agent (Marc Messier) demande à un jeune comptable (Stéphane Rousseau) de se charger de payer la rançon. Évidemment, rien ne se déroule comme prévu, divers autres criminels s’en mêlent et avant peu, les corps commencent à s’empiler un peu partout.

La comédie noire est un genre peu pratiqué au Québec et les maladresses du scénario démontrent à la fois un manque de confiance et d’expérience en la matière. Complaisance et paresse contaminent tout le film, jusqu’à en ruiner le potentiel : Rousseau cabotine sans contrôle, les personnages sont unidimensionnels, des stéréotypes qui ne devraient pas exister dans un film produit en 2002 y sont pourtant, et la finale trop éparpillée se dissout d’elle-même.

On voudrait être indulgent. Mais après un départ prometteur (on pense surtout au deuxième quart du film, qui démontre une solide maîtrise des mécaniques narratives), l’intérêt du film s’épuise d’autant plus vite que la mise en scène devient carrément ridicule. Apparemment, le réalisateur Louis Saïa n’a pas compris qu’une comédie noire n’est pas qu’un film où les personnages se tuent de façon amusante… Après une ouverture assez professionnelle, Les Dangereux sombre dans l’amateurisme total, ainsi qu’en témoignent non pas un, mais deux numéros musicaux qui viennent interrompre inopinément l’élan de l’intrigue. « La balade des dangereux ? » Leur débandade, plutôt. Tant pis : pendant quelques minutes, on y croyait presque.

Autant Les Dangereux se vautre dans l’humour facile, autant Histoire de pen verse souvent dans le pessimisme sans raison. Les Dangereux se termine par un mariage? Histoire de Pen, par des funérailles.

Adapté du recueil Contes en coup de poing de Léo Lévesque, Histoire de pen s’avère immédiatement familier aux amateurs d’Hochelaga, le précédent film du réalisateur/scénariste Michel Jetté. Non seulement constate-t-on la même habileté avec la caméra, la même brutalité du propos et le même intérêt pour les milieux criminels québécois, mais Histoire de pen partage aussi avec le film précédent une intrigue similaire. Ici, un jeune truand se voit plongé dans un milieu interlope (en l’occurrence, une prison) où il deviendra le pion de forces qui échappent à sa compréhension, le menant ainsi à sa perte.

Pour son deuxième long métrage, Jetté a manifestement plus de moyens, et plus d’aisance avec ceux-ci. Il contrôle mieux sa réalisation, utilise quelques effets numériques et profite d’une amélioration de la qualité de ses images. Visuellement, Histoire de pen a peu de choses à envier aux plus grandes productions. Sur le plan de l’écriture, hélas, ça achoppe un peu. Comme dans Hochelaga, le protagoniste ne semble jamais prendre conscience de la galère dans laquelle il s’embarque réellement, ce qui contribue à rendre son destin plus approprié que tragique. Les amateurs de films carcéraux reconnaîtront ici l’éventail des clichés du genre, du shiv aux affrontements entre gangs ennemis à l’intérieur des murs. De plus, en donnant à ses personnages un registre de langage symbolique tiré du livre, Jetté crée une discontinuité agaçante qui ne s’accorde pas avec l’atmosphère du film. Finalement, le passage trop facile de l’action en dehors de la prison, vers la fin du film, ne satisfait pas tout à fait et ne laisse pas aux personnages la possibilité de résoudre leurs conflits dans le même environnement. Pourtant, malgré ses défauts, Histoire de pen captive jusqu’à la fin. Réalisé avec une dureté impitoyable, on est ici très loin de The Shawshank Redemption…

Savoir satisfaire son public

Afficher du cynisme en face des productions d’Hollywood ne demande aucun effort, mais reconnaissons tout de même que produire des films n’est pas une entreprise facile. Il est impossible de prédire le succès d’un film, étant donné les goûts capricieux du public. Mais cela n’empêche pas les studios de mettre toutes les chances de leur côté. Il y a longtemps qu’ils ont compris que la mode des suites au succès du box-office et la présence au générique de vedettes sont (en théorie !) deux garanties de réussite parmi les meilleures. Si les studios ont de la chance, ils parviendront à établir ce que l’on appelle une franchise, soit une série de films qui attire des foules en leur offrant encore et encore le même produit qu’ils ont apprécié dans une incarnation précédente.

L’exemple le plus réussi d’une telle franchise, c’est bien entendu celle des films de James Bond. Quarante ans après Dr No, voici que le suave agent secret britannique récidive dans un vingtième épisode, Die Another Day.

Et cet épisode réussit à répondre aux attentes habituelles : non seulement Pierce Brosnan prouve-t-il à nouveau qu’il est le meilleur Bond depuis Connery, mais le film propose en plus les charmes de Halle Berry et Rosamund Pike, beaucoup de gadgets impressionnants (en particulier une automobile invisible) et un mégalomane bien furieux. La formule est donc à point et on y trouve tout ce que l’on y cherche… comme des incohérences techno-fantaisistes, une performance forcée de Berry et une finale interminable, ce qui gâche cependant, faut-il l’avouer, à peine le plaisir.

Par ailleurs, Die Another Day réussit à dépasser le convenu. Si la deuxième heure du film est bien conventionnelle, la première moitié de cette vingtième aventure nous propose du neuf : un James Bond qui échoue et qui doit lutter pour réintégrer son service ! Ajoutez un tas de clins d’œil aux épisodes précédents, quelques modifications superficielles à la formule et vous obtenez un Bond meilleur que la moyenne, un film qui saura capter autant l’intérêt des inconditionnels que celui des amateurs plus modérés de la série. Dans Camera oscura (IV), on se demandait si Bond allait pouvoir rivaliser avec Xander Cage de XXX; la réponse semble maintenant évidente. En livrant la marchandise de façon satisfaisante, toute l’équipe de ce film ne fait que répondre aux attentes du public.

Ces attentes sont les mêmes qui ont poussé le producteur Dino de Laurentis à refaire le premier film de la série Hannibal Lecter. Non, pas The Silence Of The Lambs, mais bel et bien Manhunter, la première adaptation du roman Red Dragon, de Thomas Harris, qu’avait signée Michael Mann des années avant qu’Anthony Hopkins vienne reprendre le rôle de Lecter. Les puristes ont beau dire que Red Dragon est un film inutile, c’est mal se souvenir de l’original. À peine quinze ans après sa sortie, Manhunter a beaucoup vieilli: bande sonore fermement planquée dans les années 80, finale abrupte, style visuel grotesquement surchargé de néons… Une mise à jour n’était pas sans attrait.

Le réalisateur de cette nouvelle édition, Brett Ratner, n’est pas du calibre de Michael Mann. Pourtant, même si son Red Dragon est un remake moins audacieux sur le plan artistique que Manhunter, il risque vraisemblablement de mieux tenir la route d’ici quelques années. En construisant un film selon les attentes du public, Ratner livre lui aussi la marchandise. Les gens veulent voir des vedettes ? Multiplions-les : Ed Norton, Ralph Fiennes, Harvey Keitel et Emily Watson se bousculent au générique. Les spectateurs veulent toujours et encore plus Hannibal Lecter ? Donnons donc à Anthony Hopkins un rôle encore plus juteux que dans le livre. Le public préfère une finale plus heureuse ? Ajoutons donc un coda optimiste à la terrible finale du roman.

Red Dragon est non seulement une adaptation plutôt fidèle, c’est aussi un bon thriller en soi. Ça ne casse ni ne redéfinit rien, mais ça maintient un niveau d’efficacité primaire que bien des films à suspense ordinaires ne parviennent pas à atteindre. On a beau se plaindre de la glorification du personnage de Hannibal, des simplifications de l’intrigue ou du manque de teneur artistique de Red Dragon, force nous est d’avouer que le tout se déroule de façon fort divertissante. De plus, le film réussit à s’imbriquer parfaitement comme sequel et prequel aux deux autres volets de la série, alors qu’il débute en décrivant une anecdote mentionnée dans Hannibal et se termine quelques secondes avant l’entrée en scène de Clarice Starling dans The Silence Of The Lambs…

Hors d’Hollywood, plein de salut

Les deux précédents films ont beau représenter l’apogée d’une machine qui produit des films comme sur une chaîne d’assemblage, il n’en demeure pas moins que beaucoup d’autres choix s’offrent aux audacieux en quête de bons films.

Premier détour : l’Allemagne, où est paru en 2001 un film intitulé Das Experiment. Les racines de ce thriller psychologique axé sur la claustrophobie et adapté du roman Black Box de Mario Giordano remontent en fait à une expérience tentée en 1971 à l’université Stanford. Durant cette expérience, une équipe de chercheurs en psychologie avait arbitrairement divisé un groupe d’étudiants en « gardes » et en « prisonniers », puis les avait placés dans le cadre d’une prison pour étudier leurs comportements. L’expérience devait durer deux semaines ; on a dû l’interrompre après six jours. (Le psychologue en charge de l’expérience, Philip G. Zimbardo, en a rédigé un résumé assez candide que l’on pourra lire sur le site suivant : http://www.prisonexp.org/ )

Allant au-delà de cette prémisse historique, l’intrigue progresse rapidement vers un degré d’intensité que l’on ne peut retrouver qu’en fiction. Le conflit entre prisonniers et gardes devient sans cesse plus brutal. Les scientifiques eux-mêmes perdent progressivement le contrôle de l’expérience. Il y aura des morts avant la fin.

En établissant un cadre bien défini pour les actions des personnages et en leur donnant des rôles presque aussi rigides que dans ceux de l’expérience, ce thriller psychologique enferme également son public. Bien que l’on puisse regretter le manque d’individualité des personnages secondaires, il est difficile de ne pas se laisser happer dans la spirale de tension qui se resserre rapidement. Le scénario a beau être un brin prévisible, il n’en est pas moins prenant lorsque – finalement – tout ce que l’on redoutait se produit.

Film idéal pour susciter la discussion, Das Experiment demeure fidèle à une certaine audace qui n’est possible qu’en dehors de la machine à divertissement hollywoodienne. Le film est sans doute un peu plus difficile à trouver que la moyenne, mais vaut certainement le détour.

 [Poster] L’autre film non-hollywoodien à ne pas manquer est le documentaire Bowling For Columbine, le plus récent opus du cinéaste américain Michael Moore. Ce dernier examine ici la fascination de son pays pour les armes à feu. Attention : ce film a beau relever de la non-fiction, il n’en demeure pas moins très subjectif. Moore joue ici le rôle d’un polémiste plutôt que d’un journaliste.

Mais quelles séquences-chocs ! Moore visite une banque qui offre une carabine gratuite à quiconque ouvre un compte chez elle, discute du contrôle des armes à feu avec le frère de Timothy McVey et nous montre les vidéocassettes de surveillance du massacre de l’école secondaire Columbine. Des entrevues surprenantes suscitent la stupeur : Marilyn Manson impressionne avec des réflexions intelligentes sur la violence chez les adolescents, alors que Charlton Heston blâme la « diversité ethnique » des États-Unis.

Moore traverse également au Canada pour examiner la différence entre ces deux pays voisins. Ce qu’il y trouve n’est pas du tout ce à quoi il s’attendait : les Canadiens – surprise ! – possèdent un nombre d’armes à feu per capita comparable à celui des États- Unis. Débouté par cette révélation inattendue, Moore découvre par contre une société canadienne qui n’a pas particulièrement peur de la violence. Les politiciens cherchent la conciliation, les citoyens ne verrouillent pas leurs portes et les policiers ont de la difficulté à se souvenir du dernier meurtre à avoir été commis avec une arme à feu.

Progressivement, une thèse fort raisonnable émerge des ré- flexions de Moore : selon lui, les États-Unis seraient prisonniers d’une profonde paranoïa contre les dangers réels et imaginés, une peur entretenue par des médias alarmistes et menant tout droit à un emballement pour la possession d’armes par souci de « sécurité ». (Un segment animé hilarant nous raconte l’histoire des peurs de l’Amérique profonde, liant esclavage, politique externe agressive, crime et révolution américaine !) La thèse peut sembler évidente pour les non-Américains, mais elle est ici développée de façon fascinante. Bowling For Columbine réussit aisément à être plus drôle que la plupart des comédies et plus efficace que la plupart des drames que vous verrez cette année.

Mais ne laissez pas votre scepticisme à la porte, car Moore manipule la vérité sans vergogne et ne se retient pas pour suggérer quand il ne peut affirmer : sa tentative de lier le problème des armes à feu, la politique étrangère américaine et les événements du 11 septembre 2001 est frappante, mais peu convaincante. Les statistiques sur les meurtres par armes à feu dans les pays industriels sont présentées sans comparaisons relatives à leur population totale (ce qui ne changerait pas grand-chose, mais quand même…) Le lien entre la NRA et le KKK est un accident historique présenté de façon malhonnête. Certaines entrevues (celle avec Dick Clarke, par exemple) sont visiblement inutiles. Enfin, le portrait que Moore présente du Canada a beau être chaleureux, il est quand même incomplet: les armes canadiennes sont surtout des fusils de chasse… (À noter : le film a été co-financé par Salter Street Productions, une boîte canadienne à qui l’on doit l’émission humoristique This Hour has 22 Minutes)

N’en demeure pas moins qu’avec un bon esprit critique, Bowling For Columbine est un des films de l’année. Ne soyez pas surpris d’en vanter les mérites après l’avoir vu.

Petites surprises (en capsules)

Swimfan est un film habilement résumé par sa bande annonce. Le protagoniste (Jesse Bradford) est un étudiant de high school qui semble tout avoir pour lui : il réussit bien, il a une charmante petite amie et il est sur le point d’obtenir une bourse substantielle en raison de ses talents en natation. Mais voilà qu’emménage une psychopathe qui le séduira et n’acceptera certainement pas qu’il tente de s’éloigner d’elle après avoir réalisé son erreur. Élémentaire de prédire où l’intrigue se dirige à partir de ce point…

Ce qui intéresse dans Swimfan, ce ne sont pas les calques avoués sur Fatal Attraction ou les invraisemblances du scénario que l’on tente de camoufler avec un rythme rapide, mais l’incongruité entre l’âge des personnages et les événements qu’ils affrontent. L’antagoniste, par exemple, a développé un profil de psychopathe assez complet, et ce avant d’avoir dix-huit ans. Avouons que ce n’est pas consistant avec les antécédents du personnage. Et puis le protagoniste ne semble pas avoir une relation suffisamment profonde avec sa petite amie pour donner à ses actes la gravité requise. La rapidité d’exécution de l’intrigue ne fait donc que renforcer cette impression surréaliste. Bref, Swimfan nous présente des ados qui jouent à être des adultes, et ce pour un public cible qui souhaite probablement vouloir faire de même. Mais c’est là accorder trop d’attention à un film tout simple, un thriller pour adolescents somme toute efficace et mené sans désastre ni éclat.

City By The Sea, en contraste, est un thriller policier lourd et déprimant où tout, y compris le paysage, semble avoir connu des jours plus dynamiques. La ville du titre, c’est Long Beach, une communauté balnéaire en banlieue de New York promise à un brillant avenir… il y a trente ans. Aujourd’hui, tout est dévasté: les rues sont sales et les édifices délabrés. Long Beach devient un personnage à part entière dans ce film, un environnement décrépit qui reflète la déchéance morale des personnages.

Comme beaucoup d’autres films « criminels », il s’agit d’une histoire de famille. Le protagoniste, Vincent Lamarca (Robert de Niro) est un policier qui tente depuis toujours de faire honneur à sa famille, longtemps après que son père ait fini ses jours derrière les barreaux. Ironiquement, son propre fils (James Franco) est un junkie qui devient l’objet d’une enquête criminelle, enquête qui s’avère particulièrement délicate lorsqu’un policier est tué. Coincé entre collègues et famille, Lamarca doit trouver une façon de concilier ses loyautés.

Intéressant ? Pas particulièrement. Malgré un certain potentiel, City By The Sea demeure plutôt fade. De Niro ne fournit qu’un effort ordinaire et le tout sombre rapidement dans la moyenne et l’indifférence. Et que dire de la misogynie du scénario, alors que les trois personnages féminins de l’intrigue abandonnent tour à tour les protagonistes mâles (de surcroît en abdiquant leur « rôle » de mère !) ? Un film à voir lorsqu’on est d’humeur presque aussi désespérée que les personnages !

Cette chronique a déjà souligné comment la réalité peut affecter les films, qu’il s’agisse des modifications faites à certains titres après les événements du 11 septembre 2001 ou du délai de sortie imposé au thriller Phone Booth après l’émoi provoqué par le tireur embusqué de Washington D.C. à l’automne 2002. Un autre film, Trapped, n’a pas été retiré de l’horaire après une vague d’enlèvements de fillettes aux États-Unis à l’été 2002. Tout au plus le studio a préféré ne pas investir outre mesure dans la promotion du film, ce qui explique la rapide disparition des écrans de ce bon petit thriller.

 [Poster] Adapté par Greg Ives de son propre roman 24 Hours, Trapped décrit le rapt d’une petite fille pour une rançon par des criminels de métier et la manière avec laquelle les parents de la victime réussissent progressivement à prendre le dessus sur les ravisseurs. Le talent est au rendez-vous (on remarquera au générique Kevin Bacon, Stuart Townsend, Courtney Love et Charlize Theron) et le rythme aussi. On s’ennuie rarement quand les rênes sont entre les mains d’un réalisateur qui sait ce qu’il fait (Luis Mandoki). Trapped est, pour emprunter une réplique au dialogue, « a machine that runs on fear », et si les ficelles tirées sont parfois un peu grosses, elles sont quand même efficaces. Le film faiblit en deuxième partie, alors que les criminels révèlent avoir une motivation personnelle plutôt que professionnelle (en revanche, la séquence finale est une des meilleures scènes d’action de l’année). Bref, un bon moment pour les amateurs de thrillers purs et durs.

Si Trapped pêche par excès de classicisme, il n’y a rien de conventionnel dans One Hour Photo, un thriller subtil qui joue sur notre inconfort et qui fait fi des poncifs. En fait, l’élément criminel semble parfois très ténu dans cette histoire d’obsession. Robin Williams tient ici son troisième rôle d’antagoniste de l’année, et son rôle de Sy est assurément celui où le « Robin Williams » reconnu disparaît le plus complètement derrière son personnage.

Sy est seul, terriblement seul, et entretient depuis des années une obsession à propos d’une famille tout à fait ordinaire par le biais des photos que les membres de celle-ci viennent faire développer là où il travaille. Son obsession finit par basculer dans une sorte de folie lorsqu’il découvre que le mari trompe la femme. Tentant désespérément d’arranger les choses, il en viendra à commettre des gestes de plus en plus désespérés…

Ce qui frappe ici, c’est la manière dont le film évite les clichés tout en maintenant continuellement le spectateur entre deux chaises. Le résultat final est cependant un peu décevant parce qu’incomplet – ce n’est donc pas un film qui plaira à tous. Malgré une série de séquences volontairement ambiguës et des actes inexplicables de la part du personnage principal (qui commet des erreurs surprenantes pour quelqu’un avec une obsession si… développée), on retiendra du film cet examen fascinant des mécanismes menant à l’obsession maladive.

De même, Knockaround Guys se joue un peu de nos attentes. Oublié depuis quelque temps dans les voûtes du studio New Line, le film est finalement apparu en salles pour profiter du succès de Vin Diesel après The Fast And The Furious et XXX. Diesel s’en tire pas trop mal dans un rôle de soutien, mais Barry Pepper lui vole la vedette. Ce dernier personnifie le fils d’une puissante figure du crime organisé new-yorkais qui tente de bâtir sa vie loin des affaires de son père. Malheureusement, ce n’est pas évident de quitter la famille et il finit par accepter une affaire de transfert d’argent. Tout se complique quand le magot se perd dans une petite ville du Midwest américain, le forçant à y enquêter avec trois de ses amis. Parviendront-ils à trouver l’argent avant que la famille ne découvre leur erreur ?

L’ennui, c’est que le film ne sait pas quelle histoire conter. Alors que Knockaround Guys commence en mode dramatique assez conventionnel, le deuxième acte, où les quatre jeunes mafieux New-Yorkais tentent de négocier avec une culture complètement différente, s’avère plutôt rigolo. Il s’agit d’ailleurs de la partie la plus satisfaisante du film et certainement celle qui mérite le plus d’attention. Hélas, l’intrigue revient ensuite peu à peu vers la tragédie à mesure que les trahisons s’accumulent et se terminera avec la mort de la plupart des personnages. Bien curieux mélange, qui explique sans doute pourquoi le film fut au départ proposé directement aux clubs vidéo.

Trois polars américains parus en salle durant le dernier trimestre de 2002 ont proposé des intrigues se déroulant en France : Femme Fatale, The Truth About Charlie et – le plus dynamique des trois – The Transporter. Ce dernier met en vedette un protagoniste anglais (Jason Stratham), une héroïne chinoise (Shu Qi), un scénariste français (Luc Besson) et un réalisateur de Hong-Kong (Corey Yuen). Le résultat final reflète bien la diversité des sources : les amateurs de la série Taxi reconnaîtront sans peine le mélange d’action forte et d’intrigue juvénile qui est devenu la caractéristique principale des scénarios de Besson. Mais la solide présence de Stratham s’avère la véritable force de The Transporter. Après de bons rôles dans des films comme Snatch, l’acteur démontre ici l’étoffe d’un véritable héros d’action. Exécutant lui-même la plupart de ses scènes de combat, Stratham est convaincant dans le rôle d’un mercenaire qui se retrouve soudainement impliqué dans une sombre histoire de trafic d’immigrants illégaux. Des explosions, des poursuites et des combats d’arts martiaux viennent ponctuer un scénario autrement très moyen. Les amateurs de films d’action savent à quoi s’en tenir ; les autres pourront sans doute… attendre encore un peu.

Formula 51 est une toute autre affaire. Co-production canadobritannique, cette comédie, noire du début à la fin, suit les mésaventures d’un chimiste américain (Samuel L. Jackson) tentant de vendre la formule d’une drogue particulièrement puissante à des caïds de Liverpool. Ce n’est pas un accident si le titre original du film était The 51st State ; des références amusantes sur les relations entre Anglais et Américains abondent dans ce film sans prétention, drôle, rapide et doté d’un certain charme. Peut-être un peu trop sanguinolent pour être complètement inoffensif (sans compter les abus fréquents de substances illicites et, hélas, une scène avec diarrhée explosive), il s’agit quand même d’un divertissement qui saura convenir aux fervents d’un humour particulier. Ronnie Yu propose une réalisation dynamique, Samuel L. Jackson prouve de nouveau qu’il sait jouer les durs, Emily Mortimer est adorable et le groupe techno Headrillaz assure la bande sonore. Si ces quatre derniers éléments ne vous disent rien, passez à autre chose…

Bientôt à l’affiche

2002 s’achève dans la bousculade alors que les studios tentent désespérément de porter à l’affiche tous les films qu’ils espèrent faire concourir aux Oscars. Ainsi se succéderont sur nos écrans Catch Me If You Can, Gangs Of New York, The 25th Hour, Narc et Confessions Of A Dangerous Mind. Puis, au début 2003, les studios, cette fois, tenteront désespérément de se débarrasser des films qui n’auront rien à voir avec les Oscars. Peut-être pourrons-nous alors voir National Security, The Recruit, Cradle 2, The Grave, Dark Blue, et The Hunted… si l’horaire le permet.

En attendant, bon cinéma !

 

Christian Sauvé est informaticien et travaille dans la région d’Ottawa. Sa fascination pour le cinéma et son penchant pour la discussion lui fournissent tous les outils nécessaires pour la rédaction de cette chronique. Son site personnel se trouve au http://www.christian-sauve.com/

 

Mise à jour: Janvier 2003

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