Camera Oscura 4

Christian Sauvé

Exclusif au supplément Internet (Adobe Acrobat, 1027Kb) d’Alibis 4, Automne 2002

Au programme de Camera oscura ce trimestre-ci : une surabondance de films inspirés d’autres sources. Qu’il s’agisse d’adaptations franches de romans, de nouvelles ou de bandes dessinées, de fictions inspirées par des faits historiques ou bien de films jouant sur notre familiarité avec un genre bien précis, Hollywood s’est permis une petite pause d’originalité cet été. Voyons ce que ça a donné…

Adaptations libres

 [Couverture] Pour les cinéphiles amateurs de livres à suspense, peu de films étaient aussi attendus que The Bourne Identity, l’adaptation du best-seller de Robert Ludlum. Ce n’est pas la première fois que le roman est porté à l’écran (on se souviendra notamment d’une mini-série télévisée diffusée en 1988, mettant en vedette Richard Chamberlain), mais cet effort à grand déploiement ne pouvait que susciter à nouveau notre curiosité.

La prémisse initiale demeure identique au roman; un homme flottant à la dérive en pleine mer Méditerranée est rescapé par des pêcheurs. Amnésique, le seul indice le liant à sa vie précédente se trouve enfoui sous sa peau ; dans le livre, c’est un microfilm. Dans ce film, technologie oblige, c’est un microprojecteur laser. Dès le premier port, il partira à la recherche de son identité alors même qu’il se découvre des habiletés guerrières clairement hors du commun.

Ceux qui ne se souviennent pas de la trame du roman à partir de ce point n’ont pas à s’en soucier, parce que le film diverge ensuite assez complètement de ses origines littéraires. Oubliez le terroriste Carlos, les méchants soviétiques, la jolie économiste canadienne-française et l’unité Delta : Bourne tente toujours de fuir des unités d’élite de son gouvernement, mais un dictateur africain devient sa cible originale et l’histoire s’en trouve d’autant simplifiée. Cette simplification s’étend même jusqu’à la structure narrative répétitive du film, qui utilise à trois reprises le même mini-scénario où Bourne réussit à se défendre des griffes d’un assassin tout en apprenant de nouvelles informations à son propre sujet.

Il est dommage que The Bourne Identity soit affligé d’un scénario aussi ordinaire et paresseux, car la présentation du film mérite des compliments. Réalisé avec professionnalisme par Doug Liman, ce thriller est empreint d’une atmosphère bien européenne. On retiendra particulièrement une poursuite automobile à travers les rues de Paris comme l’un des points fort du film. Le ton retenu et la cinématographie sobre renforcent une impression de réalisme rare dans le cinéma d’espionnage – mais, du même souffle, certains diront que cet effort manque de vigueur. Les amateurs de thrillers à la recherche d’une expérience moins tonitruante trouveront vraisemblablement leur compte avec ce film. Les inconditionnels du livre vont sans doute préférer la mini-série télévisée.

L’autre grande adaptation littéraire du trimestre est celle de Blood Work de Michael Connelly. Hélas, malgré l’excellente réputation de cet auteur de polar à succès, le film ne répond pas aux attentes pour des raisons bien particulières à Hollywood.

À première vue, livre et film concordent : à la suite d’une transplantation cardiaque, un ex-policier en convalescence doit reprendre du service à titre privé quand une femme lui demande de retrouver le meurtrier de sa sœur. Il possède une excellente raison d’accepter, puisqu’il a reçu le cœur de la victime du meurtre… Mais alors que l’enquête avance, les différences entre livre et film deviennent de plus en plus importantes: après l’ajout gratuit de quelques scènes d’action, le scénariste pousse l’audace jusqu’à assigner une identité différente au coupable !

Il n’est pas déraisonnable de supposer que la présence de Clint Eastwood au générique a eu des répercussions sur le scénario. Alors que le protagoniste du roman était un homme près de la quarantaine, Eastwood, lui, a plus de 70 ans et le voir dans ce rôle demande un peu d’indulgence de la part du spectateur, surtout lorsque le héros glisse des répliques essoufflés entre des scènes d’action à la carabine et une scène romantique avec une actrice une trentaine d’années plus jeune que lui ! Voilà qui modifie considérablement la dynamique de l’histoire, sans compter que la convalescence du policier semble secondaire à sa retraite… Et que dire du poli imparfait du film, de son montage légèrement décalé, des performances parfois artificielles des acteurs, de la finale convenue et des dialogues mous?

Il y a tout de même une véritable satisfaction à voir Eastwood jouer au fin limier, assemblant des indices disparates pour en arriver (laborieusement) à des conclusions correctes. Les détails procéduraux sont fascinants et réussissent à maintenir l’intérêt. Cela dit, il ne sera pas particulièrement difficile pour les spectateurs les plus sophistiqués de deviner à la fois des éléments cruciaux de la résolution ainsi que l’identité du coupable bien avant la fin. Apprécions quand même l’étrangeté d’une adaptation où les amateurs de l’œuvre originale en connaissent finalement moins que ceux qui découvrent l’histoire pour la première fois…

Quand l’adaptation devient une œuvre en soi

Minority Report est un authentique film de science-fiction et, à ce titre, serait plus à sa place dans la chronique cinéma de notre revue-sœur Solaris. Cette œuvre comporte quand même suffisamment d’éléments propres aux films policiers pour en faire un hybride d’un intérêt particulier pour les amateurs de fiction criminelle. C’est de ce point de vue que nous allons en discuter dans le cadre de Camera oscura.

Jugeons-en par la prémisse: Minority Report ose se demander ce qui se passerait si l’on pouvait prédire les meurtres. Quelles seraient les répercussions de cette innovation sur nos forces policières, sur notre société, sur nos méthodes de punition ? Adapté très librement d’une nouvelle de Phillip D. Dick, ce film s’attaque à ces questions avec une certaine audace et, si le résultat final n’est pas impeccable, l’œuvre offre de quoi satisfaire à la fois les amateurs d’action et ceux qui aiment réfléchir un peu.

Tom Cruise y joue – fort bien – le rôle de John Anderton, un policier chargé de prévenir les crimes détectés par les « précogs » sur lesquels dépend le programme « pré-crime » de Washington, DC. Quand un meurtre est prévu dans la région, c’est à lui que revient la tâche de retracer les personnes impliquées et d’arrêter le coupable avant que le crime n’ait lieu. Une séquence d’ouverture dynamique nous montre les difficultés auxquelles il doit faire face quand vient le temps d’empêcher un crime passionnel.

Tout se complique quand un policier du FBI vient enquêter sur l’efficacité du programme pré-crime avant qu’il ne soit appliqué à l’échelle nationale. John Anderton lui-même en vient à prendre connaissance d’un rapport qui l’identifie comme meurtrier éventuel. Il doit alors échapper à toutes les autorités pour prouver son innocence tout en confrontant un système qu’il avait jusque-là cru parfait.

Minority Report est indéniablement un film d’action, mais c’est aussi de la science-fiction réaliste qui tente d’imaginer une société future bourrée de nuances complexes. C’est aussi un dilemme moral et une interrogation sur le sens de la justice, la punition, la prévention et les droits individuels. Ce n’est pas qu’un bon gros divertissement : contrairement à plusieurs films de SF glorieusement fantaisistes, Minority Report invite un examen plus approfondi de son imaginaire. Malheureusement, c’est là que la crédibilité du film se désagrège.

Au point de vue procédural et systémique, on constate immédiatement des invraisemblances. Deux exemples : Alors que la séquence d’ouverture montre un suivi immédiat (policiers, psychologues, etc.) envers les quasi-victimes d’un meurtre, un moment capital du film dépend du fait qu’une présumée victime est laissée seule après l’arrestation du suspect. De plus, alors que le film prend bien soin de présenter des « témoins » académiques qui surveillent les policiers alors qu’ils étudient les indices des rapports précogs, ces mêmes témoins semblent disparaître complètement dès que leur supervision devient essentielle ! (De plus, que dire de ces robots araignées, qui contreviennent allègrement à quelques articles du Bill of Rights américain ?)

Il y a une objection bien plus sérieuse au fonctionnement du système pré-crime alors même qu’il semble être sur le point d’être étendu au niveau national : la capacité limitée des trois précogs ne semble clairement pas suffisante pour répondre à des demandes cent fois plus importantes. Comment étendre le système, donc ? De plus, le film laisse entendre que les précogs sont irremplaçables (une des trois précogs plus que les deux autres, soulevant ainsi d’autres questions), ce qui ne semble pas être satisfaisant ni bien durable à long terme.

Néanmoins, malgré ces difficultés plus ou moins sérieuses, Minority Report demeure un excellent film qui mérite le détour. Ce n’est pas une réussite complète (on tiquera sur des changements de tons assez grossiers et les placements commerciaux envahissants) mais c’est incontestablement un des meilleurs films de l’année. Rare est l’œuvre qui suscite autant de satisfaction cinématographique (le style visuel et le raffinement technique du film sont exceptionnels), de plaisir viscéral (ah, ces poursuites!), d’analyse symbolique (qu’en est-il du motif des yeux et de la pré/vision ?) et de débats intellectuels que ce dernier opus de Spielberg. Recommandé à tous, peu importe votre genre littéraire de prédilection.

 [Couverture] Même si Road To Perdition s’inspire d’une bande dessinée, il ne s’agit pas d’un film de super-héros. Le film nous plonge dans l’atmosphère lourde de l’Amérique au temps de la Prohibition. Michael Sullivan (Tom Hanks) est un homme de main pour une organisation criminelle menée par John Rooney (Paul Newman). Or, des accrochages amèneront Sullivan à se défendre contre ses propres confrères. Forcé de fuir avec son fils, il prendra ensuite sa vengeance contre ceux qui l’ont trahi.

Le look professionnel et respectable de ce film ne fait que masquer son scénario tiré tout droit d’un film de série B. L’assassin ultra-compétent affrontant ses ex-employeurs après une trahison éhontée, ce n’est pas exactement une trame originale en cinéma à suspense. Le roman illustré éponyme (écrit par Max Allan Collins et illustré par Richard Piers Rayner) dont est tiré le film ne renie pas ses sources et se complaît dans ses origines violentes et brutales. Mais le réalisateur Sam Mendes (American Beauty) travaille très fort à dissocier son film de telles vulgaires histoires de genre. La cinématographie est exceptionnelle, chaque image étant méticuleusement travaillée pour en retirer le plus de jus visuel. L’effort mis dans la reconstruction des années 30 suggère aussi une respectabilité que le film aurait de la difficulté à obtenir s’il était demeuré purement contemporain. Le jeu admirable des acteurs est digne et plein de retenue ; à les voir, on en vient à se sentir coupable d’aimer le film comme histoire noire. Ici, défendu de s’amuser !

Très long pour la densité de l’histoire qu’on y raconte, Road To Perdition rumine constamment sur les thèmes de la loyauté et de la paternité, qu’il s’agisse de la relation entre les Sullivan père et fils, ou de celle entre Sullivan et son employeur. L’effet ultime du film rappelle un peu la série The Godfather. C’est de la fiction criminelle exceptionnelle, mais la prétention artistique qui l’infuse en fait quelque chose qui dépasse ses origines génériques. Malgré le manque d’originalité, le rythme délibéré et le sentimentalisme parfois surfait, c’est un beau film, voire un grand film.

(Plus ou moins) inspirés d’histoires vraies

 [Couverture] Décrivant les combats américains dans le théâtre du Pacifique au cours de la deuxième guerre mondiale, le dernier film de John Woo, Windtalkers, semble à première vue s’inscrire dans la lignée des « nouveaux films de guerre » inaugurée par Saving Private Ryan, au même titre que Enemy At The Gates, Black Hawk Down, We Were Soldiers et autres. Il s’agit cependant d’un film fort différent, rescapé d’un autre genre et peut-être même d’une autre époque.

Basé peu rigoureusement sur des faits historiques, Windtalkers raconte les aventures d’un soldat Navajo (Adam Beach) envoyé au front comme officier de communication radio. Son avantage ; un code en Navajo, indécodable par l’ennemi japonais. Un tel effort a véritablement existé, bien que les soldats de cette équipe n’aient jamais été dépêchés aussi près des combats que ceux du film !

Le protagoniste de Windtalkers, cependant, n’est pas ce soldat Navajo, mais plutôt un soldat défiguré (Nicolas Cage) qui est chargé de « protéger le code » en l’empêchant de tomber aux mains de l’ennemi, avec toutes les complications que cela suggère. La relation compliquée entre les personnages de Cage et Beach n’est pas particulièrement harmonieuse et c’est cette intensité dramatique qui fournit la matière première à ce récit.

Hélas, ce sont des scénaristes amateurs qui ont écrit Windtalkers. Les clichés se succèdent (deux soldats suscitent l’attachement par un peu de musique impromptue, le protagoniste s’entiche de son infirmière, les Navajos sont tous inévitablement spirituels, etc.) et le film ne sait jamais quand arrêter d’en remettre. Alors que la tension raciale entre Cage et Beach est bien suffisante pour retenir l’attention, le scénario ajoute un autre élément antiraciste explicite de par la présence d’un soldat bête et méchant – qui changera éventuellement d’avis, bien sûr. Ces épisodes navrants sont presque insupportables dans le contexte d’un film d’action. Ils ajoutent également quelques minutes à un film déjà suffisamment long et des dialogues particulièrement affligeants à un scénario qui comporte sa part de problèmes d’écriture.

Mais ces défauts masquent à peine un problème plus fondamental. Les inconditionnels de John Woo savent déjà de quoi est capable ce réalisateur, et peu d’entre eux seront déçus par les images de ce film de guerre. Windtalkers est bourré de scènes époustouflantes pleines de carnage, de fusils déchaînés, d’explosions dopés à l’essence et de cascades douloureuses. La cinématographie est étonnante, présentant souvent des plans à deux ou trois niveaux simultanés d’action guerrière. On reste ébahi devant certains mouvements de caméra dynamiques où l’œil guerrier de Woo se laisse aller sur un champ de bataille. Au niveau visuel, Windtalkers a peu de compétiteurs cette année.

Mais attention ! La cinématographie grandiose de Woo n’en est pas une de film de guerre. Alors qu’il est acceptable – dans des films d’action ! – de voir des soldats projetés quelques mètres dans les airs par des explosions bien juteuses, Spielberg, Scott et compagnie nous ont désormais habitués à une représentation bien plus juste de la guerre. Tout comme Pearl Harbor l’an dernier, le spectacle de Windtalkers est impressionnant, mais pas particulièrement réaliste ou approprié. Il était un temps où l’on pouvait retirer un plaisir viscéral à voir un soldat typiquement américain descendre des ennemis par douzaines, mais ce temps est révolu. Ce serait trop indulgent que de considérer Windtalkers comme un retour à l’époque triomphaliste de John Wayne avec ses cascades grandioses et ses dialogues naïfs. Le spectateur moderne mérite mieux. Les dévoués de Woo savent déjà à quoi s’attendre de ce film, mais les autres auraient avantage à être plus circonspects.

K-19: The Widowmaker n’est guère mieux réussi, mais les causes de ses déficiences sont très différentes. Un compte rendu très romancé d’événements véridiques de la guerre froide, ce film nous ramène en 1961, alors que les Soviétiques mettent en service leur sous-marin nucléaire le plus sophistiqué. Harrison Ford et Liam Neeson y jouent respectivement le capitaine et le premier officier du sous-marin, deux hommes qui ne s’entendent guère et qui luttent périodiquement pour le contrôle du navire.

Ce n’est pas là le seul problème du K-19 : une série d’événements malheureux ne cesse de causer des ennuis au cours du voyage, se soldant éventuellement par une brèche au sein du réacteur nucléaire qui propulse le sous-marin. Alors que la vie de chaque membre de l’équipage est menacée, quelques marins se portent volontaire pour effectuer des réparations d’urgence, même s’ils sont complètement dépourvus de protection contre les radiations…

Il est fort dommage que K-19 ne réussit jamais à créer un attachement aux personnages secondaires. À part les deux vedettes du film, on a de la difficulté à distinguer les membres d’équipage les uns des autres. Coutume militaire oblige, tous les marins se ressemblent, et on ne peut les reconnaître qu’à partir de traits superficiels ; un est moustachu, l’autre porte secrètement un symbole religieux, un troisième a toujours sur lui la photo de sa fiancée, un quatrième possède un rat domestique… Cela devient problématique lorsque ces personnages doivent se sacrifier pour le bien de l’équipage ; qui sont-ils, après tout ?

D’autres défauts, petits et grands, viennent également endommager l’impression créée par le film. Sur le plan du suspense, K-19 demeure une histoire à propos de quelque chose qui a déjà eu lieu ; le spectre de la troisième guerre mondiale soulevé tard dans le film en est un de polichinelle puisque nous savons « ce qui ne s’est pas passé par la suite ». La fidélité du film à la réalité historique fait défaut : le « véritable » dernier voyage du K-19 n’était pas également son premier (le sous-marin a été mis à la retraite en 1991 et détruit en 2002, incidemment), et plusieurs événements du film se sont en fait déroulés sur plusieurs voyages. Enfin, le spectateur fourmillera d’impatience durant les dernières minutes du film, qui consiste en un coda inutile face à un drame déjà bouclé.

Malgré tout, K-19 fonctionne tout de même plutôt bien du point de vue docu-fictif. La réalisatrice Kathryn Bigelow (Point Break) sait donner une énergie dynamique aux séquences dramatiques, et on ne peut qu’applaudir les talents combinés des menuisiers et des caméramen qui ont su donner à l’intérieur du sous-marin cet air peu recommandable aux claustrophobes. Quelques séquences ininterrompues au début du film se promènent à l’intérieur du K-19 comme s’il s’agissait d’un véritable sous-marin. Les férus de technologie militaire prendront sûrement un plaisir certain à finalement voir, à l’écran, une représentation de la vie à bord d’un sous-marin soviétique d’époque.

Mais il est inutile de chercher dans K-19: The Widowmaker un thriller plein de combats sous-marins et de tensions internationales. Contrairement à ce que suggère la trompeuse bande-annonce, aucune torpille n’est lancée au cours de ce film et le résultat est plus près du techno-thriller historique que du film d’action militaire.

Espions en tous genres

Alors même que la série James Bond a célébré son quarantième anniversaire au grand écran, son influence continue de se faire sentir sur une nouvelle génération de films. Trois parutions récentes illustrent bien que, même lorsque l’on tente de s’en éloigner, on en revient toujours à payer un hommage à l’espion anglais.

 [Couverture] Il n’y a pas grand-chose à dire sur Austin Powers: Goldmember, le troisième épisode de cette série humoristique. Contrairement au premier film, qui se moquait allègrement de certaines conventions des films d’espionnage, ce dernier épisode se complaît dans un humour de plus en plus scatologique. Malgré le titre parodique, Goldmember n’a plus grand-chose à dire sur les films – à part ceux de la série Austin Powers. Les mêmes gags de goût douteux se répètent maintes fois sans innovation, certains personnages n’apportent rien de drôle au film et le tout se complaît dans un infantilisme insupportable. On ne notera qu’une séquence d’ouverture inventive – parodiant les blockbusters de type Mission: Impossible – comme l’un des seuls moments sauvant Goldmember du désintérêt plus profond. Même la séquence disco-blacksploitation tombe à plat, surtout après une réussite comme Undercover Brother plus tôt cette année. Rien à voir ici pour les lecteurs d’Alibis !

 [Couverture] Une autre comédie d’espionnage réussit nettement mieux. Spy Kids 2 : The Island Of Lost Dreams est une de ces raretés, une suite tout aussi valable que le film original. Bien que destinée à un jeune public, la série Spy Kids comporte suffisamment d’action, d’humour et d’effets spéciaux pour plaire à toute la famille. Il s’agit d’un univers fantaisiste où des enfants peuvent accompagner leurs parents espions en missions dangereuses et où la fillette du président des États-Unis semble avoir autant de pouvoir que son père. Dynamique, ingénieux, inoffensif et amusant, on ne peut en demander beaucoup plus d’un film pour jeunes.

Mais Spy Kids 2 mérite également le détour pour les amateurs de films d’espionnage de par ses clins d’œil à certains clichés à la Bond : « An agent is only as good as his gadgets ! » lance un des personnages techno-fétichistes du film et, évidemment, les protagonistes devront éventuellement apprendre à se débrouiller dans un environnement où tous les bidules électroniques sont inactifs. Le film s’amuse également à parodier ces combats d’arts martiaux interminables par une séquence ou les deux adversaires ont été entraînés à la même école et utilisent donc exactement les mêmes techniques… et que dire de cette soirée mondaine bourrée d’espions (et de leurs enfants) au début du film ?

Le tout est écrit, produit et réalisé de façon fort dynamique par Robert Rodriguez, qui supervise également le montage sonore et les effets spéciaux. Les cinéphiles au penchant plus technique admireront sans doute l’économie des moyens qui a permis à Rodriguez de livrer un film d’une facture visuelle impressionnante avec un budget relativement petit. Le tout est filmé en vidéo digitale, mais bien malin sera celui qui y verra une différence avec des moyens plus traditionnels. Bref, il est difficile de ne pas admirer Spy Kids 2, que ce soit au niveau des techniques employées, des valeurs véhiculées par le film ou, tout simplement, du pur plaisir du spectateur. Un choix idéal pour toute la famille.

En revanche, XXX vise carrément le segment adolescent de la population. Inspiré par une fausse attitude « rebelle » plutôt ridicule et appuyé par une bande sonore techno-rock, XXX se flatte explicitement d’être un James Bond pour une nouvelle génération. C’est une comparaison évidente dès la première séquence, où un agent fort raffiné ne peut composer avec le désordre d’une prestation du groupe rock Rammstein. La NSA, raisonnant qu’il faut combattre des anarchistes par des semblables, cherche alors à recruter certains des meilleurs criminels américains. Au bout d’un entraînement particulièrement violent, le seul gradué est Xander Cage – alias Triple-X – incarné par le formidable Vin Diesel. Alors que Bond est suave, raffiné et professionnel, Cage est tout muscle et tout audace ; il utilise sa connaissance des « sports extrêmes » pour se tirer d’affaire, se taille un chemin à travers les situations difficiles en bluffant et réussit un peu malgré lui à accomplir sa mission.

Cependant, il est amusant de noter qu’une fois passé l’attitude mauvais garçon, XXX n’est rien de plus qu’un clone narratif de Bond. La structure dramatique est identique, y compris la jolie fille, l’assistant technique, l’infiltration de la forteresse ennemie, le combat avec le vilain et l’enjeu de dernière minute. Tout est très familier malgré les airs que se donne un scénario somme toute très ordinaire. Vin Diesel est heureusement assez prenant dans un rôle qui repose entièrement sur sa présence imposante, parce que le dialogue qu’il doit livrer est généralement sans saveur. Même si on les sait améliorées par ordinateur, les cascades réussissent à impressionner davantage que tout ce que l’on a vu récemment chez Bond. Seul l’avenir nous dira si ce film peut devenir une « franchise » durable… mais il faudra alors qu’elle se démarque un peu plus de ce que Bond peut accomplir.

Bientôt au programme

La tendance dérivative d’Hollywood se poursuivra au prochain trimestre. En vedette de la prochaine édition de Camera oscura : Die Another Day, le prochain épisode de la légendaire série James Bond. Aussi au programme : une adaptation d’une série télévisée (I Spy) deux remakes (The Truth About Charlie et Red Dragon, ce dernier étant à la fois une adaptation du livre de Thomas Harris et un film s’intégrant à la série The Silence Of The Lambs et Hannibal) et au moins un film inspiré par des faits réels (City By The Sea). Heureusement, quelques scénarios plus originaux seront aussi à l’affiche, qu’il s’agisse de Balistic : Ecks Vs Sever, Formula 51, Knockaround Guys, Dark Blue, Trapped ou de Phone Booth. D’ici là, bon cinéma !

Christian Sauvé est informaticien et travaille dans la région d’Ottawa. Sa fascination pour le cinéma et son penchant pour la discussion lui fournissent tous les outils nécessaires pour la rédaction de cette chronique. Son site personnel se trouve au http://www.christian-sauve.com/

Mise à jour: Septembre 2002

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