Camera Oscura 31

Christian Sauvé

Exclusif au volet en ligne (Adobe Acrobat, 1.33Mo) d’Alibis 31, Été 2009

Petit printemps pour le polar alors que s’activait déjà la machine hollywoodienne à grand déploiement. Dès que les neiges de l’hiver ont disparu, le trimestre a semblé appartenir aux robots favoris de notre revue-sœur Solaris… et la récolte de films à suspense n’a pas été abondante. Ceci dit, il y a quand même des films à signaler durant le dernier trimestre, dont quelques réussites modestes et une poignée d’échecs intéressants. Voyons donc à quoi ressemblaient les choses en ce début d’été hâtif.

Attention : danger moral

 [Couverture] Après avoir été empoisonné, mitraillé, électrocuté et jeté hors d’un hélicoptère dans Crank, l’indestructible Chris Chelios (Jason Statham, toujours aussi solide) est de retour dans Crank 2 : High Voltage [Crinqué 2 : Sous haute tension]. Ramassé à la spatule par des mafieux asiatiques, Chelios se réveille quelques semaines plus tard sur une table d’opération, apparemment transformé en donneur d’organes involontaire. Il s’évade avant qu’on lui prélève sa virilité, mais pas avant d’avoir pu constater que son cœur a été remplacé par une pompe électrique. Dévalant de nouveau les rues de Los Angeles, il doit à la fois se recharger pour se garder en vie et trouver qui lui a subtilisé une partie de lui-même… avant de manquer de courant.

Rien dans Crank 2 n’est supposé faire partie du registre de la réalité. Même une fois l’invraisemblable prémisse pardonnée, les concepteurs Neveldine/Taylor ne se refusent aucune énormité en cours de route. Chelios subit une quantité phénoménale de sévices corporels tout en gardant l’étoffe d’un héros d’action. La cohésion du film est tellement accidentée qu’une prostituée chinoise folle, un transgenre mexicain et une tête décapitée font tous partie des épreuves qu’il doit affronter. Et ceux qui avaient admiré le côté délirant des acrobaties amoureuses de Chelios et de sa douce dans le premier film seront peut-être impressionnés d’apprendre que cette suite tente de doubler la mise… en pleine piste de course de chevaux.

Ce qui est un peu plus surprenant, c’est que cette intention sans limite d’épater le public est accompagnée d’une esthétique expérimentale. À n’importe quel moment, Crank 2 échappe aux limites du réalisme pour se jeter dans un impressionnisme débridé. Un affrontement attendu entre Chelios et sa proie devient un combat entre monstres géants à la Godzilla, un survol des influences formatives du héros prend la forme d’un talk-show alors que la finale fait presque littéralement fondre la pellicule. À sa manière, Crank 2 s’approche du film d’auteur… ce à quoi on ne s’attend tout de même pas de la part d’un petit thriller d’action à budget modeste.

Il peut être utile de savoir que Crank 2 est un des premiers films d’action hollywoodiens entièrement tourné à l’aide de caméras numériques disponibles pour les quidams, simplifiant considérablement les mécaniques et coûts du tournage tout en permettant aux cinéastes de laisser libre cours à leur imagination. Cependant, il y a lieu de se demander si cet imaginaire vaut la peine d’être exploré. Crank 2 a un côté grotesque impossible à gober sans arrière-goût : les personnages du film ne sont pas tant des humains que des marionnettes de chair prêtes à être torturées. Une scène particulièrement violente montre la poitrine siliconée d’une danseuse exotique se dégonflant après une balle bien placée… le genre de gag douteux que l’on ne voudra pas nécessairement revoir ou encourager. Malgré l’appel à la « comédie », rares seront ceux qui pourront apprécier Crank 2 sans un sentiment d’inconfort – et le pressentiment sinistre qu’en accueillant des séries telles que Saw et Crank, le cinéma se dirige irrémédiablement vers des divertissements de plus en plus moralement désaxés.

Bref, un film inconséquent à ne pas voir à la légère.

Histoires familières mal racontées

Personne ne reniera le désir des jeunes générations de voir des histoires de leur temps. Si Fatal Attraction compte déjà deux décennies, pourquoi bouder le plaisir d’une remise à neuf mettant en vedette de jeunes et jolis acteurs ? Il n’y a rien de mal à raconter une histoire familière à nouveau… en autant qu’une certaine compétence reste au rendez-vous.

 [Couverture] Les qualités superficielles sont certainement au rendez-vous lors des premières minutes d’Obsessed [Obsédée], thriller domestique où (histoire connue) un homme marié doit composer avec les actes de plus en plus détraqués d’une autre femme. Dans ce cas-ci, c’est au tour d’Idris Elba de tenir le rôle du mari pourchassé, et ce, même si c’est la nettement plus célèbre Ali Moore (Heroes) qui joue la tentatrice et l’encore plus célèbre Beyonce Knowles qui incarne le rôle de la femme trompée. Le couple menacé vit, dès le générique, un train de vie hollywoodien quasi parfait : la grande maison fraîchement achetée (avec vices de construction éventuellement très utiles), le tout nouveau poupon, le bon emploi pour le père de famille et la bonne santé pour tout le monde. Un des seuls traits intrigants du film est que le mari est un coureur de jupons récemment rangé, et que sa femme est nulle autre qu’une de ses anciennes secrétaires. Et voilà qu’une nouvelle assistante intérimaire commence à travailler pour lui…

Le reste est d’une prévisibilité navrante, rendue encore plus exaspérante par le refus du scénario d’entrer dans le vif des détails ou bien de ternir ses protagonistes. Notre héros ne succombe pas vraiment à la tentation ; il est manipulé à l’aide d’une intoxication involontaire. Ses faiblesses passées ne font qu’entacher sa réputation au lieu d’influencer ses actions durant le film. La femme trompée est parfaite, alors que la tentatrice n’a aucune profondeur psychologique autre que d’agir en parfaite psychopathe. À deux reprises, une crise imminente est évitée par des agissements imprévisibles et rapportés par une tierce personne : la menace disparaît avant de faire trop de dégâts. C’est ce refus d’aller au fond des enjeux qui fait d’Obsessed un film si ordinaire pendant presque toute sa durée. La prémisse est tellement familière qu’il n’y a aucune impression de menace, de danger… ou même d’intérêt.

Mais attention : Obsessed se dirige tout droit vers l’oubli instantané lorsqu’un revirement tardif et inusité vient capter l’attention ! Car c’est au troisième acte que le supposé protagoniste est complètement mis de côté et que l’intrigue continue d’avancer entre les deux femmes qui se partagent alors la tête d’affiche du film. Faisant fi des conventions ou même des principes d’une bonne histoire bien racontée, Obsessed met soudainement le poids de l’héroïsme sur un personnage jusque-là secondaire, changement de cap si délibéré (le héros est, pendant ce temps, pris en pleine circulation dans son SUV) qu’il laisse soupçonner le poids d’une influence extérieure sur le scénario. Pourquoi la diva Beyonce Knowles se contenterait-elle d’un rôle secondaire de femme trompée si elle peut prendre le contrôle de l’action et résoudre la situation elle-même ?

Le hic, évidemment, c’est que tout cela ne fait pas d’Obsessed un film réussi ou satisfaisant. C’est plutôt un résultat nettement plus remarquable pour ses échecs inusités que pour ses faibles succès. Le tout sera bon comme contre-exemple pour les scénaristes en herbe, mais pas vraiment pour ceux qui veulent une pièce de divertissement bien bouclée.

 [Couverture] Devant un échec si particulier, il y a de quoi être réconforté par celui, beaucoup plus conventionnel, de Fighting [Combats de rue], autre œuvre du trimestre destinée aux jeunes adultes. C’est un film qui ne sait ni quelle histoire il doit raconter, ni à quel point la réalisation d’une intrigue a un impact.

À voir la bande-annonce, on pourrait croire qu’il s’agit d’un autre film d’arts martiaux destiné aux post-ados américains. À New York, un jeune homme aux instincts de bagarreur (Channing Tatum) est pris sous l’aile d’un promoteur (Terrence Howard) qui voit en lui une façon de faire beaucoup d’argent et de rehausser sa minable réputation. Quelques combats à main nue suivent, laissant au jeune héros le soin de démontrer qu’il peut casser la gueule de n’importe qui sur demande. Des complications romantiques et dramatiques s’ensuivent.

Comme prétexte pour un film d’action, on aura vu pire. Malheureusement, Fighting n’est pas vraiment intéressé à devenir un film d’action. Tout finit par tourner autour de la misère d’être un hustler new-yorkais au bout du rouleau. Alors que le film s’embourbe dans des développements dramatiques laborieux entre le protagoniste, son gérant malmené et une jolie mère célibataire, les scènes de combat sont ordinaires et réalisées sans aucun intérêt particulier. Le jeune protagoniste aurait pu être un chanteur ou un joueur d’échecs plutôt qu’un combattant sans que cela ne fasse aucune différence dans la façon de raconter le reste du film.

Le résultat tombe à plat. Comme drame, c’est à la fois interminable et prévisible. Comme film d’action, il n’y a manifestement pas assez de matériel à se mettre sous la dent. Les comparaisons avec certains films classiques de Jackie Chan sont instructives seulement pour démontrer comment action bien tournée et comédie gentille peuvent compenser une prémisse simpliste… Tel que présenté à l’écran, cependant, Fighting est flasque et dépourvu d’énergie : le portrait de ses personnages, à commencer par une autre performance agaçante de Terrence Howard, est plus pitoyable que triomphant. En matière de drames new-yorkais pour adolescents, on a vu nettement mieux, et ce, assez récemment : The Wackness, par exemple, avait un charme mi-amer plus réussi et ne trompait pas les attentes de son public en lui promettant des combats à coups de poing. Peut-être que, effectivement, Fighting aurait été un film plus satisfaisant s’il avait mis en vedette un joueur d’échecs…

Passons aux choses sérieuses

Oubliant momentanément le poids démographique des cinéphiles adolescents, le cinéma hollywoodien a tout de même réservé deux offrandes ambitieuses aux cinéphiles adultes en ce printemps 2009. Deux adaptations généralement menées de façon compétente, mettant en vedette certains des meilleurs acteurs œuvrant présentement dans ce milieu. Qui aurait cru une telle moisson possible ?

 [Couverture] Le plus connu des deux, Angels & Demons [Anges et Démons], est évidemment l’adaptation du livre à succès de Dan Brown. Ce premier volume des aventures de Robert Langdon étant devenu au grand écran une suite au Da Vinci Code, il y a une tension supplémentaire assez amusante lorsque le symbologiste américain est appelé d’urgence par le Vatican. Car la pagaille règne à Rome : la tenue d’un conclave pour élire un nouveau pape ne suffisant pas, voilà que des terroristes ont laissé traîner une bombe d’antimatière quelque part sous la ville. Non seulement menacent-ils de vaporiser le Saint-Siège, mais ils comptent entre-temps tuer des otages importants. Accompagné d’une jolie physicienne italienne qui sait tout sur l’antimatière mais se contente habituellement de fournir des détails historiques sur l’histoire romaine, Langdon part donc à la recherche d’indices dans une course qui l’amène finalement à traverser tout Rome à quelques reprises.

Ceux qui se souviennent bien du roman seront surpris de voir une succession de changements plus ou moins importants adoucir l’aspect parfois rocambolesque de l’œuvre d’origine. Le thème « science contre religion » est mené avec moins de conviction, et le scénariste Akiva Goldman a substantiellement modifié la nature de la conclusion délirante de Brown. Si le résultat est une adaptation beaucoup moins difficile à gober, c’est également un film qui prend moins de risques et récolte ainsi moins de dividendes que le roman original.

À ces carences s’ajoutent des écueils d’adaptation un peu moins évidents. Si l’un des charmes du roman de Brown était l’accumulation hallucinante de détails historiques et techniques au sujet de Rome, de la fraternité des Illuminatis, des rituels catholiques et autres sujets ésotériques, cette même accumulation de détails semble ridicule au grand écran : les personnages expliquent les énigmes et se récitent des faits sur un ton grave qui rehausse l’impression qu’ils sont les seuls à être véritablement intéressés par ces détails. Si le lecteur avait l’impression d’apprendre quelque chose, voire même de participer à la déduction, le spectateur, lui, se contente d’assister aux échanges sans se sentir personnellement impliqué.

Ceci dit, le travail de Ron Howard et compagnie comporte tout de même plusieurs éléments appréciables : les ambigrammes étonnants de John Langdon sont brièvement aperçus dans le film ; Tom Hanks y joue un héros beaucoup plus actif que dans The Da Vinci Code ; et la cinématographie somptueuse est à la hauteur de ce que l’on attend d’un film se déroulant à Rome. De manière plus surprenante, on constatera que le protagoniste émerge de l’intrigue tout aussi peu convaincu de la religion qu’au début : une rareté dans un univers mainstream américain où la tendance penche plutôt du côté croyant.

Mais en tant que film à suspense, Angels & Demon reste souvent plus inerte qu’il ne devrait l’être. Trop long et généralement sans verve, c’est un film qui livre la marchandise de justesse, et ce sans les particularités les plus insolites de son œuvre d’origine. Reste que c’est un film un peu plus réussi que The Da Vinci Code

 [Couverture] On sortira légèrement plus satisfait de State of Play [Jeux de pouvoir], un film qui réussit à adapter une minisérie politique de la BBC en un film indéniablement situé à Washington. Les thrillers politiques américains sont déjà assez rares : ce qui rehausse le profil de celui-ci est l’interaction complexe de la politique et des journalistes qui sont au centre de l’intrigue. C’est un vétéran de la presse écrite (joué par un Russell Crowe au charme blasé) qui tient le beau rôle, enquêtant sur un meurtre insolite qui finit par être relié à son ami représentant au Congrès. Rapidement, la sombre histoire semble happer dans son sillage le suicide d’une assistante du politicien et des machinations reliées aux armées mercenaires de plus en plus employées par le gouvernement américain.

Comme si ce n’était pas suffisant, State of Play nous plonge également dans une réalité où les reportages en profondeur, coûteux, sont délaissés au profit des blogues, plus rapides et superficiels. C’est ainsi que notre journaliste vétéran est forcé de faire équipe avec une jeune blogueuse qui en apprendra énormément, surtout lorsque commencent à pleuvoir les coups de feu… et que les renversements se succèdent.

Pendant presque toute sa durée, State of Play est un thriller politique admirable ; une pièce bien réfléchie, bourrée de questions d’actualité brûlantes. Le travail de journaliste d’enquête a rarement été aussi bien présenté au grand écran depuis des années, et le réalisateur Kevin Macdonald sait comment doser ses ingrédients.

Hélas, le scénario prend des risques un peu plus surprenants en fin de course et se termine par un retournement qui, bien que rehaussant les thèmes centraux du film, nous laisse avec plus de questions et moins d’admiration que si le tout s’était terminé quelques moments plus tôt. On aura beau admirer la confrontation ultime, bien personnelle, entre les liens amicaux et l’éthique journalistique, les éléments de la finale tirent par les cheveux une intrigue jusque-là généralement plausible… et c’est sans compter la contamination par association de certains idéaux précédemment présentés avec vigueur.

Ceci dit, tous ne seront pas aussi sensibles à cette finale décevante et il faut bien avouer que State of Play demeure un rare exemple de thriller adulte, réfléchi et prenant, dans un marais de films beaucoup plus frustrants. Peu importe ce que l’on pensera de sa fin, l’essentiel de l’expérience est réussi.

Duels d’acteurs ; victime : le public

Avec les talents et moyens à la disposition d’Hollywood, quoi de plus frustrant qu’un film qui semble profiter de tous les atouts et qui ne réussit tout de même pas à correspondre aux attentes ? En cette ère d’acteurs compétents, d’effets spéciaux impeccables et de budgets faramineux, il est encore surprenant de voir des projets échouer sur des écueils pourtant parfaitement prévisibles.

 [Couverture] Prenons, par exemple, le remake The Taking of Pelham 123 [Pelham 123 : L’ultime station], un thriller new-yorkais s’intéressant particulièrement au système de transit souterrain de la ville. Comme dans l’œuvre d’origine, les passagers d’un wagon de métro sont pris en otage par un criminel connaissant bien le système. Puis, une bonne partie du reste de l’intrigue est un enchaînement de conversations entre le criminel et un employé de la ville de New York.

Légère différence dans cette mouture 2009, le représentant de la ville est un contrôleur (Denzel Washington, étonnamment bedonnant) qui, à quelques soupçons près, incarne le parfait quidam plongé en pleine aventure. De l’autre côté du micro se trouve un criminel beau parleur (John Travolta à la barbiche diabolique) qui semble tout aussi intéressé par les répercussions financières de ses actions que par la rançon demandée pour ses otages. Diverses autres mises à jour nous rappellent de temps en temps qu’il ne s’agit pas du film original de 1974 ou du téléfilm de 1998 : Internet sans fil est omniprésent, on ne peut manquer l’atmosphère new-yorkaise post-9/11, ni les clins d’œil à l’actualité politique récente.

Entre les mains de Tony Scott, un réalisateur qui avait frôlé la folie cinématographique avec Domino, il y avait de quoi s’attendre à un charabia frénétique. Mais après un générique d’ouverture caféiné, l’essentiel du film s’avère assez bien contrôlé. Mis à part des interludes saccadés présentant le transport à haute vitesse de la rançon à travers les rues bondées de la métropole, Scott garde un bon contrôle sur sa caméra et alterne bien entre la claustrophobie du wagon de métro pris en otage et l’incertitude de ceux chargés de résoudre la situation. Le tout avance de manière satisfaisante, et le scénario n’est pas trop bête malgré une empathie bien mince envers les passagers pris en otage.

C’est malheureusement le troisième acte qui finit par gâcher le plaisir modeste de The Taking of Pelham 123 : une fois sorti des tunnels souterrains de New York, le film perd perceptiblement de son intérêt et ne sait que faire avec son protagoniste. Les ficelles de l’intrigue sont maladroitement bouclées (l’aspect financier du plan semble bien improbable dès que sont révélés chiffres et commodités), alors que le face-à-face entre les deux têtes d’affiche devient de plus en plus forcé. Même dans la tradition sanguinaire du thriller hollywoodien où le vilain subit ce qu’il mérite, la conclusion du film paraît excessivement violente et entache l’image d’un protagoniste jusque-là bien ordinaire et sympathique. Fausse note à la fin d’une pièce pourtant potable : pourquoi faut-il qu’une production professionnelle se termine d’une façon tellement amateur ?

 [Couverture] Mais cette déception ultime est peut-être préférable à celle d’une production qui ne réussit jamais à décoller avec des éléments pourtant prometteurs. Nul besoin d’être un féru des films de gangsters classiques pour s’intéresser à Public Enemies [Ennemis publics]. Quoi de mieux qu’un mélange de Chicago au milieu des années 1930, d’un criminel de la trempe de John Dillinger, d’une représentation du FBI à ses débuts héroïques et d’une jolie moll (jouée par nulle autre que Marion Cotillard) dans un autre titre signé par Michael Mann ?

Tant de possibilités, et pourtant… le film refuse sans cesse d’accélérer. La faute revient à un scénario sans flair qui ne réussit pas à happer les spectateurs dans la réalité du Chicago de 1933-1934. Les belles années du braqueur de banques Dillinger sont racontées avec un manque étonnant de cohésion, créant un sentiment non seulement de confusion, mais d’authentique ennui. Avec un titre comme Public Enemies, on aurait pu s’attendre à un affrontement entre le bien et le mal tels qu’incarnés par criminel et agent du FBI, mais ni Johnny Depp en Dillinger ni Christian Bale en agent du FBI Melvin Purvis n’atteignent l’intensité des rôles qui ont fait leurs renommées.

D’autres développements moins réussis s’enchaînent au fil des longues minutes. On insiste assez longtemps sur l’aspect romantique de la vie de Dillinger, interrompant ainsi l’élan du film pour ce faire. Le FBI n’y est pas toujours bien représenté (on y voit les premières heures de l’écoute électronique, mais surtout des scènes d’interrogation tournant à la torture) alors que le scénario ne fait qu’effleurer l’extraordinaire popularité de Dillinger auprès de la population de l’époque. Les historiens amateurs remarqueront une adhérence bien variable aux véritables faits de la carrière de Dillinger, et plus particulièrement au sort de ses complices.

Mais, au-delà du scénario moribond, c’est sans doute la réalisation maladroite de Michael Mann qui finit par saper le plaisir du film. Comme Collateral et Miami Vice, Public Enemies est tourné en caméra numérique, mais l’approche naturaliste privilégiée n’impressionne guère. La caméra à l’épaule sautillante est constamment utilisée sans raison, et l’éclairage manque cruellement à plusieurs plans qui tombent dans l’obscurité accidentelle. À l’occasion, le film devient même laid à regarder : une fusillade nocturne semble avoir été tournée et présentée en vidéo amateur, un choix qui n’ajoute rien au film tout en faisant décrocher le spectateur sensible à ce genre de choses. Mann, peut-être plus intéressé par l’exploration des jouets cinématographiques à sa disposition, ne semble pas préoccupé par le scénario ou les personnages esquissés par celui-ci. Est-ce un accident si ses films sont de moins en moins intéressants depuis son adoption de la technologie numérique au cours de Collateral ?

Car le crime numéro un de Public Enemies, c’est bien de ne pas réussir à embarquer les spectateurs dans son atmosphère. Interminable (presque deux heures trente), c’est un film apparemment déterminé à ne pas exploiter tous les éléments à sa disposition. On s’y ennuie, et c’est là une offense impardonnable, nettement plus grave qu’un film se terminant en queue de poisson.

Bientôt à l’affiche

Été oblige, le calendrier des parutions prévues pour le polar est bien mince. Personne ne s’imagine, par exemple, que G.I. Joe sera plus qu’un film d’action à grand déploiement ! Néanmoins, quelques lueurs d’espoir persistent. Le retour de Quentin Tarantino au grand écran avec Inglourious Basterds est attendu malgré les critiques mitigées obtenues à Cannes. De plus, une paire de thrillers de série B promet des frissons de toutes sortes. Dans Whiteout, une détective doit pincer un tueur en série avant que ne s’installe le redoutable hiver antarctique, alors que sous les latitudes tropicales, A Perfect Getaway (du toujours intéressant réalisateur David Twohy) envoie un jeune couple d’aventuriers dans les griffes d’un autre tueur en série. En attendant une telle omniprésence de meurtriers, bon cinéma ! Mise à jour: Juillet 2009

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