Camera Oscura 30

Christian Sauvé

Exclusif au volet en ligne (Adobe Acrobat, 1.38Mo) d’Alibis 30, Printemps 2009

Les trimestres se suivent et ne se ressemblent pas : après le déluge de l’automne 2008, l’hiver 2009 fut considérablement moins mouvementé pour Camera oscura. Alors que les salles étaient saturées de drames favoris aux Oscars, d’aventures pour toute la famille ou de comédies plus ou moins romantiques, le cinéma à suspense restait discret. Mais s’il y a une consolation devant la maigre demi-douzaine de films parus durant cette sécheresse noire, c’est qu’elle était de qualité suffisante pour étancher toutes les soifs.

Les astuces des séries B

Commençons donc par le type de film de série B sans ambition autre que de satisfaire un public déjà favorable à ce genre d’œuvre. Ici, la teneur des astuces artistiques est bien différente de celle des films plus respectables : elles se concentrent dans les rouages de l’intrigue et le dosage des scènes d’action attendues. Les méninges du scénariste s’activent autrement : pourquoi simplement aller du point A au point B si une sous-intrigue terroriste peut transformer cette balade en poursuite effrénée ? Et comment faire pour tourner la séquence sans dépasser les limites du budget ? À sa manière, le cinéma d’action pur et bien fait est tout aussi exigeant pour ses concepteurs.

 [Couverture] C’est pourquoi l’art du high concept peut souvent s’avérer essentiel au cinéma d’action. Quoi de mieux qu’une prémisse qui multiplie les occasions de faire exploser les choses, peu importe son degré de probabilité ? Si les dix premières minutes de 12 Rounds [Les 12 épreuves] sont un peu lentes, attention : les fondations ont été établies pour un déroulement d’une efficacité admirable. Voulant venger la mort de son amie, un maître criminel manipule le protagoniste à travers une série de douze épreuves en pleine Nouvelle-Orléans. Si le héros réussit, sa quasi-fiancée aura la vie sauve. Sinon…

Confié au vétéran Renny Harlin (Die Hard 2, Cliffhanger), 12 Rounds s’affirme comme film d’action sans raffinement. Même le héros (interprété par John Cena, un lutteur précédemment vu dans The Marine) n’est guère plus qu’un policier musclé sans grande personnalité. Mais la véritable vedette du film est un scénario qui se concentre sur un enchaînement invraisemblable de péripéties conçues pour faire exploser les obstacles. Lorsque le héros reçoit l’ordre d’aller d’un endroit à un autre, par exemple, il doit le faire en quelques minutes à bord d’un camion de pompier particulièrement utile pour casser tout ce qui se trouve sur son chemin. Et ainsi de suite : en à peine quatre-vingt-dix minutes, il se retrouve coincé dans un ascenseur sur le point de chuter, contraint d’empêcher un tireur d’élite d’assassiner son ennemi, forcé de trouver un moyen d’arrêter un tramway roulant à toute allure, et ainsi de suite.

Les coïncidences sont trop énormes pour passer inaperçues, mais elles s’effacent devant le désir du film de nous offrir des sensations fortes. L’intrigue enchaîne les frissons, et on ne peut s’empêcher de ressentir une certaine affection pour la manière dont cinéastes et cinéphiles deviennent complices lors du visionnement d’un film à suspense, même ordinaire. Non, 12 Rounds ne passera certainement pas à l’histoire – le film n’est pas particulièrement mémorable. Harlin a beau savoir ce qu’il fait en réalisant ici son film le plus réussi depuis Deep Blue Sea, ses images ne rivalisent pas avec le travail de certains réalisateurs plus doués. Mais peu importe : 12 Rounds est conçu pour satisfaire un besoin bien précis, et ce ne sont pas les éléments invraisemblables du scénario qui vont déplaire outre mesure à son public-cible.

 [Couverture] Le même constat s’applique à Fast & Furious [Rapides et Dangereux], quatrième volume d’une série franchement conçue pour livrer de l’action automobile à des spectateurs vendus d’avance. Si la série avait précédemment tenté de se renouveler en changeant d’atmosphère à chaque film (de Los Angeles à Miami à Tokyo), ce quatrième volet revient à Los Angeles et renoue avec le quatuor d’acteurs autour duquel tournait le premier film. La réunion n’est qu’éphémère, cependant, un des personnages étant rapidement assassiné pour fournir aux survivants l’excuse de s’impliquer à nouveau dans le monde rapide et dangereux de la pègre locale.

Notre conducteur-héros (Vin Diesel) ravive donc sa rivalité avec un agent infiltrateur du FBI (Paul Walker) et ni l’un ni l’autre ne perdent une occasion de renouer avec les bolides. Ce qui donne de nouveau au public la possibilité de se rincer l’œil avec des automobiles soigneusement modifiées pour l’apparence et la vitesse.

Fast & Furious ne multiplie pas les scènes de course, mais celles-ci sont enchâssées à l’intérieur d’un scénario conçu pour célébrer la culture automobile, une attitude qui, beaucoup plus que les courses, demeure ce que recherchent les fidèles de la série.

De là à dire que les outils critiques habituels sont inutiles pour évaluer l’efficacité du film, il n’y a qu’un pas. Il est plus juste de faire remarquer que, contrairement à Tokyo Drift (du même réalisateur), Fast & Furious offre bien peu de nouveau matériel à se mettre sous la dent et ne réussit pas à atteindre le joyeux mélange multiculturel qu’offrait le troisième volet de la série. Le tout, effectivement, donne l’impression d’un plat un peu réchauffé : mis à part l’exaltante séquence d’ouverture, les cascades du film ont un air convenu, et les scènes d’action réduites laissent un vide difficile à combler.

Mais peu importe : les adeptes auront eu leur lot de machines rutilantes, de collisions, de courses effrénées et de fétichisme automobile. Si Fast & Furious ne passera pas non plus à l’histoire, il atteint ses objectifs de façon beaucoup plus sûre que la majorité des films soi-disant plus respectables. Et là se trouve l’ultime astuce des films de série B compétents.

Simple, direct et sans pitié

 [Couverture] Au-delà des films de série B généralement bien menés, il faut également reconnaître l’existence d’exemples nettement plus réussis que d’autres. C’est ainsi que Taken [L’Enlèvement], film de routine pour une major, réunit une bonne partie des ingrédients nécessaires à un série B de cote supérieure. Sans prétendre qu’il deviendra un classique, il n’en demeure pas moins que dans son sous-genre précis, c’est un des succès les plus indéniables des dernières années.

L’intrigue est bête à en rouler des yeux : le père d’une jeune femme kidnappée traque les responsables de l’enlèvement, dans l’espoir de la retrouver et de faire payer ceux qui ont osé s’attaquer à elle. Les deux seules complications qui sortent de l’ordinaire sont simples, mais riches en conséquences. De un, le père (un formidable Liam Neeson) est un ancien agent des services secrets américains, tout à fait apte à traquer et à faire souffrir sa proie. De deux, la jeune femme est kidnappée durant un voyage à Paris, loin de sa résidence à Los Angeles. Notre protagoniste aura donc à se débrouiller en territoire peu familier, alors que même ceux qui sont supposés être ses alliés sur place ne s’avèrent pas complètement fiables…

La première surprise du film est le scénario de Luc Besson et Robert Mark Kamen, simple mais mené avec une telle assurance qu’il est difficile de croire qu’il provient de la même paire qui a rédigé l’abominable Transporter 3. On reconnaît, certes, la main lourde de Besson : non content de faire enlever une jeune femme américaine, il fait de ses kidnappeurs des agents pour un réseau de traite des blanches desservant de riches clients étrangers. On doit aussi constater que les forces policières parisiennes du film souffrent d’une inefficacité qui découle directement de leur corruption.

Personne ne doutera que le héros retrouvera sa fille et liquidera ses ennemis. Mais la façon dont ces objectifs sont accomplis est ce qui distingue ce film de tant d’efforts plus ordinaires. Le scénario s’attarde aux détails procéduraux de la traque du héros, qui allie haute technologie et basse brutalité pour progresser. Dans un film de cette nature, il est bon de souligner qu’une scène conserve le pouvoir de choquer, celle au cours de laquelle le héros n’hésite pas à blesser une innocente pour faire parler son mari véreux. Mais la réalisation efficace de Pierre Morel (à qui on doit également Banlieue 13) est à l’égal du scénario, direct et sans pitié. Certains aspects auraient pu être améliorés (les poursuites automobiles sont nettement moins impressionnantes que les combats corps à corps, par exemple), mais Taken fait belle figure au royaume du film de série B.

On cherchera en vain les leçons morales ou les mérites artistiques du film. Malgré le poids dramatique d’un Liam Neeson aux antipodes de ses rôles habituels, Taken n’est pas voué aux Oscars ou même au respect des critiques hors genre. C’est plutôt une variation familière sur un thème qui a inspiré une multitude de films à la Death Wish. Même les éléments les plus ridicules du film rehaussent une logique propre au genre cinématographique qui veut que le héros doive prendre la justice en main. Les films de cet acabit ont toujours été des plaisirs coupables pour les amateurs de cinéma noir, et celui-ci est d’une rare efficacité.

Sympathie pour les nazis

La popularité cinématographique continue de la Deuxième Guerre mondiale tire ses racines de plusieurs sources. Réassurance morale d’une « guerre juste », détachement historique toujours accessible ou magnitude d’un conflit global : peu importent les raisons, cette époque continue de servir de toile de fond à une multiplicité d’histoires. Deux exemples supplémentaires de cette tendance lourde sont apparus au cours du dernier trimestre 2009, deux œuvres de réalisateurs d’expérience, basées sur d’authentiques événements historiques méconnus de la deuxième grande guerre.

 [Couverture] Le plus conventionnel des deux est sans doute Defiance [Rébellion] qui raconte comment, de 1942 à 1944, trois frères ont réussi à faire en sorte que 1200 juifs échappent à la captivité nazie en les terrant dans un camp caché au fond d’une forêt polonaise. Le film présente fort bien la situation difficile de l’époque et aborde les compromis moraux nécessaires à la survie du groupe. Les « partisans Bielski » n’étaient pas des anges : leur expertise était directement inspirée de leurs activités de petits brigands, et les alliances qu’ils ont formées avec d’autres groupes, y compris des partisans russes luttant contre des forces polonaises contrôlées par les nazis, n’étaient pas sans compliquer la situation.

Mais le réalisateur Edward Zwick est à la recherche d’un film triomphant, et c’est ce qu’il obtient malgré tout. La finale est cependant de moins en moins crédible lorsqu’elle fait affronter partisans et chars d’assaut nazi, mais peu importe : le titre même de l’œuvre, Defiance, vise à montrer que le lot des juifs polonais durant l’holocauste n’était pas seulement de subir et de périr. Le film oscille entre combats et robinsonnade à grande échelle : comment assurer la création d’une société aussi autosuffisante que possible au milieu d’une forêt ? Comment protéger une population immobile de civils contre un ennemi qui a tous les avantages ? La cinématographie en vert et brun situe le spectateur en pleine nature impitoyable, surtout quand le vert tourne au blanc hivernal. Maladie et malnutrition ne sont jamais trop loin, et c’est sans compter les ennemis armés qui tournent autour du camp.

Jouant le rôle du frère aîné Tuvia Bielski, Daniel Craig a fort à faire pour combiner les facettes d’un personnage qui agit comme meneur, négociateur, combattant, aimant ou rebelle. Le résultat est à la mesure de l’acteur qui, avant de devenir James Bond, avait laissé une telle impression dans Munich et Layer Cake. Le film en général ne s’en tire pas toujours aussi bien. Si Defiance évite une bonne partie des écueils qui auraient pu faire échouer un tel projet, il n’en devient pas pour autant un film particulièrement fluide ou prenant. Souvent, l’aspect déplaisant de la survie des héros est rendu intégralement, et les longueurs finissent par agacer… surtout lorsqu’elles portent sur des personnages secondaires dont l’existence ne sert qu’à cocher les cases du scénario. Avec une feuille de route qui comporte Glory et The Last Samurai, Zwick est un habitué des films à grand déploiement, mais sa volonté de toujours faire grandiose fait souvent que ses œuvres apparaissent moins agréables qu’elles ne devraient l’être.

Néanmoins, le scénario trace tout de même un chemin étroit entre le sentimentalisme et la véracité historique à tout prix : le résultat, tout compte fait, est un film respectable, voire même instructif. L’histoire des frères Bielski est d’un tel naturel cinématographique qu’il est surprenant de voir qu’elle a tardé à être portée à l’écran. Comme quoi il reste encore beaucoup de facettes de la deuxième grande guerre à explorer.

 [Couverture] Valkyrie [vf] s’attaque à une autre de ces facettes : dans la plupart des manuels d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, les complots allemands visant à tuer Hitler ne se méritent guère plus que quelques lignes, la plupart d’entre elles au sujet du « Complot du 20 juillet » qui, en 1944, a réussi à placer une bombe dans une salle de réunion où se trouvaient Hitler et une partie de son état-major. Accident du sort, la bombe tua quatre personnes mais laissa Hitler relativement indemne. Par contre, l’explosion n’était que le premier coup d’une authentique tentative de renverser le gouvernement nazi. À l’aide de plans de contingences qui visaient à préserver la chaîne de commandement en cas d’urgence, les conspirateurs ont eu quelques heures pendant lesquelles ils ont tenté de prendre le contrôle des institutions berlinoises. La tentative a échoué moins de huit heures après l’attentat et des centaines de personnes furent exécutées durant les purges qui ont suivi le coup d’état avorté.

C’est cette histoire complexe que Brian Singer (The Usual Suspects, Apt Pupil) tente de raconter avec Valkyrie. Une commande de taille, étant donné l’ampleur du plan, les nombreuses personnes impliquées, la nature cérébrale d’une bonne partie du complot et les enjeux évidents qu’il y a à présenter une histoire où certains nazis sont moins répréhensibles que d’autres. Heureusement, Singer parvient à raccrocher la majorité de l’intrigue à la personne de Claus von Stauffenberg, le conspirateur chargé de placer la bombe près d’Hitler. Stauffenberg, raisonnablement bien interprété par Tom Cruise, devient le protagoniste autour duquel tourne le film. Des déserts d’Afrique où il se fait gravement blesser jusqu’à Berlin où il subira les conséquences de ses actes, Valkyrie suit son cheminement et ses efforts au sein de la conspiration qui vise à reprendre le contrôle du gouvernement allemand à un moment où les forces alliées contre-attaquent en Italie et en France.

L’aspect le plus impressionnant du film demeure sans doute l’intelligibilité du complot et la façon dont scénario et cinématographie collaborent pour livrer au spectateur une leçon d’histoire sans douleur. Mis à part quelques libertés dramatiques visant à adoucir le personnage de Stauffenberg ou bien à surévaluer les chances du succès du complot sans la mort d’Hitler, Valkyrie demeure étonnamment fidèle aux faits historiques, et ce, tout en livrant un film divertissant. Un ensemble impressionnant d’acteurs anglophones et allemands vient renforcer la crédibilité du film. (Ceux qui auront vu d’autres films européens récents au sujet de la Deuxième Guerre mondiale, tels Zwartboek et Der Untergang, reconnaîtront au passage quelques visages familiers.)

Bref, Valkyrie finit par remporter un pari risqué : celui de livrer un film à la fois éducatif et intéressant au sujet d’un pan d’histoire rarement mis en lumière. Même si l’on sait dès le départ l’issue du complot, le film réussit à offrir un suspense satisfaisant et ne se laisse pas submerger par les détails procéduraux.

De quoi satisfaire même les plus exigeants et prouver que, de temps en temps, Hollywood ne rime pas nécessairement avec fantaisie historique.

Double dose de Clive

En théorie, Camera oscura se concentre sur les films et laisse le vedettariat à d’autres. En pratique, la chronique se laisse bercer par les préférences du cinéma noir, et il est normal de constater que certains acteurs reviennent plus souvent d’une chronique à l’autre. Même si les acteurs comptent pour peu dans le processus créatif qui mène à un film en salle, le genre à suspense a ses propres exigences. N’importe quel acteur d’âge mûr avec une certaine carrure et une voix profonde peut se tailler une carrière de héros, et c’est pourquoi cette chronique mentionne fréquemment des parutions mettant en vedette des acteurs comme Jason Straham, Vin Diesel ou Bruce Willis.

Voilà pourquoi il est peu surprenant de recenser d’un coup deux films mettant en vedette Clive Owen. Depuis Croupier (1998), l’acteur britannique a su se tailler une réputation enviable, entre de belles performances dramatiques dans des films tel Closer (pour lequel il a été nominé aux Oscars), comme protagoniste de choc dans Children of Men ou bien en pur héros d’action dans Shoot’em Up, pour ne rien dire des efforts collectifs remarquables dans Gosford Park, Sin City ou Inside Man. Son air fripé à la Gregory Peck l’a progressivement amené au sommet des acteurs du moment, à tel point qu’on pouvait l’apercevoir, à l’hiver 2009, dans deux films à suspense assez différents. Entre un thriller de complot bancaire et une comédie romantique d’espionnage, Owen a été bien occupé… mais les films arrivent-ils à la hauteur de l’image qu’il projette ?

 [Couverture] Cette double prestation à quelques semaines d’intervalle dans les salles obscures est un hasard ironique. Ce qu’il faut savoir, c’est que la sortie du thriller The International [L’International] était d’abord prévue pour l’été 2008. Mais les réactions négatives à la première version du film (plus intellectuelle que dynamique, dit-on) ont encouragé les cinéastes à modifier le scénario et tourner plusieurs scènes d’action supplémentaires. Les séquelles de cette reconstruction sont toujours visibles, mais les dommages les plus importants infligés par le délai ont eu lieu ailleurs. Car le film présente une banque comme une puissance indestructible… Or, le monde a changé radicalement entre-temps ! Après six mois de nouvelles financières catastrophiques et d’innombrables banques sauvées de la faillite par l’intervention des gouvernements, The International est devenu un exercice de nostalgie instantanée. Les résultats au box-office ont été conséquents. Un tel thriller peut-il sauver les meubles en ignorant l’actualité ?

Pour ce faire, il faudrait un film plus globalement réussi que ce qui nous a finalement été présenté. Car les nouvelles scènes tournées pour rehausser le dynamisme du film contribuent sans doute aux problèmes de ton et de rythme disjoint qui l’affligent. The International a au moins le mérite de commencer efficacement là où d’autres films de complot amorcent leur deuxième acte : en plein suspense, alors que le héros (Clive Owen, comme agent d’Interpol spécialisé en crimes fiscaux) sait que la méchante IBBC (International Bank of Business and Credit, pas très loin de l’infâme Bank of Credit and Commerce International dont s’inspire le scénario) est impliquée dans la facilitation de sales petites guerres régionales. Dès les premières minutes, son partenaire est tué, sa source meurt d’un accident suspect et lui-même est débouté par des banquiers froidement efficaces. Le tout est mené avec une efficacité confiante, rehaussant l’atmosphère d’un thriller adulte.

Mais cette harmonie de ton ne dure pas. De temps en temps, le film se paie des séquences d’action sans conséquence. La pauvre Naomie Watts se fait frapper par une automobile et ne semble pas s’en porter trop mal cinq minutes plus tard. Une très longue fusillade au musée Guggenheim s’éternise, frustre de par des tactiques débiles, et se termine en queue de poisson lorsque l’enjeu de la séquence devient futile. On décèlera en ces moments moins bien réussis l’influence de changements de dernière minute, mais l’impact demeure le même : un film allant du bien au moins bien, gâchant une atmosphère réaliste par des moments plus ridicules.

C’est d’autant plus dommage que The International comprend des séquences beaucoup plus valables. Fidèle à son titre, le film parcourt le globe et nous amène de façon spectaculaire à New York, en Allemagne, en Italie et en Turquie. Owen a la gueule d’un héros, et le scénario est crédible lorsqu’il aborde certains des aspects plus subtils d’un complot contemporain. De plus, l’impression laissée par des protagonistes travaillant pour le gouvernement afin de mettre un terme à une conspiration d’intérêts privés est peut-être plus encourageante maintenant qu’il y a six mois. En fait, peut-être est-il plus réjouissant de voir un complot au sujet d’une banque au moment même où celles-ci crient à l’aide.

 [Couverture] Heureusement, l’autre occasion trimestrielle de voir Clive Owen à l’œuvre est nettement plus divertissante, et ce, même si elle est tout aussi caustique. Duplicity [Duplicité] porte sur une romance illicite entre deux espions. Owen y joue un ex-agent du MI6 aux prises avec une Julia Roberts rescapée de la CIA : officiellement, ils travaillent maintenant pour deux entreprises rivales qui se spécialisent en… produits de beauté. Mais la rumeur circule qu’une des deux compagnies s’apprête à lancer un produit révolutionnaire à partir d’une formule que plusieurs paieraient cher pour obtenir. Ce que nous découvrons au fil du film, c’est que les deux opposants ne le sont peut-être pas… à moins qu’il ne s’agisse d’un autre subterfuge pour camoufler les réelles intentions des personnages : que veulent-ils vraiment, amour ou argent ? Et comment pourront-ils en être certains ?

Mené de manière astucieuse par Tony Gilroy (mieux connu pour l’écriture et la réalisation de Michael Clayton, mais aussi scénariste de la série Bourne), Duplicity est une comédie romantique conçue avec intelligence et un bon sens de la repartie. La tension romantique entre les deux protagonistes est accentuée par une rivalité professionnelle qui, officiellement, les oblige à se mettre des bâtons dans les roues à la moindre opportunité. Les dialogues sont à la hauteur des ambitions du projet, et les scènes entre les deux protagonistes prennent rapidement l’allure d’un sport joué à toute vitesse, chacun tentant de mettre l’autre en échec malgré leur attraction mutuelle.

Parallèlement, les férus d’espionnage obtiendront un aperçu mi-ridicule, mi-crédible du monde de l’espionnage industriel, où des avantages ésotériques sont pourchassés avec une intensité et des moyens redoutables. Que l’on parle de pizza surgelée ou de lotions pour la peau, l’objectif n’est pas aussi important que les manœuvres pour obtenir ou protéger le secret. Mieux encore, le ton adopté par Gilroy semble tout à fait charmant après la lourdeur délibérée de Michael Clayton. S’il y a quelque chose à reprocher au film, c’est que sa conception en forme de secrets imbriqués prive les protagonistes et le public de certitudes. L’aspect romantique du film est limité quand personne ne sait à quel moment viendra la trahison promise. Ceci dit, Duplicity se paie le luxe rare d’une conclusion ironique qui s’apprécie avec le temps.

Ne craignez rien pour Clive Owen, qui réussit sans effort à entretenir le charme qui a assuré sa réputation. Si aucun des deux films n’a connu de vif succès au box-office, personne ne pensera à blâmer Owen, ou même à trouver une faille dans ses performances. Duplicity, en particulier, lui fournit une belle opportunité de montrer ses talents de comédien. Telle une véritable star, il n’aura aucune difficulté à dénicher des rôles intéressants à l’avenir, près ou non des intérêts de Camera oscura.

Bientôt à l’affiche

Faites vos jeux : fidèle à ses habitudes, Hollywood prépare un printemps aux cartes variées, peu importent les sous-genres à suspense qui vous intéressent le plus. Pour les accrocs à l’adrénaline, c’est le retour attendu de Jason Straham dans Crank 2 : High Voltage qui s’avère le pari le plus sûr. Si ce sont les thrillers politiques qui vous plaisent, préparez-vous aux sombres machinations washingtoniennes de State of Play. Pour ceux qui préfèrent les femmes en détresse, compatissez avec Renée Zellweger aux prises avec des parents fous dans Case 39. Si vous vous ennuyez de Fatal Attraction, dites-vous qu’un équivalent pour jeunes adultes sera bientôt disponible avec Obsessed. Pendant ce temps, la réinterprétation des années 70 continue à battre son plein avec le remake de The Taking of Pelham 123. Et il ne sera pas possible d’ignorer le retour à l’écran de Dan Brown avec l’adaptation attendue d’Angels & Demons. Les possibilités sont nombreuses, mais qu’est ce qui vaudra la peine d’être vu ?

En attendant de le savoir, bon cinéma ! Mise à jour: Avril 2009

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