Camera Oscura 28

Christian Sauvé

Exclusif au volet en ligne (Adobe Acrobat, 1 038Ko) d’Alibis 28 Automne 2008

Dans l’univers troublant du film noir, il est des certitudes sur lesquelles on peut compter. Il est indéniable, par exemple, que le cinéma à suspense sérieux disparaît dès que débutent les vacances d’été. La saison estivale est clairement consacrée aux superhéros, aux comédies légères, aux films bourrés de fantaisie et d’effets spéciaux. L’éclipse du polar durant cette période n’est pas nécessairement une mauvaise chose : si elle complique la vie des critiques de genre affairés à écrire une chronique, elle suggère également que le cinéma à suspense n’est pas conçu pour un vaste public, ce qui a des avantages plus qu’élitistes, car lorsqu’il rejoint ses adeptes, le cinéma noir est libre de se consacrer à un public mieux informé et plus difficile à séduire…

Mais il ne faudrait pas condamner l’été trop rapidement en tant que désert sans intérêt. De temps en temps, des films de superhéros brisent la barrière de genre pour livrer une expérience cinématographique du plus grand intérêt. Des tentatives de parodier le cinéma à suspense nous révèlent des aspects insoupçonnés de sa nature. Et, comme d’habitude, quelques films à profil discret réussissent à se faufiler entre les blockbusters tonitruants.

Voyons donc comment l’été 2008 n’a pas été une saison morte.

Bienvenue aux bouffons

Qui a dit qu’il fallait toujours être sérieux lorsqu’on parle de guerre, d’espionnage ou bien de géopolitique ? Un trio de comédies estivales a osé utiliser le contre-emploi pour traiter de thèmes familiers, provoquant des rires avec des sujets pourtant plus aptes à susciter les larmes.

Même si les deux films mettent en vedette des agents secrets israéliens luttant contre des terroristes, personne ne confondra You Don’t Mess With the Zohan [On ne rigole pas avec le Zohan] avec Munich. Le Zohan du premier film est une création fantaisiste du comédien Adam Sandler : efficace, surdoué, convaincu de son excellence, célébrité nationale, Zohan est également un homme pacifique avec une seule ambition, celle de s’enfuir à New York pour devenir coiffeur. Un affrontement avec un super-terroriste lui donne l’occasion de réapparaître incognito en Amérique, où il n’hésitera pas à se trouver un emploi, à faire plaisir à ses clientes âgées, à tomber amoureux d’une Palestinienne et à profiter du melting-pot américain. Le super-terroriste revient à temps pour la conclusion du film, mais lui et Zohan auront alors trouvé pire antagoniste en une union entre des rednecks et un magnat de l’immobilier.

Étrange mélange de rires et de géopolitique, You Don’t Mess With the Zohan combine l’humour peu subtil de Sandler à des tensions sorties tout droit des actualités. Les personnages ont beau tout couvrir d’humus, jouer au hacky sack avec un chat particulièrement mou, faire preuve d’une libido extraordinaire ou se fasciner pour des cheveux « soyeux comme de la soie », l’humour est aussi mû par des affirmations géopolitiques bien à droite : les Israéliens et les Palestiniens se détestent, beaucoup d’Arabes sont ou connaissent des terroristes, l’Amérique est un endroit où les querelles ancestrales doivent s’oublier, etc. Il est fascinant de voir comment des enjeux complexes sont sur-simplifiés pour devenir des prétextes à de la basse comédie, où les hommes de toutes les ethnies peuvent s’entendre sur le sex-appeal de Hillary Clinton.

Mais que cette fascination n’excuse pas le manque de finesse du film, dont l’humour vogue d’un registre à l’autre. Des passages presque fantastiques parodiant l’invincibilité des héros d’action sont suivis de scènes pseudo-romantiques, de séquences grossières ou d’une énième répétition des mêmes gags évidents : Sandler n’a jamais été reconnu pour la précision de son humour et le scénario de Zohan donne parfois l’impression d’avoir été rapiécé en une fin de semaine par des copains particulièrement distraits. Mais avouons au moins une chose : vous n’avez jamais vu une comédie estivale badiner aussi allègrement avec des enjeux aussi sérieux.

En revanche, Get Smart [Max la menace] semble avoir été déjà écrit, tourné et vu des dizaines de fois. Remake sans charme de la série télévisée américaine des années 1960, Get Smart repique l’idée d’un agent secret maladroit (Steve Carell, toujours drôle) accompagné d’une agente beaucoup plus compétente (Anne Hathaway). Hélas, tout reste dans le registre de la comédie d’action générique, et ce, sans les riches dialogues de la série originale. Les rares exceptions (par exemple, lorsque Smart reprend la logique d’un adversaire pour lui prouver qu’il n’est pas un agent ennemi) ne font que souligner ce qu’aurait pu donner un bien meilleur scénario.

D’autres scories n’arrangent pas les choses. Anne Hathaway est mal choisie en tant qu’héroïne trop sèchement exaspérée par la bouffonnerie de Maxwell Smart, et les tentatives du film pour expliquer une attirance grandissante entre elle et un héros visiblement plus âgé ne font rien pour améliorer la perception de son personnage. Le film tente de marier comédie et action… et le résultat laisse à désirer sur les deux plans. Quelques scènes d’action atteignent un certain niveau de compétence, mais ne réussissent pas à se distinguer d’autres séquences du même type.

Les scénaristes ont réussi un rare exploit : transformer une série toujours reconnue pour son humour en une adaptation singulièrement ordinaire. Ce n’est pas le genre de réussite qui mérite d’être récompensée par un visionnement : tout au plus, Get Smart meuble deux heures d’une vie, rencontre les attentes des fans de Steve Carell et se classe un peu au-dessus des pires atrocités sur les tablettes du vidéoclub. Quelques moments sont divertissants malgré tout, mais ces pointes d’intérêt ne masquent pas un pur produit générique. Les comédies d’espionnage ne sont pas tout à fait rares depuis quelques années, et Get Smart ne réussit pas à se façonner une identité particulièrement distincte des Cody Banks, Johnny English, I Spy et Bad Company ayant récemment sévi à l’écran avant de sombrer rapidement dans l’oubli.

Aux côtés de ses comparses comiques d’un été, Tropic Thunder [Tonnerre sous les tropiques] n’est pas un chef-d’œuvre, mais c’est un film qui a le mérite d’être plus contrôlé que Zohan et plus mémorable que Get Smart. La prémisse est d’une simplicité charmante : lors du tournage d’un drame de guerre surfait, un réalisateur excédé par les caprices de ses vedettes décide de les plonger en pleine jungle pour un peu de cinéma-vérité. Mais les choses tournent autrement, et voilà que quatre acteurs habillés en commandos déambulent en véritable zone de guerre, convaincus que les caméras tournent toujours…

Ce qu’il faut savoir d’emblée, c’est que deux des trois scénaristes de Tropic Thunder sont des acteurs (Ben Stiller et Justin Theroux), et que l’humour du film reflète cette origine. Les cibles des rires sont l’ego des vedettes, les producteurs hollywoodiens, la relation entre les agents et leurs clients, et ainsi de suite. Il est clair que toute la distribution s’amuse bien. Le personnage de Ben Stiller est aussi imbu de lui-même que dans Zoolander. Jack Black s’attaque au stéréotype du comique vulgaire avec un sérieux problème de drogue. Robert Downey Jr. y joue un acteur tellement habité par son personnage qu’il est incapable d’en sortir, sauf pour enseigner à ses collègues les raisons pour lesquelles il n’est jamais avisé d’interpréter un attardé mental complet. Tom Cruise (chauve, hirsute, obèse et profane) est méconnaissable en producteur à la Silver/Weinstein. Les meilleurs moments de Tropic Thunder surviennent avant même le début du film, alors que de fausses bandes-annonces parodient certains des pires excès hollywoodiens.

Mais le clown est-il bien placé pour rire de lui-même ? Personne ne niera que Tropic Thunder comporte plusieurs séquences amusantes, mais celles-ci sont entrecoupées d’inconsistances de ton qui ne font que souligner le contenu dérangeant. Le langage est uniformément vulgaire, le début du film se paie un excès de viscères, une mort violente cherche à susciter des rires (certains efficaces, d’autres pas). Pire encore : la prémisse initialement mordante s’essouffle rapidement alors que le film avance et sombre dans les dialogues faciles et les développements prévisibles. Il y a une limite, après tout, aux impertinences que des Hollywoodiens peuvent se permettre dans une des comédies estivales majeures de Dreamworks… Car malgré les jurons, la violence et l’anarchie de la prémisse, ceci reste avant tout un film à succès tentant de s’attaquer à la démesure des films à succès : cibles faciles ! Ceci dit, ne nions pas les réussites du film : tel Zoolander, le plaisir pourrait croître à chaque visionnement.

Pour les jeunes hommes

La sagesse grandissante est parfois un handicap pour le critique de films, surtout quand vient le moment de considérer des films s’adressant à un public plus jeune et moins exigeant. Une fois passé le cap de la trentaine, c’est tout un pan du cinéma hollywoodien qui devient moins intéressant. Des films qui auraient jadis semblé hilarants ou sensationnels deviennent pénibles ou trop timides.

[couverture] Ceci dit, Pineapple Express [Ananas express] demande plus qu’une limite d’âge pour être pleinement apprécié. Comédie criminelle mettant en vedette des accrocs aux drogues douces plongés dans une guerre entre revendeurs, l’humour de ce film s’adresse carrément aux spectateurs qui partagent avec leurs héros l’ambition de s’intoxiquer à longueur de journée.

Le soi-disant héros du film est un jeune homme dans la mi-vingtaine (Seth Rogen) qui œuvre comme huissier pour la cour. Mais ce travail n’occupe qu’une petite partie de son temps, partagé entre la consommation de drogues douces, la fréquentation d’une petite amie toujours à l’école secondaire et les appels aux lignes ouvertes radiophoniques. Cette petite vie est abruptement dérangée lorsqu’un accident de parcours l’amène à assister au meurtre d’un quidam par une policière et un chef de la pègre locale. Forcé de se réfugier chez son plus récent revendeur, l’huissier et son nouveau meilleur ami se voient obligés de lutter contre les tentatives d’assassinat des gaillards de la pègre pour survivre.

La prémisse aurait pu réussir : on se souviendra avec plaisir de The Big Lebowski, un film se moquant joyeusement des conventions de films noirs en y insérant un protagoniste slacker n’ayant aucun point commun avec l’archétype du détective privé. Mais les concepteurs de Pineapple Express n’ont manifestement aucune idée de la façon dont on doit mener un film conventionnel, encore moins une comédie parodique : le ton oscille sans grâce ni astuce entre la violence, l’action, les jurons et la consommation de drogues douces. Les dialogues sont pénibles et l’enchaînement des péripéties est tout aussi prévisible… pour un public sobre ! N’ayant manifestement rien appris des succès dans une veine similaire (tels les deux films de la série Harold And Kumar), Pineapple Express propose un mélange de comédie grossière, de drame policier et de buddy movie bien mal mené, avec des faux sentiments qui ne cadrent pas avec le reste du film : difficile d’expliquer, à jeun, comment une scène de torture mène à une amitié indéfectible entre tortionnaires et victime.

Les failles n’arrêtent pas là : des scènes soi-disant amusantes ne font que provoquer pitié ou dégoût pour des personnages manifestement dépassés par les événements et insensibles aux conséquences de leurs actes. Ceci dit, un des rares sourires du film est dû à une scène où l’un des protagonistes se rend compte qu’ils ne sont pas très fonctionnels sous l’effet des drogues. Les agissements enfantins des personnages finissent par créer l’impression inconfortable qu’on regarde de jeunes adolescents à l’œuvre, inconfort rendu encore plus aigu lorsque surgissent l’artillerie lourde et les morts violentes de la conclusion. L’humour aux relents de cannabis est subjectif, bien sûr, mais il y a de quoi se poser une question : à quoi bon diminuer ses facultés intellectuelles pour apprécier ce film plutôt que n’importe quelle autre nullité hollywoodienne ?

Dans le cas de Wanted [Recherché], pour apprécier le film, il ne faut pas tant un abrutissement dû aux drogues douces qu’une insouciance complète au sujet des lois de la physique et une tolérance pour les ambitions bâclées. En adaptant le matériel d’une bande dessinée à succès, les scénaristes ont éliminé les éléments les plus ridicules de l’intrigue originale tout en oubliant ce qui faisait de la BD une telle pièce de marque. Une opportunité manquée qui aurait pu nous dire quelque chose sur la nature du film d’action.

Le film commence comme la BD originale, au point de reprendre des lignes du dialogue mot pour mot : un jeune homme désœuvré, prisonnier d’un emploi de bureau humiliant, découvre soudainement qu’il est l’héritier d’un assassin aux facultés surnaturelles. Mais film et livre ont tôt fait de voguer séparément. Si la BD est une fantaisie « superhéroïque » où les vilains ont pris le contrôle du monde et finissent par se livrer une guerre de gangs d’une ampleur planétaire, le film s’intéresse plutôt à une confrérie d’assassins menés par une machine à tisser millénaire qui génère (par code binaire, rien que ça…) le nom de cibles à abattre. Rien de moins !

Inutile de se demander si le métier à tisser fournit aussi les numéros d’assurance sociale des victimes, car Wanted (peu importe la version) ne se donne pas la peine de s’embarrasser de réalisme. Le héros, sous le mentorat brutal de ses nouveaux collègues, se réinventera en assassin ultra-compétent capable de courir sur des wagons de métro en marche, de tirer des balles avec une trajectoire courbe, d’abattre des cibles à des kilomètres de distance ou – généralement – d’agir comme un pur héros d’action. Reconnaissons au moins une chose : Wanted distille l’essence des films d’action hyper cinétiques et rivalise avec des films aussi fous que Domino et Shoot’Em Up. Sous l’influence de cette esthétique, le héros ne fait pas que quitter son emploi. Il hurle, se lève et flanque un coup de clavier à un faux ami, les lettres brisées du clavier volant en l’air pour former un juron visible à la caméra. Le réalisateur, Timur Bekmambetov, s’est fait connaître grâce au film de fantaisie débridé Night Watch. N’espérez pas moins de trouvailles visuelles dans Wanted.

Mais si on trouve dans Wanted une charge d’énergie, le film gaspille son élan et refuse d’aborder des questions morales ou éthiques plus profondes. S’il y a quelques interrogations au sujet du pouvoir de vie ou de mort que s’est approprié la confrérie d’assassins, ce n’est rien de plus qu’un moteur nécessaire pour donner un troisième acte à l’intrigue. Vous direz qu’on n’en attendait pas plus d’un film d’action, mais la BD originale utilisait les conventions du sous-genre superhéroïque pour questionner les fantasmes de puissance que ses adeptes comblent à sa lecture. (Les infâmes deux dernières pages de la série s’adressent même crûment au lecteur.) Mais alors que Wanted aurait pu devenir un tremplin pour examiner les pulsions assouvies par les films d’action hyper violents, sa finale est plus bravache que choquante, renforçant l’impression que la carrière d’un assassin ultra-compétent est une alternative acceptable pour ces jeunes hommes qui réalisent jusqu’à quel point ils sont prisonniers du 9 à 5 pour le reste de leur carrière. De là à penser que l’appréciation de Wanted est proportionnelle au nombre d’années avant sa retraite, il n’y a qu’un pas rapidement franchi.

 

Cinéma noir, chevalier sombre

Tous les films de superhéros adaptés de bandes dessinées ne sont pas égaux. La plupart d’entre eux ne sont que des œuvres médiocres, pariant sur la familiarité d’un archétype aux dépens d’une expérience cinématographique plus ambitieuse. Les exceptions sont rares et sont habituellement représentées par des échappées en sous-genre connexe (on se souviendra de Blade comme d’un bon film d’action, mais pas comme d’une adaptation BD) ou par des œuvres de réalisateurs accomplis qui savent exploiter les possibilités thématiques de leur matériel (tel Brian Singer dans X-Men, ou Sam Raimi dans Spider-Man).

The Dark Knight [Le Chevalier noir] s’inscrit carrément dans cette deuxième lignée, en ne reniant pas la première. De un, il s’agit d’une deuxième adaptation de la série Batman par le scénariste/réalisateur Christopher Nolan, après un Batman Begins bien accueilli en 2005. De deux, c’est un film qui réussit à combiner la charge d’adrénaline que l’on attend d’un blockbuster estival à la profondeur thématique que l’on espère d’un film bien conçu. De trois, aucun effort n’a été épargné pour livrer une expérience cinématographique mémorable, qu’il s’agisse de l’interprétation, des effets spéciaux, de la mise en scène ou du raffinement du scénario. Ne se limitant pas au simple domaine du film de superhéros, The Dark Knight a même quelque chose à dire sur des enjeux chers aux amateurs de films policiers.

Considérez seulement le portrait que Nolan fait ici de Batman, justicier masqué dont la légende menace de consommer l’homme derrière le mythe. Incapable d’arrêter ou de se révéler, Batman est également limité par sa décision de ne pas faire (trop) violence à ceux qu’il traque. Les ennuis ne font que commencer lorsque des imitateurs suivent son exemple : bientôt, il est la cible avouée de tous les criminels de la ville. Sera-t-il capable de rivaliser avec une multitude d’adversaires sans scrupules, alors qu’on exige sans cesse plus de sa légende ?

C’est déjà intéressant, et c’est sans compter les deux antagonistes qui agissent comme miroirs pour Batman. Le Joker, bien sûr, qui représente le chaos qui menace l’ordre recherché par Batman, mais aussi Harvey Dent, le procureur sans peur qui se bat ouvertement contre la pègre. Harvey ne laisse rien à la chance, alors que le Joker n’a aucune conscience morale : le triangle thématique établi entre les trois personnages principaux du film n’est qu’une des facettes de la réflexion que The Dark Knight porte sur des concepts pourtant bien évidents pour les fans de cette mythologie. Cette profondeur thématique s’étend aux moindres détails du film, qu’il s’agisse des pièges éthiques que le Joker tend à ses adversaires, ou bien des éléments symboliques (telle une pièce de monnaie) qui accompagnent les personnages. The Dark Knight, film dont le titre se prête à de nombreuses interprétations, se paie même une authentique tragédie classique avec le personnage de Harvey Dent, dont la trajectoire dramatique est encore plus intéressante qu’un Joker rendu intouchable par l’interprétation magistrale du défunt Heath Ledger.

La profondeur symbolique de The Dark Knight est d’autant plus remarquable que le film ne lésine pas sur les effets spéciaux ou sur les scènes d’action excessives. Beaucoup de choses explosent ou roulent à toute vitesse dans ce film, et l’exploit singulier de Nolan est d’avoir réussi à produire une rare œuvre qui démontre que tout n’est pas perdu pour le blockbuster populaire américain.

Ce n’est pas un film sans faute – on note des longueurs passagères, un troisième acte moins intéressant que le reste du film, des incohérences agaçantes. Mais c’est une réussite spectaculaire qui mérite un coup d’œil même pour ceux qui pensent ne rien avoir à apprendre des films de superhéros. Cette critique effleure à peine l’excellence du film : ne ratez pas cette escapade. Avec The Dark Knight, le chevalier sombre trouve sa place au panthéon du cinéma noir.

 

Petits plaisirs imparfaits

The Dark Knight aura récolté de grosses recettes au box-office et obtenu l’attention des critiques, mais la majorité des films noirs ne sont pas aussi flamboyants. Il s’agit souvent d’œuvres à petit budget, réalisées grâce au financement public, distribuées à petite échelle, pas toujours traduites en français, poussant certains thèmes plus loin que d’habitude ou explorant des intrigues plus intimistes qui ne répondraient pas aux attentes des foules.

[couverture] Bref, il est question de films comme Just Buried [v.o.], projeté momentanément dans les cinémas canadiens durant l’été 2008. Un petit film, cofinancé par Téléfilm Canada, tourné à Halifax avec quelques acteurs familiers mais nullement célèbres. Un film où les soi-disant héros tuent par accident, tuent par nécessité, tuent pour des gains financiers et puis finissent par y prendre goût.

Comment en arrivent-ils là ? Tout commence à la mort du père d’un jeune homme, qui revient dans sa ville natale pour les funérailles et hérite non seulement de la maison funéraire de son paternel, mais également de la jeune et jolie deuxième femme de celui-ci, d’une rivalité avec un autre entrepreneur funèbre, d’une assistante aux goûts morbides et de l’homme à tout faire de la maison. Les choses vont mal, mais la mort pas si accidentelle d’un vieux grognon a deux conséquences : d’abord, la famille du décédé renfloue les coffres de la maison funéraire avec une cérémonie extravagante, ensuite, le héros et son assistante débrouillarde doivent empêcher les soupçons de la communauté de peser sur eux. Mais une fois franchie la frontière profitable des meurtres déguisés en accident, où s’arrêter ?

Bref, le ton est donné et soutenu jusqu’à la fin. Just Buried s’avère une comédie noire comme il n’est pas déplaisant d’en voir, bien maîtrisée malgré quelques accrocs au passage : le héros est parfois trop pathétique pour être sympathique, les morts sont souvent trop grotesques pour une comédie autrement aimable, et les penchants sans cesse plus meurtriers du protagoniste (surtout durant un troisième acte moins convaincant) menacent de laisser une mauvaise impression jusqu’à ce qu’une finale appropriée vienne bien clore le film. Ce n’est pas une œuvre particulièrement impressionnante du point de vue visuel et même les moments comiques auraient pu être raffinés, mais le résultat n’est pas sans avoir sa part de mérite. Rose Byrne est particulièrement prenante dans le rôle d’une assistante qui en sait plus que son patron. Mais attention : après un été tellement dominé par les colosses hollywoodiens, il peut être facile de s’enticher d’une comédie canadienne à petit budget, même malgré ses défauts évidents.

Car de l’autre côté du film à petit budget, pas trop loin du film ordinaire, il y a le film bien fait mais ultimement peu remarquable. Un film tel Flawless [v.o.], dont le titre évoque immédiatement un standard critique impossible à atteindre. Explorant le milieu londonien du diamant durant les années 1960, Flawless s’intéresse à une rare femme au sein de cette industrie (Demi Moore), une carriériste compétente qui ne réussit pas à obtenir de promotion au sein de son entreprise. Un concierge (Michael Caine) voit clairement la frustration de celle-ci. Comme il a ses propres idées au sujet de sa retraite, il propose à la protagoniste un marché : si elle peut lui obtenir la combinaison du coffre-fort où sont enfermés les milliers de diamants bruts que possède leur entreprise, il se chargera d’en subtiliser une poignée.

Le coup fumant a lieu au milieu du film, ce qui révèle que les scénaristes ont quelque chose d’autre qu’un simple vol en tête. Car à l’ouverture de la voûte, ce sont tous les diamants, des tonnes de diamants qui ont disparu. La carriériste est assignée, malgré elle, à l’enquête interne alors que le concierge est avare de détails. Laissera-t-elle l’enquêteur mis sur la piste découvrir la vérité ?

Comme film d’escroquerie, Flawless carbure à petit débit : puisqu’on est entre Britanniques, pas besoin de poursuites, de fusillades ou bien d’un torrent de gros mots quand l’alternative est une histoire bien calme et bien rangée. Des conversations mènent à des révélations, à une vengeance bien exécutée et à une expérience de cinéma convenable, mais sans plus. Caine est comme toujours excellent. À ses côtés, Moore joue un rôle qui aurait pu aller à n’importe quelle actrice d’âge mûr, alors que le film lui-même semble à la fois long et peu substantiel. L’intrigue est cadrée par deux séquences modernes qui n’apportent rien de bien particulier à l’ensemble. On parle souvent de bons ou de mauvais films, mais Flawless est neutre, ayant les caractéristiques des attentes qu’on lui prête. L’intimité se confond presque avec l’insignifiance, à un point tel qu’on cherche les raisons pour lesquelles on recommanderait le film. Disons seulement que les faux pas de l’œuvre sont mineurs, et n’ajoutons rien de plus.

 

Bientôt à l’affiche

La longue disette s’achève. L’automne est habituellement une bonne saison pour le cinéphile à suspense, et la prochaine saison s’annonce tout aussi prometteuse que d’habitude. Vous aimez les assassins ? Voyez Nicolas Cage dans le remake de Bangkok Dangerous. Vous préférez les espions ? Vous avez le choix entre George Clooney dans Burn After Reading (des frères Coen) ou bien Leonardo DiCaprio et Russell Crowe dans Body of Lies (de Ridley Scott). Vous voulez des policiers corrompus ? Voyez De Niro et Pacino dans Righteous Kill ou bien Samuel L. Jackson dans Lakeview Terrace. Des quidams plongés en plein cauchemar ? Suivez Shia LaBeouf et Michelle Monaghan dans Eagle Eye. Tout ça sans parler de James Bond dans Quantum of Solace

Attachez vos ceintures ! En attendant, bon cinéma !

 

Mise à jour: Septembre 2008

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