Camera Oscura 1


Christian Sauvé

Exclusif au supplément Internet (Adobe Acrobat, 386Kb) d’Alibis 1, Hiver 2001/2002

Sexe et violence. Meurtres et mystères. Détectives, policiers, espions et justiciers. Truands, terroristes, trafiquants et timorés. Revolvers, mitrailleuses et armes nucléaires. Motocyclettes Harley-Davidson, voitures sport Porsche et hélicoptères Apache. Séduction et trahison. Évasions, affrontements et révélations. Êtes-vous prêts ? Car tout cela vous attend dans… camera oscura!

De l’importance du genre policier au cinéma

Au premier abord, il peut sembler étrange qu’une revue littéraire se dote d’une chronique cinéma. Pourtant, contrairement aux autres genres dits « populaires », le cinéma policier a rapidement obtenu ses lettres de noblesse. Et actuellement, sans jamais renier sa volonté d’être avant tout un divertissement, il possède toujours une solide réputation auprès des critiques de cinéma. Examinez la liste des 100 meilleurs films choisis par l’American Film Institute ( http://www.afionline.org/100movies/ ) et vous y verrez une sélection enviable de films associés aux genres couverts par la revue Alibis (le polar, le mystère et le noir), qui va de The Big Sleep à Anatomy of a Murder, de Bonnie and Clyde à Run Silent Run Deep. Au cours des années 90 seulement, le cinéma policier a connu plusieurs succès éclatants : pensons à The Silence of the Lambs (Oscar 1991 du meilleur film), à Se7en, mais aussi à The Usual Suspects, à Goodfellas et à L.A. Confidential… Bref, le cinéma policier a produit des chefs-d’œuvre. Là où la question devient d’intérêt pour les lecteurs d’Alibis, c’est que ces réussites cinématographiques sont rarement comparables aux œuvres écrites du genre. Il s’agit effectivement d’une façon différente de conter des histoires noires. Le cinéma a développé un ensemble d’outils à suspense qui peut parfois ressembler à celui des romans ou des nouvelles, mais qui a un impact différent sur son public. Une bombe à retardement n’est jamais aussi efficace sur papier que sur pellicule.

Les artisans du cinéma de suspense les plus doués ont même acquis une renommées de créateurs à celle des écrivains du genre. L’exemple d’Alfred Hitchcock est révélateur : c’est en grande partie grâce à lui que les possessive credits (Eg : « Un film de James Cameron ») existent puisqu’à l’époque la Writer’s Guild of America avait jugé que, au-delà du script, le réalisateur apportait à chacun de ses films une empreinte tout aussi distincte que celle des scénaristes. Bref, malgré les navets que l’on nous y sert souvent, le cinéma s’avère un champ créatif aussi digne d’étude que celui de la littérature.

Cela dit, il serait également futile de nier les influences qu’a le cinéma sur la littérature et vice-versa. Michael Crichton aurait-il la même écriture s’il n’avait pas autant d’expérience comme réalisateur ? La tradition du roman hardboiled n’est-elle pas influencée par les films classiques d’une certaine époque ?

De plus, la portée d’un film moyen est de loin supérieure à celle d’un livre, même un best-seller. Clear and Present Danger de Tom Clancy a été, selon certaines sources, le roman le plus vendu des années 80. Le film n’a connu qu’un succès modeste. Et pourtant, demandez autour de vous et vous verrez que beaucoup plus de gens sont familiers avec le film qu’avec le livre. L’idée que le public général se fait du policier est directement influencée par ce qu’il voit.

Pour toutes ces raisons, Alibis vous offre donc Camera oscura, une chronique qui a pour but de traiter ce qui vaut d’être remarqué au cinéma dans la palette de genres de prédilection de la revue. À chaque trimestre, cette chronique se penchera sur les films parus en salle et sur ceux disponibles sur vidéo, en plus de ceux qui sortiront dans les semaines suivant la parution du numéro courant d’Alibis. Avec un peu de chance, Camera oscura deviendra une ressource pour vous signaler ce qui mérite d’être vu dans le genre… et pourquoi.

Vol au-dessus d’une première saison

Pour ce numéro-ci, l’éventail des films vus en salle n’est pas particulièrement attrayant. L’été 2001 ayant généralement été d’une qualité décevante, les genres favoris d’Alibis n’ont pas été mieux servis.

La sortie incontournable du dernier trimestre est donc sans doute The Score, non pas pour sa qualité supérieure (même si les critiques ont dans l’ensemble été favorables), mais bien parce que le film se déroule explicitement à Montréal. Ce n’est pas une première pour un gros film américain (pensons à la comédie policière The Whole Nine Yards, sortie l’an dernier), mais ce n’est jamais déplaisant de voir une ville familière sur nos écrans.

Dans The Score, Robert de Niro joue le rôle d’un voleur professionnel. Il veut prendre sa retraite mais, évidemment, on lui demande d’exécuter « une dernière affaire » : le cambriolage d’un objet précieux dans un entrepôt des douanes au cœur de Montréal. Marlon Brando (dans un rôle bien ordinaire) organise toute l’affaire et Edward Norton joue un autre voleur plus agressif, moins expérimenté, mais qui a réussi à s’infiltrer dans le bâtiment.

Le problème avec The Score, c’est la structure, trop linéaire, qui ne permet pas au film d’être surprenant. Il y a retournement et contre-retournement, certes, mais rien que vous ne puissiez prédire rapidement. Mis à part le cambriolage final, le film n’est qu’une minutieuse préparation, jamais inintéressante mais qui peut apparaître longue. Cela dit, c’est un film réalisé et interprété avec grande compétence, même si on aurait pu s’attendre à plus étant donné le calibre des acteurs rassemblés ici.

Passons d’un film contemporain à un policier historique : From Hell, qui retourne à Londres en 1888 pour s’intéresser à l’archétype du tueur en série, Jack l’éventreur. Réalisé par les frères Hughes (Menace II Society, Dead Presidents), From Hell réussit particulièrement bien à recréer une atmosphère oppressive et stylisée autour des meurtres de Whitechapel. Les connaisseurs aimeront et détesteront tour à tour l’exactitude de l’effort et les libertés prises par les scénaristes : l’élément quasi fantastique des visions de l’enquêteur Abberline, par exemple, ne semble pas très utile au déroulement de l’intrigue. Adapté d’une bande dessinée, From Hell demeure un film efficace spécialement sur le plan visuel, avec des panoramas spectaculaires de Londres et un look assuré. Film beaucoup plus ambitieux qu’un simple slasher pour cette raison même, il crée des attentes qui, hélas ! ne peuvent qu’être déçues.

Par ailleurs, il serait dommage de manquer The Last Castle, un thriller se déroulant dans une prison militaire où un prisonnier haut gradé (Robert Redford) en vient à affronter un directeur de prison abusif (James Gadolfini). Le film est bien réalisé par Rod Laurie (Deterrence, The Contender) et représente un bon divertissement viril si l’on considère l’accent mis sur l’honneur, le patriotisme, la discipline et le sacrifice. Si ces ficelles ne fonctionnent pas pour vous, vous serez sans doute déçu par les clichés et les motivations quasi juvéniles des personnages. La finale explosive demande beaucoup d’indulgence, mais il est difficile de ne pas se laisser emporter par l’aventure. La bande-annonce promettait un The Shawshank Redemption avec un hélicoptère qui explose ; ce n’est pas très loin du produit final.

Le film pour adolescents Joy Ride, malgré ce qu’on pouvait en penser à partir d’une bande-annonce pour le moins médiocre, se révèle plus efficace que prévu. Après un départ conventionnel où deux jeunes en manque de sensations décident de jouer un tour pendable à un camionneur en utilisant la radio CB, le film gagne en intérêt lorsqu’on découvre que le camionneur est un psychopathe ayant un goût raffiné pour la vengeance. On peut reprocher au film un antagoniste un peu trop omniscient, mais il est impossible de nier l’efficacité du réalisateur John Dahl (The Last Seduction, Rounders), qui mène ce film avec une astuce devenue rare dans ce créneau démographique.

Training Day est une autre production qui mérite le détour. Il s’agit d’un drame policier dans lequel un jeune policier idéaliste (Ethan Hawkes) est graduellement corrompu par un agent lui-même corrompu (fabuleusement interprété par Denzel Washington). La première heure et demie du film est très intéressante, alors qu’on découvre peu à peu les couches de corruption dans laquelle doit s’impliquer le protagoniste. Le film permet une réflexion sur les jeux de pouvoir que se livrent policiers et criminels, tout comme sur la frontière qui sépare la justice de la violence. Par la suite, le film perd son intérêt, les ficelles de l’intrigue étant un peu grosses – il y a notamment une coïncidence tellement énorme qu’il est difficile de croire qu’elle a survécu à toutes les révisions du scénario !

Les amateurs de films de guerre ont été relativement bien servis dernièrement, non pas par la parution originale du trimestre (Captain Corelli’s Mandolin, plus associée au genre romantique malgré une intrigue située en 1943 dans un petit village grec), mais par un film vieux de vingt ans remis à neuf pour le nouveau millénaire. Apocalypse Now Redux a été complètement refait à partir des négatifs originaux, avec tous les raffinements conséquents de l’image et du son. De plus, près de quarante minutes de nouveau matériel (!) ont été ajoutées au film, dont une scène dans une plantation française et une autre avec les Playboy Bunnies aperçues dans la version originale. Les connaisseurs disent que le résultat est un film plus profond, plus complet et plus beau que jamais ; nous laisserons le soin à nos lecteurs de décider par eux-mêmes ! Tous les espoirs sont cependant permis pour une excellente sortie DVD vers le milieu de 2002.

Le reste des parutions du trimestre est à prendre ou à laisser : le genre policier sert souvent d’excuse à la construction de films d’action, et c’est dans cette optique qu’il faut considérer des films comme American Outlaws, Rush Hour 2 et Kiss of the Dragon.

Là encore, il y a des différences d’approche assez significatives. La coproduction franco-américaine Kiss of the Dragon est imprégnée de l’atmosphère des films policiers européens, avec les personnages ambigus et le poli visuel accidentel typiques de ces productions. Mais c’est un film de Jet Li écrit par Luc Besson, alors… voilà que le film enchaîne des séquences d’arts martiaux comme un film d’action « de Kong-Kong ». Certaines sont moins crédibles que d’autre – est-ce que tous les postes de police français ont un dojo? Toujours est-il que le film mérite un coup d’œil pour le mélange policiers européens et arts martiaux asiatiques. Le résultat final n’est pas nécessairement plaisant, mais il est intéressant.

Il y a moins de choses à dire sur Rush Hour 2. Si vous avez aimé l’original… La suite prend du temps à démarrer, les scénaristes n’ayant rien fait de valable de la présence à Hong-Kong de l’Occidental Chris Tucker. Cela dit, le film montre plus d’énergie dans la deuxième moitié grâce à une histoire de faux-monnayeurs – et malgré son côté plutôt ridicule – et d’une séquence de casino fort amusante.

Racontant l’histoire du gang de Jessie James du point de vue de James lui-même, American Outlaws se veut le retour triomphant du western d’action. Le scénario est simpliste et hautement prévisible, mais si vous êtes dans un état d’esprit approprié, cela fonctionne plutôt bien. Toutefois, les puristes de la légende de James devraient se tenir très, très loin d’American Outlaws…

Bandits diffère des trois films précédents : il s’agit plutôt d’un polar qui sert de prétexte à une comédie romantique. Dans ce cas-ci, rien de moins qu’un triangle amoureux entre une ménagère ennuyée (Cate Blanchett) et deux voleurs de banque (Bruce Willis et Billy Bob Thornton). La prémisse est intéressante et certains moments du film sont très réjouissants, mais le film dure trop longtemps et manque du dynamisme qui lui aurait assuré un certain succès. Et le fait que Bandits est plutôt prévisible n’aide guère sa cause…

Finalement, ce trimestre a vu l’arrivée en salle de deux thrillers, réalisés depuis longtemps mais retenus jusqu’alors dans les voûtes des studios, Original Sin et « O ».

Pour le premier, la raison de ce délai est évidente : les critiques n’ont guère été tendres au sujet de ce suspense érotique mettant en vedette Antonio Banderas et Angelina Jolie – la présence des deux vedettes n’a pu compenser un scénario sans surprise et des dialogues accidentellement hilarants. Le film est rapidement mort au box-office et sera bientôt dans un ciné-club près de chez vous… si vous tenez vraiment à le voir!

Pour « O », le délai de sortie est tout à fait compréhensible. Cette adaptation adolescente moderne d’Othello – oui, l’Othello de Shakespeare – a été réalisée en 1999 mais, dans la foulée des événements de Columbine High School, on a décidé son report puisque le film se termine par un bain de sang dans une école secondaire. Bref, ce film est d’une qualité acceptable, plus intéressant cependant par les parallèles shakespeariens qu’il développe que pour ses autres valeurs.

Conséquences d’une attaque

Passons d’un traumatisme ancien à un autre, beaucoup plus vif: la réaction de Hollywood à l’attaque terroriste du World Trade Center s’est avérée fascinante.

Évidemment, certains films se sont révélés ne plus être au goût du jour : des réseaux de télévision ont remplacé en douce les projections prévues d’Independance Day et de The Peacemaker par du matériel plus inoffensif comme Miss Doubtfire. Au cinéma, deux films au sujet incommodant ont été reportés sine die : Big Trouble (une comédie à propos de terrorisme nucléaire à New York, dont la sortie était originalement prévue pour le 21 septembre) et le dernier Arnold Schwarzenegger, Collateral Damage (sortie prévue pour le 5 octobre), qui ouvre sur une explosion dans un édifice à bureaux où meurent la femme et l’enfant du protagoniste.

Ces reports ont fait bouger d’autres films : Training Day a été remis au 5 octobre, à la fois pour prendre avantage des salles de cinéma prévues pour Collateral Damage et pour épargner aux pauvres spectateurs une histoire de policier corrompu au moment même ou le zeitgeist national était plus que favorable aux forces de l’ordre…

On a dû aussi modifier radicalement la campagne de publicité de certains films. Il était bien entendu hors de question de continuer de passer la bande-annonce de Spider-Man (les deux tours du WTC y servent de support pour une toile qui attrape un hélicoptère en plein vol !), mais toujours dans le but de ne pas offenser le patriotisme résurgent des Américains, on a aussi discrètement interrompu la pub de The Last Castle, qui proposait l’image d’un drapeau américain installé sens dessus dessous. Quant au titre du film de science-fiction Arac Attack (jugé trop belliqueux), il semble avoir été changé pour – attention ! – Eight-Legged Freaks !

L’impact des événements ne s’est cependant pas limité à cela. En raison de la présence dominante des tours du WTC sur le panorama de la ville de New York, ces tours apparaissaient fortuitement dans presque tous les films tournés à New York. Afin d’éliminer le choc que pourrait provoquer la vision de celles-ci, plusieurs studios s’affairent présentement à effacer digitalement les tours de leurs prochains films ou à escamoter au montage les plans offensants. Citons seulement Zoolander, Stuart Little 2, Panic Room et City by the Sea parmi les films retouchés. La possibilité a même été soulevée d’effacer les deux tours de la version DVD d’A.I. de Spielberg. C’est pousser un peu loin le révisionnisme…

Mais est-ce une bonne idée de modifier ainsi certains films ? À peine dix jours après les tragédies du 11 septembre, le film Glitter paraissait en salle. Sur le forum de discussion Usenet rec.arts.movies.current-films, on a alors pu lire le témoignage d’un spectateur new-yorkais qui affirmait que la plus forte réaction positive suscitée par le film (applaudissements et bravos) est survenue lors d’un plan panoramique de la ville de New York dans lequel les deux tours étaient bel et bien présentes…

D’autres films devront cependant être repensés plus radicalement. Bien qu’il ne soit pas possible de savoir si le World Trade Center faisait partie intégrante des péripéties de Spider-Man (probablement, puisqu’on a annoncé de nouvelles séquences de tournage), les deux tours figuraient bel et bien de façon importante au début et à la fin du scénario de Men in Black 2. La réécriture est en cours ; les dernières rumeurs laissent entendre que ce sera maintenant du Chrysler Building que des soucoupes volantes s’envoleront !

De façon un peu plus insolite, un projet de film de Jackie Chan, Nosebleed, avait comme prémisse originale de montrer le protagoniste, laveur de fenêtres au WTC, combattre des terroristes. Certains racontent même que, n’eût été de certaines difficultés de scénario, Chan aurait pu être en plein tournage le 11 septembre ! Le film sera vraisemblablement abandonné, tout comme Designated Survivor, un projet de thriller de la Warner dans lequel un membre du cabinet américain devenait soudainement président après un attentat dévastateur. À ce sujet, on raconte que le studio a reçu tellement de commentaires négatifs du public qu’il était devenu impensable de poursuivre son développement…

Du côté vidéo aussi, l’industrie a réagi : à la fin de septembre, la chaîne Blockbuster a annoncé qu’elle mettra dorénavant des étiquettes spéciales sur les films ayant un contenu « de terreur », comme dans le cas du techno-thriller Swordfish. Tout cela alors qu’on rapporte que, la fin de semaine qui a suivi l’attentat, les gens s’arrachaient des films comme Die Hard, Executive Decision et The Siege…

Dans un club non loin de chez vous

Pour en revenir à notre examen des films maintenant disponibles, la parution vidéo du trimestre – et probablement de l’année – est incontestablement Memento, un film diaboliquement original qui, peu importe si vous aimez ou pas, saura vous fournir une expérience cinématographique radicalement différente de tout ce que vous avez vu jusqu’ici.

La prémisse est simple mais efficace : notre protagoniste est un homme qui, à la suite d’une agression, est affligé d’un désordre neurologique ; il ne peut plus emmagasiner de nouveaux souvenirs. Sa mémoire se limite à ce qui a précédé son agression et à ce qui s’est passé depuis une quinzaine de minutes. Or, l’attaque qui l’a laissé dans cet état a également tué sa femme… et il veut trouver le coupable, malgré son handicap.

Pour renforcer l’impression de désorientation du personnage, Memento se déroule à rebours: vous voyez la fin (chronologique) du film en premier, puis des segments de quelques minutes qui remontent le temps de l’histoire (le tout entrecoupé de passages plus didactiques où le protagoniste explique à un interlocuteur inconnu sa condition et les moyens qu’il a pris pour l’esquiver – notes, tatouages, polaroïds…)

Bien entendu, c’est un film à gimmicks. Mais des gimmicks drôlement efficaces. Tout comme les meilleurs films à suspense, Memento accentue le phénomène de l’identification en plaçant le spectateur dans le même état de confusion que le protagoniste. L’une des conséquences, non négligeable, est que vous devez suivre très attentivement le déroulement de l’action du début à la fin, ce qui rend impossible toute éventuelle pause pop-corn!

Conclusion: Memento est un film qu’on ne peut pas ne pas voir, véritable bouffée d’originalité qui redonne temporairement confiance en un médium narratif qui nous a bien mal servis depuis quelque temps. Bref, courez vite au club vidéo le plus proche.

Et tant qu’à être au club vidéo, jetons un œil sur d’autres sorties vidéo récentes…

Enemy at the Gates nous propose la bataille de Stalingrad, ou la Deuxième Guerre mondiale vue à travers les yeux de deux tireurs d’élite qui jouent au chat et à la souris. Les images sont fabuleuses et le suspense très bien fait, malgré le triangle amoureux – assez convenu et maladroit – qui accapare malheureusement le dernier tiers du film.

Ne manquez pas non plus Snatch, du réalisateur britannique Guy Ritchie, une comédie criminelle tordante et tellement bien faite que l’achat de la version DVD s’impose pour ceux qui ont aimé le film en salle… Dans un registre associé à l’espionnage, il n’y a aucune honte à louer Spy Kids, un film d’action et d’aventure pour toute la famille qui joue habilement sur les clichés les plus amusants du sous-genre. Attention : même si c’est un film qui s’adresse à un public jeune, il est réalisé de façon que même l’adolescent le plus cynique y trouve son compte. Jetez également un coup d’œil sur The Tailor of Panama, film adapté du roman de John LeCarré.

Dans le camp des déceptions, on notera Hannibal, qui a désappointé plus d’un spectateur en raison de sa trop grand dissemblance par rapport au film initial, The Silence of the Lambs. Les critiques ont été également mitigées à propos de Blow (biographie un peu trop indulgente du trafiquant de cocaïne George Jung), de 15 Minutes (thriller qui verse souvent dans la caricature, même s’il offre quelques moments efficaces) et de Along Came a Spider (adaptation du roman de James Patterson et des deux ou trois retournements illogiques de trop qu’on y trouve). Enfin, 3000 Miles to Graceland (dans lequel des criminels déguisés en Elvis cambriolent un casino) a reçu un accueil critique carrément hostile à cause de la déplaisante gratuité de son ton.

Les nouveaux arrivages

En salle, l’automne s’annonce encourageant puisqu’il nous promet le retour au grand écran de deux artisans reconnus du film policier.

Tout d’abord, il y aura les frères Coen (Blood Simple, The Big Lebowski, etc.) avec la sortie, prévue avant la fin de l’année, de The Man Who Wasn’t There. Comme dans presque tous les films des Coen, la trame de base paraît assez ordinaire : un homme fait chanter l’amant de sa femme. Mais, comme à l’habitude, il faudra voir le style du film avant de se prononcer. Hommage ou cliché, le film est tourné en noir et blanc saturé… N’hésitez pas à télécharger la bande-annonce!

Et puis, si vous avez un faible pour les histoires de cambriolage, surveillez l’arrivée, juste avant la période des fêtes, du remake d’Ocean’s Eleven. Non seulement ce film possède une distribution exceptionnelle (Julia Roberts, George Clooney, etc.), mais il nous permet surtout de revoir à l’écran Steven Soderbergh (Out of Sight, Traffic), qui fait un retour après avoir rangé son oscar de meilleur réalisateur sur son étagère. Et que les inconditionnels de la version originale (avec Frank Sinatra) se consolent: on planifie sa sortie en DVD deux semaines avant l’arrivée du remake !

Et en vrac:

  • Après The Score, voici Heist, le tout dernier film de David Mamet, à qui on doit – entre autres – le thriller The Spanish Prisoner.

  • Vous avez de bons souvenirs de Robert Redford dans Three Days of the Condor ? Alors ne ratez pas de Spy Game, un thriller d’espionnage s’étendant sur trente ans d’opérations furtives de par le monde.

  • American Outlaws n’a pas satisfait votre appétit pour les westerns d’action ? Précipitez-vous sur Texas Rangers, film qui porte sur la création de ce corps policier.

  • Et viennent d’apparaître les bandes-annonces de Behind Enemy Lines (thriller militaire avec Owen Wilson dans le rôle d’un pilote forcé de s’éjecter en territoire hostile), de Domestic Disturbance (John Travolta y joue un père divorcé tentant de protéger son fils d’un meurtrier) et de Novocaine (Steve Martin y est un dentiste manipulé par une patiente, interprétée par Helena Bonham-Carter).

Enfin, il faut surveiller l’arrivée prochaine au club vidéo des titres suivants :

  • Swordfish : une histoire qui mêle terroristes, CIA, hackers, agents doubles et autobus aéroporté. À elle seule, la séquence d’ouverture vaut le visionnement; hélas! le film dure plus longtemps! Techno-thriller d’action un peu stupide, mais quand même amusant, il peut servir d’amuse-gueule en attendant un film d’espionnage plus substantiel.
  • Pearl Harbour est sans contredit le plus gros film de l’année, tant par son budget, ses effets spéciaux que… sa durée ! Si l’attaque est une pièce d’anthologie, la structure maladroite du film tend à amenuiser son impact. Beaucoup de longueurs, de dialogues d’une naïveté affligeante et d’acteurs peu sympathiques nous font oublier les images toujours aussi prenantes de Michael Bay et le remarquable effort de reconstruction de l’opération militaire.
  • The Fast and the Furious : même si on a droit à un policier qui enquête sur un gang de malfaiteur, il ne s’agit pas d’un « vrai » film policier. La structure du film, qui comporte des ressemblances troublantes avec Point Break, n’est qu’un prétexte pour enchaîner les scènes d’action. Celles-ci sont remarquablement bien faites et permettent au film de se hisser au niveau d’un bon série B, mais pour l’histoire, on repassera !
  • Les Rivières pourpres : le cinéma français continue de prouver qu’il n’a rien à envier à l’industrie hollywoodienne avec ce thriller extrêmement bien réalisé (mais à la conclusion bien décevante) mettant en vedette Jean Reno et Vincent Cassel, qui enquêtent chacun de leur côté sur deux crimes qui se révéleront liés entre eux. Les images sont magnifiques (Oh, cette glace !) et le suspense, à tout le moins pendant les trois premiers quarts du film, est impeccable. Avertissement : la version vidéo anglophone n’est pas sous-titrée comme au cinéma mais doublée un peu maladroitement.
  • Harry, un ami qui vous veut du bien : autre production française, ce film saura vous donner des frissons hitchcockiens en vous montrant un homme ordinaire qui doit composer avec un vieil ami d’enfance, lequel ne semble pas tout à fait normal… Pour ce qui est de ces deux films français, une sortie DVD à grand déploiement est prévue aux États-Unis, signe du succès commercial qu’ils ont connu dans les salles américaines.
  • Finalement, tout n’est pas perdu pour les amateurs de classiques : non seulement annonce-t-on l’arrivée de From Here to Eternity, de Midway et de Subway sur DVD, mais on va en outre lancer les trois films de la série The Godfather en coffret DVD, qui comprendra beaucoup de matériel additionnel pour plaire aux fans de la série. Si vous cherchez un cadeau de Noël pour le cinéphile en vous…

Sur ce, bon cinéma !

Mise à jour: Novembre 2001

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