CANSEC 2004 (Revue Alibis 11)

Bienvenue dans le monde merveilleux de la défense et de la sécurité canadienne

Christian Sauvé

Exclusif au volet en ligne (Adobe Acrobat, 1 607Ko) d’Alibis 11, Été 2004

 [Photo: Badge CANSEC]

En matière de défense et de sécurité civile, Ottawa n’est pas qu’une petite capitale peuplée de ronds-de-cuir, sise sur les berges de la rivière Outaouais. C’est surtout de là qu’on contrôle le budget des forces armées canadiennes. Même au Canada, puissance militaire bien modeste, la sécurité est une affaire de gros sous : durant l’année fiscale 2002-2003, par exemple, le département de la Défense nationale disposait de 10,8 milliards de dollars.

Aussi ne s’étonnera-t-on pas de savoir que, chaque printemps, Ottawa devient l’hôtesse d’une foire commerciale unique au pays : CANSEC, « Canada’s Defence & Security Technology Showcase ». Tenu au Centre des Congrès d’Ottawa, à deux pas des quartiers généraux du département de la Défense nationale, cet événement rassemble des exposants du milieu de la défense, de la sécurité et de la protection civile. Organisé par le lobby spécialisé du CDIA (Canadian Defence Industries Association), CANSEC a pour but de faciliter les rencontres entre vendeurs et acheteurs.

Entre autres.

Petite histoire de CANSEC

Au fil des ans, CANSEC est devenue une tradition dans l’industrie canadienne de la défense et de la sécurité. Même si l’édition de cette année passe pour sa sixième, dans les faits, cette foire a une histoire beaucoup plus longue et compliquée.

Dès 1983, le gouvernement canadien avait décidé d’organiser des expositions d’équipement militaire pour faciliter la communication entre la bureaucratie et l’industrie privée. Ces événements, connus sous la désignation peu subtile d’ARMX, se tenaient alors aux deux ans et atteignaient un sommet de popularité en 1989, avec près de 450 exposants et 15,000 visiteurs. Entre-temps, l’organisation du congrès était passée aux mains du secteur privé quand le groupe torontois Baxter avait acheté les droits de l’événement en 1986 pour la somme de un dollar !

Avec ce succès vient la controverse : ARMX 1989 suscite un tollé de protestation de groupes anti-militaristes. Bannie par la ville d’Ottawa, l’édition 1991 est remise à plus tard deux fois, puis tout simplement annulée. L’événement renaît timidement deux ans après sous la désignation « Peacekeeping 1993 », mais il faudra attendre en 1999 pour revoir la tenue d’une foire commerciale comparable à ARMX. En limitant son envergure et en diversifiant son rôle dans le domaine de la protection civile, CANSEC réussit à remplir son mandat tout en évitant la controverse qui avait étouffé son prédécesseur. Du coup, la foire redevient discrètement et progressivement plus importante. C’est ainsi que l’édition 2003 attire non seulement 150 exposants et 3600 visiteurs, mais aussi – invasion iraquienne oblige – une centaine de protestataires (dont quatre seront arrêtés par les autorités).

On comprendra que n’entre pas qui veut à cet événement. Le site Web du congrès annonce les couleurs : « IMPORTANT NOTICE: Attendance at CANSEC is restricted to CDIA Members, invited guests and government personnel ONLY. Sorry, there are no exceptions. » Les médias doivent soumettre leur demande d’accréditation bien avant l’événement, sujet à l’approbation du comité organisateur.

Puisque la revue Alibis s’intéresse à tout ce qui traite de sécurité ou de défense (des effectifs policiers aux forces militaires), pourquoi ne pas offrir aux lecteurs de la revue un coup d’œil à l’intérieur d’une telle exposition ? En quoi cette foire commerciale se démarque-t-elle de ses équivalents civils moins controversés dans, disons, le domaine de la haute technologie ?

Contre toute attente, l’humble demande d’accréditation d’Alibis est acceptée sans histoire.

Produits et services spéciaux

Que trouve-t-on à des événements comme CANSEC ? Dans certains cas, des firmes aux noms très familiers vendant des produits ordinaires à des fins particulières : 3M (filtres pour matières dangereuses, logiciels), Alcatel et Ericsson (communications), Bombardier, Polaris et John Deere (VTTs pour forces policières), Mercedez-Benz (véhicules blindés) ou bien Duocom (équipement audiovisuel pour des salles de commandes).

À celles-là s’ajoutent des firmes dont on voit d’ordinaire les noms dans des thrillers à saveur militaire : Boeing, General Dynamics, Bristol Aerospace, Lockheed Martin, Northrop Grumman et Raytheon. D’autres firmes encore, un peu plus mystérieuses et néanmoins pas tout à fait inconnues, ont de quoi intriguer : Oerlikon, CAE, Honeywell, SNC Lavalin, Thales, XWave, Macdonald Dettweiler… Et ce sans compter les surprises: à voir l’insigne SAAB, on ne s’attend vraiment pas à leur lance-missiles Carl-Gustaf M3… Malgré leur excellente réputation dans le domaine de l’automobile, voilà une compagnie qui fabrique aussi missiles, chasseurs et torpilles.

Les visiteurs sont peut-être triés sur le volet, mais les exposants le sont aussi : le site Web de l’événement indique clairement le prix des stands, qui se chiffre à 2300 $ et plus, étant entendu que ce minimum ne comprend aucun aménagement particulier… La lecture du contrat d’exposant, aussi disponible sur le site Web, nous informe également sur la saveur de l’événement : après sept pages de clauses bien ordinaires pour une foire commerciale, on en arrive à une huitième page… qui stipule les conditions selon laquelle on peut exposer des armes à feu à CANSEC.

Car, ne nous leurrons pas, malgré les airs rassurants que se donne CANSEC avec son emphase sur la protection civile et l’équipement des forces policières, les armes constituent une portion importante des produits exhibés à cet événement. C’est ainsi que votre reporter s’est surpris à étudier de près les raffinements techniques d’un système d’artillerie, à examiner des rangées de fusils d’assaut où à discuter près d’une réplique 1:1 d’un missile air-air. Un des exposants les plus populaires (et bruyant) de CANSEC était FATS, un système d’entraînement virtuel pour les soldats qui ressemblait étrangement à une version grand écran d’un jeu vidéo ultra-réaliste, mais équipé de fusils infrarouges plutôt que d’un clavier d’ordinateur…

Certes, le monde de la défense et de la sécurité ne se limite pas seulement à celui des armes. Des considérations bien plus pratiques entrent souvent en jeu, et c’est ainsi qu’il n’y avait pas moins de trois fabricants de caisses renforcées à CANSEC. Les manufacturiers d’ordinateurs endurcis étaient aussi assez nombreux à présenter leurs produits : renforcés contre les pulsions électromagnétiques, équipés de systèmes Linux, conformes aux standards d’émissions TEMPEST, capable de supporter des chutes d’une hauteur d’un mètre, résistants à l’eau, dotés d’écrans que l’on peut malmener, équipés de piles redondantes capables d’être remplacées alors que la machine fonctionne toujours… bref, des appareils susceptibles de survivre aux pires sévices des douanes d’aéroports.

[Couverture]Ces produits ne seraient pas en montre dans une foire commerciale plus ordinaire. Mais CANSEC n’est pas un événement comme les autres : où ailleurs au Canada peut-on discuter des mérites relatifs d’appareils tels les transports C-17 Globemaster III et C130J Super Hercules (tous deux en compétition pour remplacer les appareils de transports vieillissants de l’aviation militaire canadienne), ou bien encore l’hélicoptère H-92 (aussi en compétition avec le EH-101 de Team Cormorant pour le remplacement des fameux Sea Kings)? Où ailleurs peut-on trouver des dépliants publicitaires sur le Mobile Gun System de General Dynamics, qui remplacera d’ici 2010 les chars d’assauts Léopard utilisés par notre armée ? Une variété de représentants était sur place pour expliquer les moindres détails de ces appareils et comment ils pourraient s’avérer fort utiles aux forces armées canadiennes, pour ne rien dire des contribuables ainsi protégés.

Cela dit, CANSEC peut aussi rapidement passer du concret à l’abstrait. Parmi les exposants, on pouvait compter Hill & Knowlton, la légendaire firme de relations publiques. D’autres compagnies intriguaient plus par leur nature générique que par leurs produits : maintes compagnies d’ingénierie, par exemple, offraient de la documentation nous assurant qu’elles étaient capables d’absolument tout… sans pour autant se compromettre sur les réalisations déjà à leur actif. Insécurité ou inexpérience ? Pas du tout ; dans ce domaine, la discrétion est gage de compétence… Dans ce contexte, qu’un profane passe trente secondes devant un stand à tenter de déchiffrer (sans succès) les services fournis par une compagnie peut être considéré comme une réussite et non pas une faillite de communication.

Conversations

Mais CANSEC n’est pas qu’une exposition d’équipement ; c’est surtout un lieu de rencontre entre acheteurs et vendeurs. Naturellement, Alibis n’a pu résister à la tentation d’aller poser quelques questions aux exposants. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la vaste majorité de nos interlocuteurs ont été fort loquaces, surtout après avoir été informés de la nature de la publication. Revue littéraire canadienne-française ? Peu importe : un interlocuteur doté d’un carnet de note peut toujours s’avérer un autre conduit publicitaire…

Même si dans le monde de ces expositions spécialisées CANSEC demeure un événement à portée modeste, il s’agit aussi d’une intersection unique entre deux domaines similaires mais non identiques : à réunir à la fois des industries de la défense et de la sécurité, CANSEC établit des liens entre les forces policières, militaires ou de sécurité privée. Les exposants ont révélé leurs prochaines destinations, et cité d’autres foires commerciales dans les domaines de la santé, de la protection civile, des forces policières ou bien, évidemment, des expositions purement militaires.

D’autres exposants nous ont avoué qu’ils ne considéraient pas tant CANSEC comme un événement « vendeur » (c’est-à-dire, menant directement à la signature de contrats sur place) que comme une occasion de socialiser avec d’autres membres de l’industrie et des acheteurs potentiels. Dans le cas d’entreprises de la région d’Ottawa (qui comporte sa part importante de petites ou moyennes entreprises en haute technologie), il peut s’agir d’une occasion relativement peu onéreuse de briser la glace et familiariser les acheteurs potentiels avec leurs produits et services.

Mais il ne faut pas faire l’erreur d’assumer qu’il s’agit d’un événement d’intérêt exclusif au gouvernement fédéral: si CANSEC continue de dépendre sur les dollars du gouvernement canadien pour assurer sa raison d’être (plus particulièrement de l’intérêt de départements tels Travaux publics et service gouvernementaux, Affaires extérieures et commerce international ainsi que l’inévitable Département de la défense nationale), l’intérêt porté à CANSEC dépasse les frontières de la ville d’Ottawa, voire même du Canada. Des exposants nous ont confié que des Américains, civils ou militaires, venaient régulièrement faire un tour à CANSEC: la technologie canadienne est fiable et sophistiquée, mais ce n’est pas tous les vendeurs qui ont les moyens de se rendre aux foires militaires américaines. CANSEC s’avère donc une occasion idéale pour évaluer ce qui se passe au nord de la frontière.1

Par moments, nos discussions avec les exposants prenaient l’allure de l’amorce d’un thriller. Un détaillant d’équipement spécialisé nous a raconté qu’une partie de son chiffre d’affaires était générée en revendant à des acheteurs américains des produits d’origine européenne. Cela s’explique par le fait que les restrictions d’achat et les problèmes d’images potentiels sont beaucoup moins importants dans le cas d’un revendeur canadien que d’un manufacturier européen…

Documentation

Il n’y a pas de foire commerciale sans documentation promotionnelle, et CANSEC n’était pas une exception. Étant donné l’ampleur de l’industrie de la défense, la nature inhabituelle des équipements ainsi exhibés et l’enthousiasme des exposants, il était difficile de résister à l’accumulation de documentation – fusse-t-elle fournie en version imprimée ou en format électronique.

Voilà donc comment j’ai progressivement accumulé plus de trois kilos de documentation, mon ardeur étant éventuellement limitée par le poids imposé à mes épaules. CANSEC s’est donc poursuivi plus tard à l’extérieur du Centre des Congrès, dans des brochures à papier glacés pleines de phrases telles « The compact nature of (this weapon) is perfect when you need something smaller than a full-size pistol but are unwilling to compromise on quality, performance or firepower. » 2

L’intérêt quasi-adolescent que je porte toujours aux armes, véhicules et gadgets, n’a pas empêché un sentiment certain d’inconfort à voir, dans quelques brochures, de l’équipement mortel décrit en termes de marketing tout à fait enthousiastes. Des munitions sont accompagnées de photos montrant les effets de l’impact de la balle dans des blocs de gélatine claire. Légende ? « Wound characteristics » (Mais rassurez-vous ; tout est conforme à un protocole de test développé par le FBI.)

 [Photo: Tests ballistiques]

D’autres brochures sont tout simplement fascinantes en raison de leur sujet insolite. Qui n’a pas la curiosité, même momentanée, de parcourir les catalogues utilisés par les équipes d’intervention tactiques pour commander leur équipement? Qui n’est pas captivé par des brochures mettant en vedette des forces anti-émeutes devant la vitrine fracassée d’un café Starbucks ? N’y a-t-il pas quelque chose d’inexplicablement cool à posséder de la littérature promotionnelle pour un missile air-air (« ASRAAM can engage any target you can see… and many that you don’t. » 3) ? Et n’est-il pas rassurant de savoir que les fusils d’assaut sont désormais ergonomiques?

Les gadgets

Étant donné la prédominance de la haute technologie à CANSEC, il n’est pas surprenant d’y découvrir de l’équipement inusité. Pour vous donner une idée de ce qui est mis en vedette à des expositions de la sorte, voici une sélection rapide de quelques gadgets particulièrement intéressants.

(Notons sans gêne que nous n’exerçons ici aucun jugement critique sur la fiabilité ou les caractéristiques des technologies qui suivent : nous ne sommes pas équipés pour en juger et assumons tout simplement que ces gadgets fonctionnent tels qu’annoncé.)

BARRIÈRE AQUATIQUE (NuvoSonic, via Shark Marine Technologies)

Dans des situations où l’on doit assurer la protection d’installations maritimes, NuvoSonic a développé un ensemble de technologies permettant de détecter des intrusions humaines sous-marines, d’émettre des avertissements et – s’il n’y a aucune réponse – d’émettre un signal sonore fort déplaisant ciblé sur l’intrus. (La charmante représentante de vente n’a pas élaboré sur la nature du signal, ajoutant seulement que l’intrus serait rapidement forcé de remonter à la surface, où les forces de sécurité pourraient « s’en occuper ». Je n’ai pas osé demander des détails.)

Bien que le sonar existe depuis longtemps pour détecter ce type d’intrusion, la technologie « Paser™ » de NuvoSonic ne dépend que d’une seule unité facile d’entretien (comparée à une véritable clôture de bouées sonars disposées dans l’eau) et détecte les intrusions sur une distance de cinq à dix fois plus élevée. Des modèles plus petits peuvent être utilisés à partir des navires pour examiner leurs coques et balayer les environs. Désormais, James Bond aura la vie plus difficile lorsque viendra le moment de se faufiler sous l’eau…

Pour plus d’information : http://www.nuvosonic.com/products.html

CONTENEUR À COLIS SUSPECTS (Bosik)

À une époque où aéroports, douanes, centres de tris et autres endroits critiques doivent être à l’affût de colis suspects, il est parfois difficile d’être méticuleux tout en assurant un flot de travail continu. À la suite de la détection d’un colis suspect, est-il avisé d’évacuer l’endroit et d’interrompre pendant des heures le travail de centaines d’employés, voire les transports de milliers de voyageurs ? C’est pour résoudre ce dilemme que Bosik a développé une unité de conteneur à colis suspect. Si un colis, une valise ou une mallette en transit semble comporter des caractéristiques suspectes, il devient alors possible d’isoler le dit objet suspect dans leur unité renforcée, de déplacer le conteneur ailleurs et de s’en occuper sans interrompre les activités au point de détection. La compagnie nous assure qu’il est possible de « traiter le problème » (c’est-à-dire insérer des explosifs dans le conteneur et tout faire exploser) sans aucune contamination des lieux environnants.

Pour plus d’information : http://www.bosik.com/security.htm

DÉTECTEURS / LOCALISATEURS ACOUSTIQUES (McDonald Dettwiler et Metravib, via Valley Associates)

 [Photo: Ferret] Bien qu’introduite par les forces françaises durant le conflit bosniaque (et depuis adoptée par plusieurs pays, en plus des Nations Unies), cette technologie en est encore à ses premières dérivées commerciales. Essentiellement, il s’agit d’un arrangement tridimensionnel de micros qui, aussitôt une balle tirée, peut détecter la provenance du coup en comparant le son entendu par chaque micro et en déduisant mathématiquement la source du bruit. La documentation fournie promet une exactitude de plus ou moins deux degrés à partir d’une installation fixe, et plus ou moins cinq degrés à partir d’un véhicule en mouvement. L’information fournie par ces appareils de détection, idéale pour fixer la position d’un tireur embusqué, est évidemment d’un vif intérêt pour les missions de maintien de la paix.

Pas moins de deux systèmes de détection acoustique étaient exposés à CANSEC: le modèle français « original » de Metravib, et une variante canadienne développée par McDonald Dettwiler en conjonction avec l’institut de recherche et de développement de Valcartier. Impossible de se prononcer sur la valeur d’un système par rapport à l’autre : on laissera les spécialistes décider.

Pour plus d’information : http://halifax.mda.ca/projects/ferretpage.asp ou http://www.metravib-pilar.com

STATION DE DÉCONTAMINATION PORTABLE (TSL Aerospace)

En matière de protection civile, la vitesse compte par-dessus tout : en cas de danger radio-bactério-chimique, une décontamination prompte peut faire toute la différence. C’est pourquoi TSL Aerospace a mis au point une station de décontamination qui peut être transportée à l’arrière d’une mini-fourgonnette, puis dépliée et installée par deux personnes en moins de cinq minutes. Équipé d’une génératrice universelle (pouvant fonctionner sur divers types de carburant, y compris du kérosène) pour réchauffer l’eau pompée à travers la station de décontamination, le tout ne requiert qu’une source d’eau. De plus, la station peut être modifiée pour accommoder une unité biochimique isolée, avec pression d’air négative (pour contenir des patients infectés) ou positive (pour fournir un environnement sécuritaire en attendant des secours). Des modèles peuvent également servir d’unités opératoires d’urgence en cas de triage.

Ironiquement, ces stations de décontamination semblent avoir attiré l’œil de militaires aux besoins beaucoup moins urgents. C’est que ce système serait idéal pour des soldats qui, aéroportés au milieu de nulle part, veulent tout simplement prendre une douche…

Pour plus d’informations : http://www.tslaerospace.com/product/decon.htm

REPRÉSENTATION URBAINE TRIDIMENSIONNELLE (ITSpatial, via Greenley & Associates)

Une des démonstrations les plus tape-à-l’œil de CANSEC 2004 fut sans doute celle des consultants Greenley & Associates, qui attiraient les passants avec une simulation saisissante du centre-ville d’Ottawa… en trois dimensions. Développée à partir d’imagerie satellite, la représentation tournoyante de la ville était assortie d’une simulation d’unités d’urgence se déplaçant dans les rues de la capitale. Bien que nécessitant un éventail considérable d’équipement de localisation, de surveillance et de communication, la simulation était présentée comme un outil permettant à un centre de contrôle de coordonner les opérations des unités d’urgence à travers une représentation dynamique de la ville. Une telle vision omnisciente est d’une utilité évidente dans l’éventualité d’un désastre localisé… ou d’une émeute.

Bien que l’intégration complète des infrastructures d’urgence à cette technologie reste encore à prouver, il était difficile d’échapper à un frisson d’étonnement devant cette représentation étonnamment complète de la ville. À deux doigts de la réalité virtuelle telle qu’imaginée par la science-fiction, on imagine sans peine une telle visualisation dans le prochain film-catastrophe hollywoodien.

Pour plus d’information : http://www.itspatial.com/applications-commandcenter.html

SIMULATEUR SIMFINITY™ (CAE)

CAE est reconnue comme un chef de file en simulation aéronautique. Mais les simulateurs « complets » construits par la compagnie sont coûteux et difficiles à transporter : il n’est pas donné à tous, surtout pas aux apprentis pilotes, d’y avoir accès. D’où le développement d’un système permettant une simulation d’un réalisme remarquable à bien moindre coût. La clé ? Douze écrans plats tactiles disposés en une approximation de l’habitacle de l’appareil simulé. Le tout, assez étonnamment, contrôlé par une station Windows équipé de cartes vidéos disponibles en magasin. Il va sans dire que plusieurs simulateurs peuvent être utilisés en réseau pour simuler la coopération ou l’affrontement entre unités, et que des scénarios peuvent être développés en quelques minutes.

Mais le système de CAE va encore plus loin. Il est maintenant possible de construire des environnements virtuels à partir d’imagerie satellite, et ce en quarante-huit heures – une capacité essentielle pour répondre à des situations d’urgence à quelques jours d’avis. Qui plus est, les simulations sont maintenant tellement sophistiquées que leur utilisation dépasse celle du pur entraînement. Notre interlocuteur a suggéré que dans certaines situations où les conditions sur le terrain sont stables, il était possible de se servir du simulateur comme outil de reconnaissance virtuel pour planifier des itinéraires « sécuritaires » à travers un environnement hostile.

Pour plus d’information : http://www.cae.com/fr/civil/simfinity.shtml

En guise de conclusion

Il est inutile de prétendre que CANSEC n’est pas un événement sans sa part de controverse. Même les faucons les plus ardents ressentiront un certain émoi à voir des rangées de carabine étalées comme n’importe quel produit commercial; on aimerait croire que les armes ne sont pas, justement, n’importe quel produit. Mais tel n’est pas le cas et CANSEC prouve bien que même si la défense et la sécurité sont des choses sérieuses, ils génèrent également une activité commerciale substantielle.

Approximativement 4000 visiteurs et 150 exposants se sont rencontrés à CANSEC 2004, mais l’événement est passé presque inaperçu dans les médias. Durant l’exposition elle-même, seuls deux journaux régionaux, le Citizen et l’hebdomadaire Ottawa Business Journal, en ont fait mention dans le cadre d’articles sur l’industrie de la défense canadienne. Ne vous y trompez pas: après l’expérience d’ARMX et les protestations de 2003, CANSEC préfère nettement se tenir loin des feux de la rampe.

Beaucoup plus intéressant sur le plan technologique que les foires commerciales civiles comparables, CANSEC 2004 s’est avéré une vitrine incomparable pour voir où en sont les choses en matière de défense et de sécurité. Un écrivain de techno-thrillers, en autant qu’il puisse obtenir une accréditation, verrait la foire comme une occasion de ressourcement. Des produits inusités s’y côtoient tout en donnant un aperçu fascinant des efforts nécessaires pour assurer notre sécurité en tant que citoyen. S’il est facile de contester la tenue d’une « foire d’armes » au cœur de la capitale du Canada, la réalité est beaucoup moins simple : des expositions de la sorte jouent un rôle essentiel en facilitant les rencontres entre fournisseurs et responsables en matière de sécurité civile.

CANSEC 2005 est déjà annoncé pour avril prochain, sans doute avec un peu plus d’exposants et un nombre croissant de visiteurs. Alibis y sera-t-il ?

Notes

1. Les Américains ne sont sans doute pas les seuls à enquêter de la sorte. Durant les années 80, les ambassades de la région d’Ottawa recevaient des invitations à ARMX, question d’encourager les liens entre entreprises canadiennes et clients étrangers, et ce peu importe leur type de gouvernement. Il ne serait pas surprenant que ce type de rencontre ait toujours lieu… même s’il serait impossible pour Alibis d’en obtenir la preuve !

2. « La nature compacte de (cette arme) est parfait pour celui qui cherche quelque chose de plus petit qu’un pistolet mais ne désire pas de compromis sur la qualité, la performance et la puissance. »

3. « ASRAAM peut toucher n’importe quelle cible visible… et beaucoup d’invisibles. »

Christian Sauvé est informaticien et travaille dans la région d’Ottawa. Son intérêt pour l’ensemble des genres littéraires, de la science-fiction au polar en passant par le techno-thriller, l’amène à s’intéresser à de nombreux sujets qui n’ont pas qu’à voir avec la littérature ou le cinéma. Son site personnel se trouve au http://www.christian-sauve.com/.

Mise à jour: Juin 2004

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